Robert Desnos(1900 — 1945)

Robert Desnos

France

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LettresPoète(sse)XXe siècleXXe siècle (1900-1945)

Poète français (1900-1945) figure majeure du surréalisme, connu pour ses jeux de langage et sa poésie novatrice. Engagé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, il a été déporté et meurt au camp de Terezín en 1945.

Questions fréquentes

Robert Desnos (1900-1945) est une figure majeure du surréalisme, connu pour sa maîtrise de l'écriture automatique et ses jeux de langage. Ce qui le distingue, c'est qu'il a su allier l'exploration onirique du surréalisme à un lyrisme personnel très fort, notamment dans son recueil Corps et Biens (1930). Moins théoricien que Breton, il était un véritable virtuose de la parole, capable de dicter des poèmes en état de demi-conscience pendant les séances de sommeil hypnotique. Son engagement dans la Résistance et sa mort en déportation à Terezín en 1945 font de lui un symbole de la poésie résistante, avec des textes comme Ce cœur qui haïssait la guerre devenus des emblèmes.

Citations célèbres

« Je rêve et j'écris pour me libérer »

Faits marquants

  • 1924 : participe au mouvement surréaliste aux côtés d'André Breton
  • 1930s : publie ses recueils majeurs incluant 'La Liberté ou l'Amour' et 'Corps et Biens'
  • 1940-1943 : s'engage dans la Résistance française sous l'Occupation
  • 1944 : arrêté par la Gestapo et déporté
  • 8 juin 1945 : meurt au camp de concentration de Terezín à l'âge de 44 ans

Œuvres & réalisations

Deuil pour deuil (1924)

Premier recueil important de Desnos, écrit dans la pleine période surréaliste. Il y explore l'écriture automatique et les images oniriques avec une liberté formelle radicale.

La Liberté ou l'Amour ! (1927)

Roman poétique surréaliste mêlant rêve, érotisme et aventure. Censuré à sa parution, il illustre la volonté de Desnos de transgresser les frontières entre les genres.

Corps et Biens (1930)

Recueil de poèmes considéré comme son chef-d'œuvre surréaliste, contenant notamment 'J'ai tant rêvé de toi'. Il y affirme un lyrisme personnel et une maîtrise de la langue unique.

Fortunes (1942 (publié 1945))

Recueil composé sous l'Occupation, reflétant son engagement dans la Résistance. Il contient 'Ce cœur qui haïssait la guerre', poème devenu emblème de la poésie résistante française.

Chantefables et Chantefleurs (1944)

Recueil de comptines et poèmes humoristiques pour enfants, destinés à être mis en musique. Ces textes sont aujourd'hui parmi les plus lus dans les écoles françaises.

Contrée (1944)

Suite de sonnets composés au seuil de l'arrestation, dans une forme classique que Desnos réinvente. Ce recueil témoigne d'une maturité poétique épurée.

Destinée arbitraire (1975 (posthume))

Recueil posthume rassemblant des poèmes inédits, publié grâce au travail éditorial de ses amis. Il complète l'œuvre et révèle la profondeur de son évolution artistique.

Anecdotes

Lors des séances surréalistes organisées par André Breton en 1922-1923, Robert Desnos était capable de s'endormir à volonté et de dicter des poèmes dans un état de demi-conscience. Ses camarades surréalistes étaient fascinés par cette aptitude exceptionnelle à accéder à l'inconscient, ce qui lui valut le surnom de 'Rrose Sélavy', personnage qu'il partageait avec Marcel Duchamp.

Desnos était un passionné de jeux de mots et d'homophones. Il construisait des phrases entières où les sons se répondaient comme dans un miroir : 'Rrose Sélavy et moi esquivons les échos'. Ces calembours surréalistes n'étaient pas de simples jeux, mais une véritable exploration du langage comme outil de subversion et de liberté.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Desnos travailla comme journaliste tout en rédigeant des tracts clandestins pour la Résistance. Il fut arrêté par la Gestapo le 22 février 1944 à son domicile parisien, après avoir été dénoncé. Transféré de camp en camp — Auschwitz, Buchenwald, Flossenbürg, Flöha — il continua à encourager ses compagnons de déportation par ses poèmes récités à voix basse.

Quelques jours après la libération du camp de Terezín par les Soviétiques, Robert Desnos mourut du typhus le 8 juin 1945, à l'âge de 44 ans. Une jeune étudiante tchèque, Youki, et un journaliste ami, Josef Stuna, furent parmi les derniers à lui tenir compagnie. Il fut reconnu par un camarade déporté dans un état de faiblesse extrême, mais déclara encore : 'Je suis Robert Desnos, poète.'

Dans les années 1930, Desnos se reinventa comme auteur de chansons populaires et de poèmes pour enfants, notamment les célèbres 'Chantefables' destinées à être mises en musique. Ces comptines pleines d'humour et d'images insolites — comme 'La Fourmi' ou 'L'Hippopotame' — sont encore aujourd'hui apprises par des millions d'écoliers français, assurant à Desnos une immortalité inattendue dans les cours de récréation.

Sources primaires

Corps et Biens — poème 'J'ai tant rêvé de toi' (1930)
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ?
Lettre à Youki Desnos depuis le camp de Flöha (1944)
Ma chérie, je t'écris de ce camp où nous travaillons dur mais je pense à toi sans cesse. Je reste debout et j'espère te revoir bientôt. Mon amour pour toi est ma seule force.
Fortunes — poème 'Ce cœur qui haïssait la guerre' (1945)
Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille ! Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, de l'amour insouciant, voilà qu'il se cabre et qu'il envoie son sang par toutes ses artères.
Chantefables — 'La Fourmi' (1944)
Une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ça n'existe pas, ça n'existe pas. Une fourmi traînant un char plein de pingouins et de canards, ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Manifeste du surréalisme (Breton) — témoignage sur Desnos (1924)
Desnos parle surréaliste à volonté. La rapidité de ses projections verbales ne lui permet pas de les dicter et il trace des signes sur le papier dont il n'a plus la maîtrise.

Lieux clés

Paris, rue de Rivoli / quartier Saint-Merri

Lieu de naissance de Desnos (4e arrondissement) et décor de son enfance populaire parisienne, qui nourrit son imaginaire poétique.

Café Cyrano, Place Blanche, Paris

Haut lieu de réunion du groupe surréaliste ; c'est ici que Desnos participait aux séances de sommeil hypnotique et aux discussions avec Breton, Éluard et leurs amis.

Rue Mazarine, Paris (6e)

Desnos vécut et travailla dans ce quartier du Carrefour de l'Odéon, au cœur de la vie littéraire et artistique parisienne des années 1920-1940.

Camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, Pologne

Première grande étape de la déportation de Desnos après son arrestation en 1944 ; il y fut enregistré comme prisonnier politique.

Camp de Terezín (Theresienstadt), Tchéquie

Dernière étape du parcours de déportation de Desnos, où il mourut du typhus le 8 juin 1945, quelques semaines après la libération du camp.

Voir aussi