Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Abou Bakr as-Siddiq

par Charactorium · Abou Bakr as-Siddiq (573 — 634) · Lettres · Politique · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Abou Bakr as-Siddiq
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

On dit qu'on l'a trouvé un matin recevant une délégation tribale dans sa maison de pisé, près de la mosquée de Médine, un pan de son manteau usé encore couvert de la poussière du désert. Il a accepté de répondre, entre deux audiences, aux questions d'un visiteur venu de loin — à condition, a-t-il précisé, qu'on ne cherche en lui ni un saint ni un roi.

Avant de devenir calife, vous étiez marchand à La Mecque. Comment ce métier a-t-il façonné l'homme que vous êtes devenu ?

Avant que Dieu ne m'appelle à porter le fardeau du califat, je pesais le tissu sur les marchés de La Mecque, drapé dans mon burd rayé, comme tous les fils de ma tribu qui vivaient du commerce caravanier. On apprend, à manier la balance, qu'un poids juste ne se négocie pas — la même rigueur m'a servi plus tard pour compter les parts de la zakat dans le trésor de la communauté. Quand les miens m'ont désigné pour gouverner, je comptais reprendre mes ballots de tissu au marché dès le lendemain, par habitude autant que par nécessité, car je n'avais pas d'autre revenu. C'est Omar et les compagnons qui m'ont arrêté sur ce chemin et qui ont insisté pour que la communauté m'accorde de quoi vivre, afin que je me consacre entièrement à elle. J'avoue que cela m'a d'abord semblé étrange, moi qui n'avais jamais rien reçu sans l'avoir gagné par mon travail.

On raconte que vous avez passé trois jours caché dans une grotte avec le Prophète, en fuyant La Mecque. Que ressentiez-vous alors ?

La peur, je ne la nierai pas — mais elle n'était pas pour moi. Quand nous nous sommes glissés dans la grotte de Thawr, à quelques heures à peine de La Mecque, j'entendais les pas de ceux qui nous cherchaient au-dessus de nos têtes, et je tremblais pour la vie du Messager, non pour la mienne. Il m'a dit, je m'en souviens comme si c'était hier, de ne pas m'attrister, car Dieu était avec nous, le troisième dans cette obscurité. On rapporte qu'une araignée tissa sa toile à l'entrée et qu'un pigeon y fit son nid pendant que nous retenions notre souffle — signes que nos poursuivants prirent pour preuve que nul n'était entré là depuis longtemps. Trois jours sans autre compagnie que la sienne et le silence du désert m'ont appris ce que voulait dire suivre un homme jusqu'au bout, sans réserve ni calcul.

Je tremblais pour la vie du Messager, non pour la mienne.

On vous surnomme 'as-Siddiq', le Véridique. D'où vient ce nom ?

Ce nom m'est venu d'une nuit où le Prophète raconta qu'il avait été transporté de La Mecque jusqu'à Jérusalem puis élevé au-delà des cieux, en une seule nuit. Beaucoup de ceux qui l'avaient suivi jusque-là se mirent à douter et coururent me trouver, certains qu'un récit si étrange me ferait renoncer. Je leur ai répondu que s'il avait dit cela, alors cela était vrai — je le croyais sur des choses bien plus difficiles à admettre, puisque je le croyais déjà quand il me disait recevoir la parole du ciel. Ils m'ont donné le nom d'as-Siddiq ce jour-là, et je l'ai porté depuis comme on porte une dette : il m'oblige à ne jamais démentir par mes actes ce que ma langue a affirmé. Je fus le premier homme libre à embrasser sa prédication, dès les tout premiers jours, quand la foi tenait encore dans une poignée de mains.

Après la mort du Prophète, plusieurs tribus ont refusé de continuer à payer la zakat. Comment avez-vous pris la décision de leur faire la guerre ?

Le Messager était à peine enterré que des tribus entières, jusque-là soumises, m'envoyèrent dire qu'elles prieraient mais ne paieraient plus la zakat, comme si cet engagement n'avait lié que sa personne et non la foi elle-même. Omar, qui avait pourtant plus de flamme que moi dans bien des affaires, me pressa d'accepter ce compromis plutôt que de jeter la communauté naissante dans la guerre. Je lui ai répondu que si l'on m'avait refusé même la corde d'un chamelon qu'on donnait autrefois au Prophète, je combattrais pour cela, car dissocier la prière de l'aumône, c'était démembrer la religion elle-même. Ce n'était pas la colère qui me guidait mais la certitude qu'une communauté qui se laisse effriter par pans entiers ne se relève plus. Les guerres de Ridda ont duré des mois amers, mais elles ont rendu à Médine l'autorité que La Mecque venait de recevoir en héritage.

Craigniez-vous d'avoir outrepassé votre rôle en menant seul cette guerre contre d'autres musulmans ?

Il y a une solitude propre à celui qui doit trancher quand ses plus proches conseillers hésitent. Je n'avais reçu de personne l'ordre exprès de combattre les tribus rebelles — j'ai dû décider seul, avec la responsabilité que Dieu avait placée sur mes épaules le jour où l'on m'avait désigné calife à Médine. Je savais que si je laissais la moindre tribu croire qu'on pouvait négocier avec la communauté pièce par pièce, il ne resterait bientôt plus rien à gouverner. Ce n'est pas la victoire militaire qui m'importait le plus, mais ce qu'elle scellait : qu'après le Prophète, la communauté restait une seule chose, non un assemblage que chacun pouvait défaire à sa guise. Quand Khalid ibn al-Walid m'a rapporté la victoire de Yamama, j'ai remercié Dieu avant de songer à ce qu'elle nous avait coûté en hommes — et en mémoire du Coran, comme vous allez sans doute me le demander.

