Résistante arménienne réfugiée en France, elle épouse Missak Manouchian, chef du réseau FTP-MOI. Après l'exécution de son mari par les nazis en février 1944 (l'Affiche rouge), elle consacre sa vie à transmettre la mémoire des résistants étrangers morts pour la France.
Mélinée Manouchian(1913 — 1989)
Mélinée Manouchian
France, Empire ottoman, République socialiste soviétique d'Arménie
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1913 : naissance à Constantinople dans une famille arménienne
- 1915 : survit enfant au génocide arménien
- Années 1930 : arrive en France comme réfugiée politique
- 1942 : épouse Missak Manouchian, chef du réseau FTP-MOI
- 21 février 1944 : exécution de Missak et de 22 camarades par les nazis — l'Affiche rouge
- 1974 : publie les lettres et écrits de Missak pour préserver leur mémoire
- 1989 : décès à Paris
Œuvres & réalisations
Principal ouvrage de Mélinée, publié aux Éditeurs français réunis. Elle y rassemble lettres, documents d'archives et témoignages pour restituer la vie et le combat de son mari, offrant la première source historique complète sur le groupe Manouchian.
Mélinée conserva et fit connaître la lettre écrite par Missak le matin de son exécution. En la confiant à des historiens, éditeurs et institutions, elle en fit l'un des documents les plus reproduits et étudiés de la Résistance française.
Durant quarante-cinq ans, Mélinée intervint dans des commémorations, des écoles et des associations pour témoigner du sacrifice des résistants étrangers. Son action contribua à faire reconnaître officiellement la place des immigrés dans la Résistance.
Mélinée apporta témoignages et documents à plusieurs historiens et auteurs travaillant sur la Main-d'Œuvre Immigrée dans la Résistance, notamment pour les travaux de Stéphane Courtois et Adam Rayski sur le PCF et la Résistance juive.
Anecdotes
Le 21 février 1944, quelques heures avant d'être fusillé au fort du Mont-Valérien, Missak Manouchian écrivit à Mélinée une lettre d'adieu d'une rare beauté. Il lui demandait de « ne pas être malheureuse » et concluait : « Je meurs sans haine pour le peuple allemand. » Cette lettre est aujourd'hui l'un des documents les plus émouvants de la Résistance française.
En février 1944, Mélinée découvrit le visage de son mari sur l'Affiche rouge, une affiche de propagande nazie placardée sur les murs de Paris pour présenter les résistants étrangers comme des « criminels » et des « terroristes ». Loin d'atteindre son but, cette affiche eut l'effet inverse : de nombreux Parisiens déposèrent discrètement des fleurs au pied des panneaux en signe de respect.
Après la Libération, Mélinée refusa de sombrer dans le deuil silencieux. Elle consacra les quarante-cinq années qui lui restaient à faire reconnaître le sacrifice des résistants étrangers morts pour la France, donnant des conférences, rencontrant des lycéens et transmettant inlassablement la mémoire du groupe Manouchian à travers toute l'Europe.
En 1974, Mélinée publia une biographie de Missak, rassemblant lettres, témoignages et documents d'archives. Ce travail de mémoire rigoureux permit à des générations d'historiens et d'élèves de mieux connaître le parcours des immigrés qui avaient choisi de donner leur vie pour leur pays d'accueil.
Le 21 février 2024, exactement quatre-vingts ans après l'exécution de Missak, les cendres de Mélinée et de Missak Manouchian furent transférées au Panthéon. Mélinée était décédée en 1989, mais cette panthéonisation commune honora leur engagement partagé : deux réfugiés arméniens devenaient symboles nationaux de la République française.
Sources primaires
Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée, dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. […] Je meurs sans haine pour le peuple allemand et pour tout peuple. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune rancœur contre le peuple allemand.
Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime. Affiche présentant dix résistants du groupe Manouchian qualifiés de « terrorists » et « bandits », avec leurs noms, origines et crimes supposés.
Ce livre est avant tout un témoignage. J'ai voulu que ceux qui liront ces pages puissent entendre la voix de Missak, comprendre sa pensée, sentir battre son cœur. Il n'a pas seulement combattu pour la France ; il a combattu pour la dignité humaine.
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes / Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants / L'affiche qui semblait une tache de sang / Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles.
Lieux clés
Ville de l'actuelle Turquie où naît Arpiné Assadourian (future Mélinée) en 1913. Sa famille arménienne fuit les persécutions ottomanes durant la Première Guerre mondiale, amorçant une vie d'exil qui conduira Mélinée jusqu'en France.
Lieu de vie, d'engagement et de clandestinité de Mélinée et Missak Manouchian. Ils y militent au sein des cercles communistes arméniens et du FTP-MOI, avant que Missak ne soit arrêté et Mélinée contrainte à se cacher.
Site où Missak Manouchian et vingt et un de ses compagnons furent fusillés le 21 février 1944. Ce lieu est aujourd'hui le plus grand mémorial national de la France occupée, où des cérémonies du souvenir sont régulièrement organisées.
Missak Manouchian y fut inhumé après son exécution. Mélinée y repose également jusqu'à la panthéonisation des deux époux en 2024, témoignant de son attachement à la mémoire commune du groupe.
En février 2024, quatre-vingts ans après l'exécution de Missak, les cendres des deux époux y ont été transférées. Mélinée et Missak Manouchian sont ainsi devenus les premiers résistants étrangers à entrer au Panthéon.
