Ludovic Sforza(1452 — 1508)

Ludovic Sforza

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PolitiqueMilitaireMonarquePolitiqueRenaissanceItalie de la Renaissance, ère des États princiers et des guerres d'Italie (fin XVe siècle)

Duc de Milan de 1494 à 1499, surnommé « le More », il fut l'un des princes les plus puissants d'Italie à la Renaissance. Mécène illustre, il attira Léonard de Vinci à sa cour et joua un rôle clé dans les guerres d'Italie avant d'être renversé par Louis XII.

Questions fréquentes

Ludovic Sforza (1452-1508), surnommé « le More », fut duc de Milan de 1494 à 1499. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne le prince mécène de la Renaissance : il attira à sa cour des génies comme Léonard de Vinci et Bramante, transformant Milan en un foyer artistique et scientifique majeur. Son règne illustre aussi la fragilité des États italiens face aux ambitions françaises : c'est lui qui invita Charles VIII en Italie, déclenchant les guerres d'Italie qui finirent par le renverser. Moins un conquérant qu'un stratège politique et culturel, il reste célèbre pour avoir commandé La Cène et avoir fait de Milan un modèle de cour humaniste.

Faits marquants

  • 1480 : devient régent de Milan au nom de son neveu Gian Galeazzo Sforza
  • 1482-1499 : accueille Léonard de Vinci à sa cour milanaise
  • 1494 : invite Charles VIII à envahir l'Italie, déclenchant les guerres d'Italie
  • 1494 : prend officiellement le titre de duc de Milan
  • 1499 : renversé par Louis XII, capturé et emprisonné en France jusqu'à sa mort en 1508

Œuvres & réalisations

Commande de La Cène à Léonard de Vinci (vers 1495-1498)

Ludovic Sforza commanda à Léonard de Vinci la peinture murale représentant la Cène pour le réfectoire de Santa Maria delle Grazie à Milan. Cette œuvre, considérée comme l'un des chefs-d'œuvre absolus de la peinture occidentale, est l'exemple le plus célèbre de son mécénat exceptionnel.

Reconstruction de Santa Maria delle Grazie à Milan (à partir de 1492)

Ludovic fit reconstruire et agrandir l'église dominicaine selon un plan attribué à Donato Bramante, pour en faire le mausolée de la famille Sforza. Ce chantier illustre son ambition architecturale et son soutien aux plus grands artistes de son temps.

Aménagement de la Piazza Ducale de Vigevano (1492-1494)

Sous l'impulsion de Ludovic Sforza, la Piazza Ducale de Vigevano fut tracée selon un plan homogène avec portiques à arcades, constituant l'un des premiers exemples de place urbaine planifiée de la Renaissance italienne.

Mécénat de Léonard de Vinci à Milan (1482-1499)

Pendant dix-sept ans, Ludovic hébergea et finança Léonard de Vinci, lui permettant de réaliser études, machines, peintures et sculptures. Cette relation produisit notamment La Dame à l'hermine, La Cène et d'innombrables carnets d'inventions.

Festa del Paradiso (Fête du Paradis) (1490)

Pour célébrer le mariage de Gian Galeazzo Sforza avec Isabelle d'Aragon, Ludovic commanda à Léonard de Vinci la mise en scène d'un spectacle mêlant décors mobiles, mécanique, musique et poésie, d'une sophistication sans précédent dans l'histoire du théâtre de cour.

Développement de l'Université de Pavie (années 1490)

Ludovic Sforza soutint et modernisa l'université de Pavie, l'une des plus anciennes d'Italie, en y attirant des professeurs réputés et en finançant ses bâtiments, participant ainsi au rayonnement intellectuel humaniste de son duché.

Anecdotes

Vers 1482, Léonard de Vinci adressa à Ludovic Sforza une lettre de candidature dans laquelle il se présentait avant tout comme ingénieur militaire, expert en construction de ponts, de machines de guerre et de canaux. Il ne mentionnait ses talents de peintre et de sculpteur qu'en toute dernière ligne, conscient que le duc cherchait davantage un homme de science qu'un artiste.

Lors de la commande de La Cène au réfectoire de Santa Maria delle Grazie (vers 1495-1498), le prieur du couvent se plaignit à Ludovic des longues interruptions de Léonard, qui passait des heures à contempler son œuvre sans peindre. Le duc transmit la plainte à l'artiste, rapporte Matteo Bandello ; Léonard répondit que les génies ne pouvaient être pressés comme des maçons, et Ludovic se rangea à cet argument.