La bataille de Yamama a coûté la vie à de nombreux mémorisateurs du Coran. Qu'est-ce qui vous a poussé à ordonner sa compilation ?

Après Yamama, on m'a rapporté combien de huffaz — ceux qui portaient le Coran entier dans leur mémoire — étaient tombés au combat. J'ai compris avec effroi que la parole révélée, jusque-là confiée aux poitrines des hommes plus qu'au parchemin, pouvait se perdre avec eux, verset après verset, sans que nul ne s'en aperçoive avant qu'il ne soit trop tard. Omar est venu me voir, inquiet comme moi, et m'a poussé à agir alors que je répugnais à faire une chose que le Messager lui-même n'avait pas ordonnée de son vivant. J'ai fini par admettre que Dieu avait peut-être ouvert mon cœur à ce bien, comme il l'avait ouvert au sien, et j'ai convoqué Zayd ibn Thabit, qui avait écrit tant de révélations sous la dictée du Prophète. C'est ainsi qu'est né le premier mushaf, rassemblé feuille après feuille, jusqu'à tenir en un seul recueil.

La parole révélée pouvait se perdre avec eux, verset après verset.

Que lui avez-vous dit, à ce jeune homme, quand vous lui avez confié cette tâche ?

Je lui ai dit ceci, et je m'en souviens mot pour mot car la charge de ces paroles pesait autant que la tâche elle-même : « tu es un jeune homme intelligent et nous ne te soupçonnons d'aucun mensonge. Tu écrivais la Révélation pour le Messager d'Allah. Recherche donc le Coran et rassemble-le. » Zayd était plus jeune que moi de bien des années, mais je savais sa mémoire fidèle et sa plume sûre, lui qui avait consigné tant de versets à Médine du vivant du Prophète. Il m'a raconté plus tard que cette charge lui parut plus lourde que de déplacer une montagne, tant il craignait de se tromper d'un seul mot sur un texte que Dieu lui-même avait dicté. Il rassembla les feuillets épars et les mémoires des compagnons encore vivants, jusqu'à ce que chaque verset trouve confirmation par deux témoins au moins. Ce recueil, je l'ai gardé chez moi jusqu'à ma mort, avant qu'il ne passe entre les mains d'Omar puis de Hafsa.

Le jour de votre investiture comme calife, quelles paroles avez-vous adressées à la communauté de Médine ?

Je me suis levé devant eux à Médine, le cœur lourd du poids qu'on venait de me confier, et je leur ai dit : « Je vous gouverne mais je ne suis pas le meilleur d'entre vous. Si j'agis bien, aidez-moi ; si je commets une injustice, redressez-moi. » Je ne voulais pas qu'on me prenne pour un second prophète, ni qu'on obéisse à mes ordres comme on obéissait aux siens, car ma seule légitimité tenait à ce que je servais la loi de Dieu, non ma propre volonté. J'ai ajouté que le faible parmi eux serait fort à mes yeux jusqu'à ce que je lui rende son droit, et que le fort serait faible jusqu'à ce que je reprenne sur lui ce droit d'autrui. Cette parole n'était pas une formule de circonstance : je savais qu'un chef qui s'installe dans la certitude de sa propre justice finit par oublier ceux qu'il gouverne, et je ne voulais pas de cet oubli-là pour moi.

Je vous gouverne mais je ne suis pas le meilleur d'entre vous.

Même une fois calife, vous auriez conservé un mode de vie très simple. Pourquoi ce choix ?

Le pouvoir n'a rien changé à la natte sur laquelle je dormais ni au pain d'orge que je partageais avec les miens à Médine. Je portais le même thawb de lin simple, le même manteau drapé sur l'épaule, et je buvais l'eau des puits comme n'importe quel habitant de la ville. Il m'est arrivé de songer que si je m'installais dans le confort, ceux qui viendraient après moi le prendraient pour un droit du calife plutôt que pour une largesse de la communauté, et je ne voulais pas leur laisser ce fardeau en héritage. Je continuais de recevoir les délégations tribales le matin, dans une maison de pisé aux murs blanchis à la chaux, sans autre décor qu'un palmier dans la cour et une lampe à huile pour les soirées d'étude. Un homme qui gouverne au nom de Dieu n'a pas besoin de plus qu'un homme qui laboure son champ — c'est du moins ce que je me suis efforcé de croire jusqu'à mon dernier jour.

Si vous pouviez vous imaginer regardé depuis un siècle plus tard, que souhaiteriez-vous qu'on retienne de vos deux années de califat ?

Deux années, c'est bien peu pour juger d'un règne, et je n'ai jamais prétendu bâtir davantage qu'un commencement. Si l'on devait se souvenir de quelque chose, je préférerais que ce soit ceci : que la communauté, menacée de se déliter aux quatre coins de l'Arabie à peine le Messager disparu, tenait encore debout quand j'ai rendu mon dernier souffle, et que le Coran que Zayd avait rassemblé reposait en sûreté plutôt que dispersé dans la mémoire d'hommes mortels. J'ai envoyé nos frères vers l'Irak et vers la Syrie sans savoir jusqu'où Dieu porterait leurs pas, et j'ai désigné Omar pour continuer après moi, car je le savais plus ferme que moi dans bien des épreuves. Je ne cherche ni gloire ni monument de pierre : qu'on dise seulement qu'un marchand de tissu de La Mecque a tenu sa parole jusqu'au bout, envers son Prophète et envers sa communauté, voilà qui me suffirait.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Abou Bakr as-Siddiq. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.