Richard Wagner

Richard Wagner

1813 — 1883

royaume de Saxe

SpectacleCultureLettresPhilosophieMythologieMilitaireMusiqueCompositeur/triceXIXe siècleRomantisme allemand et nationalisme européen du XIXe siècle

Compositeur allemand (1813-1883), Wagner révolutionna l'opéra en créant le concept d'œuvre d'art totale (Gesamtkunstwerk). Ses drames musicaux comme la Tétralogie et Tristan und Isolde demeurent des monuments du romantisme.

Citations célèbres

« La musique commence là où le pouvoir des mots s'arrête. »
« L'art de demain sera l'art commun à tous. »

Faits marquants

  • 1813 : Naissance à Leipzig le 22 mai
  • 1849 : Exil en Suisse après sa participation à la révolution de Dresde
  • 1876 : Inauguration du Festival de Bayreuth avec la première intégrale de L'Anneau du Nibelung
  • 1865 : Création de Tristan und Isolde, œuvre fondatrice de l'harmonie moderne
  • 1883 : Mort à Venise le 13 février

Œuvres & réalisations

Der fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme) (1843)

Opéra romantique sur un capitaine maudit condamné à errer sur les mers pour l'éternité, sauvé par l'amour d'une femme fidèle. Première œuvre pleinement wagnérienne, elle inaugure le grand thème de la rédemption par l'amour.

Tannhäuser (1845)

Drame musical mêlant amour sacré et amour profane, inspiré des légendes médiévales des chevaliers-poètes allemands. Sa création scandaleuse à Paris en 1861 — sifflée par le Jockey-Club — reste l'une des soirées les plus tumultueuses de l'histoire de l'opéra.

Lohengrin (1850)

Opéra romantique sur le chevalier mystérieux au cygne blanc, émissaire du Graal interdit de révéler son identité. Œuvre préférée du roi Louis II, elle inspira directement les décors et le nom du château de Neuschwanstein.

Tristan und Isolde (1865)

Chef-d'œuvre absolu du romantisme musical, révolutionnaire par son harmonie chromatique qui pousse la tonalité à ses limites. L'accord de Tristan, dès les premières mesures, annonce la dissolution de la tonalité classique et ouvre la voie à la musique moderne du XXe siècle.

Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) (1868)

Seul opéra comique de Wagner, consacré à la confrérie des chanteurs artisans du XVIe siècle. C'est un éloge lumineux de l'art allemand, de la créativité populaire et du renouveau artistique, d'une richesse mélodique sans équivalent dans son œuvre.

L'Anneau du Nibelung — Tétralogie (1876)

Cycle de quatre drames musicaux inspirés des mythologies germanique et nordique : L'Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux. Représentation d'environ seize heures sur quatre soirées, c'est l'œuvre la plus monumentale jamais composée dans l'histoire de la musique occidentale.

Parsifal (1882)

Dernier drame sacré de Wagner, inspiré de la légende médiévale du Graal et de la compassion purificatrice. Wagner refusa longtemps qu'il soit joué ailleurs qu'à Bayreuth, le considérant comme une consécration spirituelle plutôt qu'un spectacle ordinaire.

Anecdotes

Wagner participa aux révolutions de 1848-1849 en Allemagne et fut contraint à l'exil pendant treize ans. Il vécut notamment à Zurich, où il rédigea ses grands essais théoriques sur la musique et le théâtre, tout en composant des chefs-d'œuvre comme Tristan und Isolde. Cet exil douloureux forgea sa vision d'un art total au service du peuple.

Le jeune roi Louis II de Bavière, âgé de 18 ans seulement, voua une admiration absolue à Wagner et le sauva de la ruine financière en 1864. Il finança ses opéras, lui offrit une villa luxueuse et fit construire le château de Neuschwanstein directement inspiré des décors des drames wagnériens. Cette amitié passionnée fut l'une des relations les plus extraordinaires entre un artiste et son mécène dans toute l'histoire de la musique.

