Lillian Gilbreth

Lillian Evelyn Moller Gilbreth

7 min de lecture

TechnologieSciencesSociétéXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, âge d'or du taylorisme et de l'organisation scientifique du travail aux États-Unis, période d'industrialisation de masse et d'entrée progressive des femmes dans l'ingénierie.

Ingénieure, psychologue et pionnière américaine de l'organisation scientifique du travail. Première femme membre de l'American Society of Mechanical Engineers, elle a introduit la dimension humaine dans l'étude de l'efficacité industrielle.

Questions fréquentes

Lillian Gilbreth (1878-1972) était une ingénieure et psychologue américaine, pionnière de l'organisation scientifique du travail (OST). Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a introduit le facteur humain dans une discipline alors dominée par le chronomètre et la productivité à tout prix. Contrairement à Frederick Taylor, qui voyait le travailleur comme une machine, Gilbreth s'est intéressée à la fatigue, à la psychologie et au bien-être. Elle est devenue en 1926 la première femme admise à l'American Society of Mechanical Engineers, et en 1935 la première femme professeure de management dans une école d'ingénieurs américaine, à Purdue. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a humanisé l'OST tout en la rendant plus efficace.

Faits marquants

  • Née le 24 mai 1878 à Oakland (Californie), morte le 2 janvier 1972 à Phoenix (Arizona)
  • Obtient en 1915 un doctorat en psychologie à l'Université Brown, l'un des premiers en psychologie industrielle
  • Développe avec son mari Frank Gilbreth l'étude des temps et mouvements (time and motion study) pour optimiser le travail
  • Première femme admise comme membre de l'American Society of Mechanical Engineers (1926)
  • Mère de douze enfants, sa vie familiale inspire le livre et le film « Treize à la douzaine » (Cheaper by the Dozen)

Œuvres & réalisations

The Psychology of Management (1914)

Ouvrage fondateur, issu de ses recherches doctorales, qui introduit la psychologie et le facteur humain dans l'étude scientifique du travail.

Étude des mouvements (motion study), avec Frank Gilbreth (1911-1924)

Méthode filmant et décomposant les gestes des ouvriers pour supprimer les mouvements inutiles, base de l'ergonomie moderne.

Fatigue Study (1916)

Livre consacré à la réduction de la fatigue au travail par de meilleurs outils, postures et conditions, plutôt que par la seule cadence.

Motion Study for the Handicapped (1920)

Travail pionnier adaptant l'étude des mouvements aux personnes handicapées et aux blessés de guerre pour leur permettre de travailler.

The Home-Maker and Her Job (1927)

Application de l'organisation scientifique au foyer, considérant le travail domestique comme un métier que l'on peut rationaliser.

La « Kitchen Practical » (cuisine ergonomique) (1929-1930)

Cuisine modèle conçue d'après ses études de mouvements, popularisant le triangle de travail et les rangements intégrés.

Innovations domestiques (années 1920-1930)

Principes à l'origine de la poubelle à pédale et des étagères dans la porte du réfrigérateur, devenus des standards du quotidien.

Carrière de professeure à Purdue (à partir de 1935)

Première femme professeure de management dans une école d'ingénieurs américaine, formant des générations d'étudiants.

Anecdotes

Lillian et son mari Frank ont eu douze enfants, et ils ont transformé leur grande maison en véritable laboratoire d'efficacité : tableaux de tâches affichés dans les salles de bain, disques de langues étrangères diffusés pendant la toilette, « conseils de famille » pour répartir les corvées. Deux de leurs enfants, Frank Jr. et Ernestine, ont raconté cette vie hors du commun dans le livre à succès « Cheaper by the Dozen » (1948), adapté au cinéma en 1950.

Quand Frank meurt brutalement d'une crise cardiaque en 1924, de nombreux clients ne font plus confiance au cabinet de conseil parce qu'il est désormais dirigé par une femme. Plutôt que d'abandonner, Lillian réoriente ses recherches vers la maison et les magasins, et accepte un poste d'enseignante : elle deviendra la première femme professeure dans une école d'ingénieurs aux États-Unis (Purdue).

En 1926, Lillian Gilbreth devient la première femme admise à la prestigieuse American Society of Mechanical Engineers, un milieu presque exclusivement masculin. Quarante ans plus tard, en 1966, elle est aussi la première femme à recevoir la médaille Hoover, l'une des plus hautes distinctions de l'ingénierie américaine.

En étudiant scientifiquement les gestes des ménagères, comme elle l'avait fait pour les ouvriers d'usine, Lillian a repensé la cuisine pour faire gagner du temps et de l'énergie. On lui attribue des idées devenues banales aujourd'hui : la poubelle à pédale qu'on ouvre sans les mains, les étagères et casiers à œufs dans la porte du réfrigérateur, et l'agencement de la cuisine en « triangle de travail ».

Reconnue de son vivant comme « la mère du management moderne », Lillian Gilbreth a reçu plus d'une vingtaine de diplômes honorifiques. En 1984, douze ans après sa mort, le service postal américain l'a honorée en imprimant son portrait sur un timbre de la série « Great Americans ».

Sources primaires

The Psychology of Management (La psychologie du management) (1914)
« La psychologie du management, telle qu'employée ici, désigne l'effet de l'esprit qui dirige le travail sur le travail dirigé, et l'effet de ce travail dirigé et non dirigé sur l'esprit du travailleur. »
Fatigue Study (Étude de la fatigue), avec Frank Gilbreth (1916)
Le sous-titre annonce le projet de l'ouvrage : « L'élimination du plus grand gaspillage inutile de l'humanité » — c'est-à-dire la fatigue évitable causée par de mauvais gestes et de mauvais outils de travail.
The Home-Maker and Her Job (La maîtresse de maison et son travail) (1927)
Lillian y défend l'idée que le travail domestique est un véritable métier qui peut être organisé scientifiquement, afin de réduire la fatigue et de rendre du temps libre à celles et ceux qui tiennent un foyer.
Cheaper by the Dozen (Treize à la douzaine), par Frank B. Gilbreth Jr. et Ernestine Gilbreth Carey (1948)
Ce récit autobiographique écrit par deux de ses enfants décrit comment les parents appliquaient à la maison leurs méthodes d'efficacité, transformant la routine familiale d'une famille de douze enfants en démonstration vivante d'organisation.

Lieux clés

Oakland, Californie

Ville natale de Lillian Moller, où elle grandit dans une famille aisée et est d'abord instruite à la maison.

Université de Californie, Berkeley

Lieu de ses études de littérature, où elle obtient sa licence (1900) puis sa maîtrise, ouvrant la voie à une carrière universitaire.

Université Brown, Providence (Rhode Island)

Établissement où elle obtient son doctorat en 1915 ; la famille s'installe alors à Providence, base de leur cabinet de conseil.

Montclair, New Jersey

Grande maison familiale où vécut la tribu des douze enfants, décor de « Cheaper by the Dozen » et laboratoire des méthodes d'efficacité domestique.

Université Purdue, West Lafayette (Indiana)

Où elle enseigne le management à partir des années 1920 et devient en 1935 la première femme professeure dans une école d'ingénieurs américaine.

Phoenix, Arizona

Ville où Lillian Gilbreth s'éteint en 1972, à l'âge de 93 ans.

Voir aussi