Sophie Germain(1776 — 1831)

Sophie Germain

France

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SciencesPhilosophiePhilosopheTemps modernesRévolution française, Empire napoléonien et Restauration (fin XVIIIe - début XIXe siècle)

Mathématicienne et philosophe française (1776-1831), pionnière des sciences à une époque où les femmes en étaient exclues. Elle contribua à la théorie des nombres et à l'élasticité, correspondant avec Gauss sous un pseudonyme masculin.

Questions fréquentes

Sophie Germain (1776-1831) est une mathématicienne et philosophe française, pionnière dans un monde scientifique fermé aux femmes. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a contribué de manière décisive à la théorie des nombres et à l'élasticité, remportant le Grand Prix de l'Institut de France en 1816 — une première pour une femme. Moins célèbre que Gauss ou Lagrange, elle a pourtant correspondu avec eux et posé les bases mathématiques de la résistance des matériaux. Son importance tient autant à ses découvertes qu'à sa capacité à surmonter les préjugés de son époque.

Citations célèbres

« L'algèbre n'est qu'une géométrie écrite ; la géométrie n'est qu'une algèbre figurée. »

Faits marquants

  • 1776 : naissance à Paris dans une famille bourgeoise cultivée
  • 1794 : commence à étudier secrètement les mathématiques pendant la Révolution française
  • 1804 : entame une correspondance avec Gauss sous le pseudonyme masculin de 'Monsieur LeBlanc'
  • 1816 : reçoit le Grand Prix de l'Académie des sciences pour ses travaux sur la théorie mathématique des surfaces élastiques
  • 1831 : décès à Paris, la même année où Gauss lui obtient un doctorat honoris causa de Göttingen

Œuvres & réalisations

Mémoire sur les vibrations des lames élastiques (Grand Prix de l'Institut de France) (1816)

Troisième version de son mémoire sur la théorie de l'élasticité, couronné par l'Institut de France. Sophie Germain fut la première femme à remporter ce prix prestigieux, posant les bases mathématiques de la résistance des matériaux.

Recherches sur la théorie des surfaces élastiques (1821)

Publication de ses travaux sur l'élasticité, ouvrage de référence qui influença durablement la physique mathématique et le génie civil du XIXe siècle.

Remarques sur la nature, les bornes et l'étendue de la question des surfaces élastiques (1826)

Complément à ses travaux précédents, dans lequel Sophie Germain affine ses équations et répond aux critiques de Poisson sur les fondements de sa théorie.

Théorème de Sophie Germain (contribution au dernier théorème de Fermat) (1823)

Dans une lettre à Gauss publiée par Legendre, elle démontre que pour tout nombre premier p tel que 2p+1 soit aussi premier, l'équation de Fermat n'a pas de solution entière non nulle. Ce résultat resta longtemps le progrès le plus significatif sur le problème.

Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture (1833 (posthume))

Essai philosophique rédigé vers la fin de sa vie, dans lequel Sophie Germain défend l'unité des sciences et des lettres et réfléchit à la place de la raison dans l'histoire humaine.

Anecdotes

Sophie Germain découvrit les mathématiques à 13 ans en lisant l'histoire d'Archimède, tué par un soldat romain alors qu'il était absorbé dans ses calculs. Cette mort lui parut la preuve que les mathématiques étaient la plus fascinante des disciplines. Confinée chez elle pendant la Révolution, elle dévora les livres de la bibliothèque de son père.

Pour accéder aux cours de l'École Polytechnique — interdite aux femmes — Sophie Germain emprunta l'identité d'un étudiant absent, M. LeBlanc, et lui envoya des travaux si brillants que le directeur Lagrange demanda à rencontrer ce prodige. Il fut stupéfait de découvrir une jeune femme, mais l'accueillit avec respect et devint son mentor.

Sophie Germain correspondit pendant des années avec le grand mathématicien allemand Carl Friedrich Gauss en signant ses lettres 'M. LeBlanc'. Quand Gauss apprit enfin sa véritable identité, il lui écrivit une lettre admirative, déclarant que son mérite était d'autant plus remarquable qu'il brisait les préjugés de l'époque sur les femmes et la science.

Lors de l'invasion napoléonienne de la Prusse, Sophie Germain s'inquiéta pour la sécurité de Gauss à Göttingen. Elle demanda à un général français de ses relations, Pernety, de veiller sur lui — reproduisant inconsciemment le geste qui avait coûté la vie à Archimède, mais cette fois pour le protéger. Gauss découvrit ainsi que sa correspondante 'M. LeBlanc' était une femme.

Sophie Germain soumit trois fois son mémoire sur la théorie des surfaces élastiques au concours de l'Institut de France avant d'obtenir le prix en 1816. Les deux premiers furent refusés pour des erreurs mathématiques que Poisson, son rival, ne corrigea jamais publiquement dans ses propres travaux. Elle fut la première femme à assister aux séances de l'Académie des sciences de son vivant.

Sources primaires

Correspondance entre Sophie Germain et Carl Friedrich Gauss (1804-1809)
Monsieur, les recherches que j'ai l'honneur de vous soumettre sur la théorie des nombres m'ont conduite à des résultats que je n'aurais osé espérer… je crains que vous ne trouviez les développements trop insuffisants.
Mémoire sur les vibrations des lames élastiques (3e version, prix de l'Institut) (1816)
La valeur de z résulte d'une double intégration, et les constantes arbitraires introduites par ces intégrations doivent être déterminées par les conditions relatives aux bords de la surface.
Recherches sur la théorie des surfaces élastiques (publication) (1821)
En cherchant à déduire des principes généraux de la mécanique les lois des vibrations des corps, je me suis convaincue que les équations différentielles de ce mouvement devaient être d'un ordre très élevé.
Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres (1833 (posthume))
Si l'on examine avec attention le progrès des sciences, on sera étonné de voir que des branches de connaissance très différentes ont été cultivées simultanément, et que ceux qui ont excellé dans l'une avaient souvent cultivé les autres.
Lettre de Sophie Germain au général Pernety concernant la protection de Gauss (1806)
Je vous prie, mon général, de vouloir bien faire mettre à l'abri des suites de la guerre M. Gauss, professeur à Göttingen, dont les travaux mathématiques sont d'une importance capitale pour la science.

Lieux clés

Maison familiale Germain, rue Saint-Denis, Paris

C'est dans la bibliothèque de cette demeure bourgeoise que Sophie Germain, à 13 ans, découvrit les mathématiques lors des troubles révolutionnaires. Elle y mena ses premières recherches autodidactes.

École Polytechnique, Paris (Quartier Latin)

Fondée en 1794, cette grande école fut le cœur scientifique de l'époque napoléonienne. Sophie Germain en fut exclue en tant que femme, mais obtint les cours par correspondance sous le nom de M. LeBlanc.

Institut de France, Paris

Siège de l'Académie des sciences, où Sophie Germain soumit trois fois son mémoire sur l'élasticité avant de remporter le Grand Prix en 1816. Elle y fut la première femme admise aux séances publiques.

Göttingen, Basse-Saxe (Allemagne)

Ville universitaire où travaillait Carl Friedrich Gauss, correspondant et admirateur de Sophie Germain. C'est là qu'elle intervint pour le protéger en 1806 et que leur amitié épistolaire prit tout son sens.

Rue de Savoie, Paris (domicile tardif)

Sophie Germain vécut dans ce quartier lors des dernières années de sa vie, où elle rédigea ses travaux philosophiques malgré sa maladie. Elle y mourut en 1831.

Voir aussi