Wagner avait une obsession secrète et coûteuse pour les tissus de soie et les vêtements d'intérieur luxueux. Il commandait des mètres de velours et de satin pour tapisser ses murs et se faire confectionner des robes de chambre brodées, même lorsqu'il était criblé de dettes. Ses fournisseurs lui adressaient des lettres désespérées réclamant le paiement de ces fantaisies extravagantes.

Pour le festival de Bayreuth inauguré en 1876, Wagner conçut une salle de spectacle révolutionnaire avec une fosse d'orchestre entièrement dissimulée sous la scène, qu'il appela le « mystischer Abgrund » — l'abîme mystique. Cette innovation permettait au son d'envelopper le public sans que les musiciens ne distraient de l'action scénique. Le Festival de Bayreuth existe encore aujourd'hui et reste l'un des événements musicaux les plus prestigieux du monde.

Contrairement à tous ses contemporains, Wagner écrivait lui-même les livrets de ses opéras en vers allitératifs inspirés de la poésie médiévale germanique. Il passa des années à étudier l'Edda scandinave et la Saga des Nibelungs pour construire l'univers de la Tétralogie. Cette fusion unique entre épopée poétique et musique orchestrale était au cœur de son concept de Gesamtkunstwerk — l'œuvre d'art totale.

Sources primaires

Oper und Drama (1851)
Das Wesen des Dramas ist Liebe. Die Musik ist ein Weib; ihr zeugendes Moment ist der Dichter. Was die Musik nicht sprechen kann, spricht das Drama; was das Drama nicht sagen kann, singt die Musik.
Das Kunstwerk der Zukunft (1849)
Der Mensch der Zukunft wird das vollkommene Kunstwerk erst dann schaffen, wenn er alle Künste — Tanz, Musik und Poésie — zu einer seule et même expression réunira, comme faisaient les Grecs.
Mein Leben (autobiographie) (1865-1880)
Je me souviens d'avoir entendu pour la première fois la Symphonie en ut mineur de Beethoven — cette œuvre m'ouvrit un monde entièrement nouveau et m'enseigna que la musique pouvait exprimer ce que les mots ne peuvent pas dire.
Lettre à Franz Liszt (1853)
Je ne peux vivre comme un chien, je ne peux dormir sur de la paille et boire de l'eau de vie. Je dois être cajolé d'une façon ou d'une autre si mon esprit doit accomplir l'immensément difficile travail de créer un monde qui n'existe pas encore.
Eine Mitteilung an meine Freunde (Communication à mes amis) (1851)
Tout ce que je suis, je le suis uniquement par nécessité absolue ; tout ce que je fais, je le fais parce que je ne puis faire autrement. C'est ainsi que naît l'œuvre d'art véritable.

Lieux clés

Leipzig, Allemagne

Ville natale de Wagner, qui y naquit le 22 mai 1813. Leipzig était alors un grand centre intellectuel et musical allemand, où le jeune Richard découvrit Beethoven et reçut ses premières leçons d'harmonie.

Semperoper de Dresde, Allemagne

Wagner y fut directeur musical de 1843 à 1849 et y créa Le Vaisseau fantôme et Tannhäuser. C'est là qu'il participa à l'insurrection de 1849, ce qui lui valut un mandat d'arrêt et treize ans d'exil.

Villa Tribschen, Lucerne, Suisse

Demeure lacustre où Wagner vécut de 1866 à 1872 avec Cosima von Bülow. Il y composa Les Maîtres Chanteurs et une grande partie de la Tétralogie dans un cadre idyllique face aux Alpes suisses.

Festspielhaus de Bayreuth, Allemagne

Théâtre unique conçu par Wagner lui-même, inauguré en 1876 avec sa fosse d'orchestre dissimulée. Il accueille chaque été le festival wagnérien, l'un des pèlerinages musicaux les plus importants du monde.

Palazzo Vendramin, Venise, Italie

Palais gothique vénitien sur le Grand Canal où Wagner s'éteignit le 13 février 1883, terrassé par une crise cardiaque. Venise, ville qu'il adorait pour sa beauté mélancolique, fut le décor de ses dernières semaines.

Voir aussi