Nièce du général de Gaulle, résistante arrêtée par la Gestapo en 1943 et déportée à Ravensbrück. Après la guerre, elle consacra sa vie au combat contre la grande pauvreté en tant que présidente d'ATD Quart Monde.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz(1920 — 2002)
Geneviève de Gaulle-Anthonioz
France
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La misère n'est pas une fatalité.»
« Ceux qui ont vécu dans les camps ont une dette envers ceux qui n'en sont pas revenus.»
Faits marquants
- 1920 : naissance à Saint-Omer, nièce de Charles de Gaulle
- 1943 : arrêtée par la Gestapo pour activités dans la Résistance (réseau Défense de la France)
- 1944-1945 : déportée au camp de concentration de Ravensbrück
- 1964-1998 : présidente d'ATD Quart Monde, combat pour l'éradication de la grande pauvreté
- 2015 : entrée au Panthéon aux côtés de Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay
Œuvres & réalisations
Mémoires sobres et bouleversants de sa déportation à Ravensbrück, écrits cinquante ans après les faits. Ce récit est devenu un témoignage de référence sur l'expérience concentrationnaire et le devoir de mémoire.
Pendant plus d'une décennie, Geneviève dirigea le mouvement ATD Quart Monde, le transformant en force de proposition reconnue par les institutions nationales et internationales dans la lutte contre l'extrême pauvreté.
Rapport présenté au Conseil économique et social, porté par ATD Quart Monde et le père Wresinski avec l'appui actif de Geneviève. Ce document fondateur posa les bases d'une politique nationale de lutte contre l'exclusion.
Geneviève fut l'une des artisanes de la reconnaissance officielle du 17 octobre comme Journée mondiale du refus de la misère, d'abord en France (1992) puis à l'ONU (1993), faisant du combat contre la pauvreté une cause internationale.
Geneviève usa de son autorité morale de résistante et de déportée pour peser sur les débats aboutissant à cette loi historique, première reconnaissance légale en France du droit d'accès aux droits fondamentaux pour les plus pauvres.
Anecdotes
Arrêtée par la Gestapo en juillet 1943, Geneviève de Gaulle avait travaillé dans le réseau clandestin « Défense de la France », participant à la fabrication et à la diffusion d'un journal interdit. Connue comme la nièce du général de Gaulle, elle fut considérée comme une prise de choix par les Allemands, qui espéraient l'utiliser comme monnaie d'échange politique.
À Ravensbrück, elle fut classée « NN » — Nacht und Nebel, « Nuit et Brouillard » — une désignation nazie signifiant que la prisonnière pouvait être exécutée à tout moment sans que sa famille en soit informée. Pendant plusieurs mois, elle fut placée à l'isolement total dans une cellule minuscule, sans contact avec les autres détenues. Cette solitude forcée devint pour elle une épreuve spirituelle intense qu'elle raconta cinquante ans plus tard dans ses mémoires.
Au printemps 1945, alors que les SS commençaient à liquider les prisonnières pour effacer les traces de leurs crimes, Geneviève fut évacuée grâce aux « bus blancs » de la Croix-Rouge suédoise, organisés par le comte Folke Bernadotte. Elle avait survécu à plus d'un an de déportation dans des conditions extrêmes.
Après la guerre, une rencontre décisive changea le cours de sa vie : celle du père Joseph Wresinski, lui-même né dans la grande pauvreté, qui avait créé en 1957 une communauté d'entraide pour les familles vivant dans des bidonvilles à Noisy-le-Grand. Geneviève s'engagea à ses côtés et consacra près de quarante ans à faire reconnaître que la grande pauvreté constitue une violation des droits humains.
En 1998, Geneviève de Gaulle-Anthonioz usa de tout son poids moral pour peser sur les débats parlementaires aboutissant à la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions — première loi française reconnaissant l'accès au logement, à l'emploi et à la santé comme droits fondamentaux. La même année, elle reçut la grand-croix de la Légion d'honneur.
Sources primaires
« Être NN, c'est n'être rien. Pas de nom, pas de courrier, pas de colis, pas de traces. On peut vous faire disparaître et personne n'en saura jamais rien. C'est cela, la nuit et le brouillard. »
« À Ravensbrück, j'ai compris ce que signifiait être réduite à rien, être un numéro. Cette expérience m'a ensuite rendue sensible à la misère des plus pauvres : eux aussi, on leur refuse leur humanité au quotidien. »
« Le combat contre la misère est le combat de notre temps. Comme la Résistance fut celui de notre jeunesse. Il exige le même courage, la même solidarité, le même refus de l'inacceptable. »
« La misère n'est pas une fatalité. Elle est une violence que nos sociétés infligent à leurs membres les plus fragiles, et nous avons le devoir collectif de l'éradiquer comme on éradique une maladie. »
Lieux clés
Principal camp de concentration pour femmes du Reich nazi, situé au nord de Berlin près de Fürstenberg. Geneviève y fut internée de février 1944 à avril 1945, placée à l'isolement comme prisonnière NN, et faillit y périr.
C'est à Paris que Geneviève intégra le réseau de résistance Défense de la France, participant à la production et à la diffusion clandestine d'un journal interdit et de faux papiers, avant son arrestation par la Gestapo en juillet 1943.
Après son arrestation, Geneviève fut emprisonnée à Fresnes, l'une des principales prisons utilisées par les nazis pour y détenir les résistants français avant leur déportation vers les camps allemands.
C'est dans ce bidonville de la banlieue parisienne que le père Wresinski fonda ATD en 1957. Geneviève s'y rendit pour la première fois dans les années 1960 et y découvrit la réalité de l'extrême pauvreté persistante en France d'après-guerre.
C'est ici qu'en 1987, à l'initiative d'ATD Quart Monde, fut inaugurée une dalle gravée rappelant que la misère est une violation des droits humains. Ce lieu est devenu un symbole international du combat contre la pauvreté, porté par Geneviève.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz y fut panthéonisée le 27 mai 2015, aux côtés de Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay, consacrant sa double place dans l'histoire de France : résistante et combattante contre la grande pauvreté.
Objets typiques