Ludovic Sforza portait le surnom de « il Moro » (le More ou le Maure), que l'on a longtemps attribué à son teint mat et à ses cheveux sombres. Mais ce surnom était aussi un jeu de mots raffiné sur son prénom latin Maurus et sur le mûrier (moro en italien), arbre qu'il avait choisi comme emblème personnel et dont les feuilles nourrissent les vers à soie — richesse emblématique du duché de Milan.

En 1494, persuadé de pouvoir utiliser les ambitions françaises à son profit, Ludovic Sforza encouragea Charles VIII à réclamer le royaume de Naples et à franchir les Alpes. Il pensait ainsi affaiblir ses rivaux napolitains et renforcer son propre pouvoir. Cette invitation se révéla catastrophique : elle déclencha les guerres d'Italie et, quelques années plus tard, c'est un autre roi de France, Louis XII, qui s'empara de Milan même.

En avril 1500, après avoir brièvement reconquis Milan à la tête de mercenaires suisses et allemands, Ludovic fut trahi à Novare par ses propres lansquenets qui refusèrent de combattre leurs compatriotes dans les rangs français. Livré à Louis XII, il fut emprisonné au château de Loches en Touraine et passa les huit dernières années de sa vie dans ce donjon, décédant en 1508 sans avoir jamais revu l'Italie.

Sources primaires

Léonard de Vinci, Lettre de candidature à Ludovic Sforza (Codex Atlanticus, fol. 1082r) (vers 1482)
« Je peux construire des ponts très légers et solides, très faciles à porter... Je peux aussi réaliser des chariots couverts, sûrs et inattaquables... Dans les temps de paix, je crois pouvoir satisfaire entièrement à toute personne en ce qui concerne l'architecture et la conduite de l'eau d'un lieu à l'autre. »
Philippe de Commynes, Mémoires (rédigés entre 1490 et 1501)
« Ledit Loys de Sforce, qu'on appeloit le More, estoit homme fort saige et de grand entendement, mais il se faisoit craindre plus qu'aimer, et avoit chassé de son estat son nepveu, lequel estoit le vray duc de Milan. »
Francesco Guicciardini, Storia d'Italia (rédigée entre 1537 et 1540, sur événements de 1490-1534)
« Ludovico Sforza, uomo di grande ingegno e di molta prudenza, ma di poca fede e di nessuna religione, che aveva usurpato il ducato di Milano al nipote... fu la principal cagione che i Franzesi passassero in Italia. »
Bernardino Corio, Patria Historia (Storia di Milano) (1503)
« Ludovico Maria Sforza, chiamato il Moro, per le sue grandi virtù e per lo splendore della sua corte, rese Milano la più illustre città d'Italia, adornandola di magnifici edifizi e chiamando a sé i più grandi ingegni del tempo. »
Luca Pacioli, De divina proportione (1509 (rédigé à Milan vers 1496-1498))
« Noi qui in Milano con ogni studio e diligenza questo nostro piccolo libro compilammo ne la gloriosa corte del nostro illustrissimo duca Ludovico Maria Sforza Vicecomite, in compagnia del nostro precipuo amico Leonardo da Vinci Fiorentino. »

Lieux clés

Vigevano, Lombardie (Italie)

Ville natale de Ludovic Sforza et résidence de prédilection des Sforza. Ludovic y fit aménager la Piazza Ducale, l'un des premiers exemples de place urbaine planifiée de la Renaissance italienne, et modernisa le château.

Castello Sforzesco, Milan (Italie)

Forteresse et résidence principale des ducs Sforza au cœur de Milan, transformée par Ludovic en palais Renaissance avec jardins et cours d'honneur décorés par Léonard de Vinci. C'était le centre politique et culturel de son duché.

Santa Maria delle Grazie, Milan (Italie)

Église dominicaine reconstruite sous le patronage de Ludovic Sforza à partir de 1492, dont le réfectoire abrite La Cène de Léonard de Vinci (1495-1498). Ludovic en avait fait le mausolée de sa famille et le symbole de son mécénat.

Novare, Piémont (Italie)

Ville où se déroula en avril 1500 le retournement décisif : les mercenaires suisses de Ludovic refusèrent de combattre leurs compatriotes engagés par Louis XII, livrant le duc aux Français. Cet épisode symbolise la fragilité des princes italiens face aux grandes monarchies.

Château de Loches, Indre-et-Loire (France)

Prison royale française où Ludovic Sforza fut enfermé de 1500 à sa mort en 1508. Ce donjon médiéval de Touraine fut le dernier lieu de vie du duc de Milan, qui y aurait dessiné des fresques sur les murs de sa cellule pour tromper l'ennui.

Voir aussi