Documents falsifiés fabriqués clandestinement par le réseau Défense de la France, permettant à des résistants et à des persécutés d'échapper aux contrôles nazis. Geneviève participa à leur fabrication et à leur diffusion au péril de sa vie.

Périodique imprimé en secret et distribué à des centaines de milliers d'exemplaires malgré les risques de mort. Ce journal informait les Français sur la réalité de l'occupation et les appelait à la résistance.

Uniforme imposé aux prisonnières des camps de concentration nazis, marquant l'effacement de l'identité individuelle. Geneviève fut contrainte de le porter pendant toute sa détention à Ravensbrück, symbole de la déshumanisation concentrationnaire.

Objet de dévotion catholique que Geneviève conserva discrètement à Ravensbrück. Sa foi profonde fut l'une des ressources spirituelles qui lui permit de traverser les mois d'isolement sans sombrer.

Après la guerre, Geneviève coucha par écrit ses souvenirs de déportation, donnant naissance à son unique livre publié en 1998. Ce manuscrit symbolise le devoir de témoigner pour les générations futures et de ne pas laisser le silence effacer les crimes nazis.

Pierre gravée inaugurée au Trocadéro en 1987, portant les mots du père Wresinski : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés. » Geneviève fit de cette dalle un symbole de son combat, liant sa résistance passée à son engagement présent.
Programmes scolaires
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
À Ravensbrück, le réveil sonnait avant l'aube, vers 4h ou 5h du matin. Les détenues s'alignaient pour l'Appell — l'appel — qui pouvait durer des heures debout, par tous les temps, y compris sous le gel de l'hiver allemand. Geneviève, souvent en isolement dans sa cellule, vivait ces matinées dans un silence forcé, coupée de toute communauté.
Après-midi
En isolement à Ravensbrück, Geneviève était privée du travail forcé auquel étaient soumises les autres détenues — situation paradoxale, car le travail représentait leur principale distraction et contact humain. Elle occupait ses après-midis à prier, à entretenir ses souvenirs et à observer par les interstices de sa cellule la vie du camp.
Soir
La nuit tombait tôt et les détenues étaient enfermées dans leurs baraquements. Pour Geneviève, les soirées en isolement étaient les heures les plus dures : le silence absolu, l'incertitude du lendemain et la séparation de ses proches pesaient de tout leur poids. C'est dans ces moments qu'elle puisait dans sa foi la force de résister à l'effacement de soi.
Alimentation
La nourriture à Ravensbrück était délibérément insuffisante : une soupe claire aux légumes ou aux épluchures, un peu de pain noir rassis, parfois une margarine de mauvaise qualité. Ces rations visaient à affaiblir les détenues tout en les maintenant juste assez en vie pour travailler. En isolement, Geneviève recevait des rations encore réduites.
Vêtements
À Ravensbrück, Geneviève portait la tenue rayée réglementaire des déportées : une robe grossière à rayures bleues et grises, souvent inadaptée au froid glacial du nord de l'Allemagne. Ses propres vêtements lui avaient été confisqués dès son arrivée au camp, dernier symbole de la dépossession totale de son identité.
Habitat
Geneviève fut enfermée dans une cellule individuelle du bloc d'isolement de Ravensbrück : quelques mètres carrés à peine, un grabat de bois, une couverture insuffisante et une fenêtre haut placée laissant passer peu de lumière. Cet espace exigu fut à la fois sa protection relative et son supplice, l'isolement total durant des semaines puis des mois.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
La Traversée de la nuit
1998
Présidence d'ATD Quart Monde
1988-2001
Contribution au rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale »
1987
Action pour la Journée mondiale du refus de la misère (17 octobre)
1987-1993
Engagement pour la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions
1998






