Les enfants interrogent Abra
par Charactorium · Abra (1988 — ?) · Musique · Culture · 5 min de lecture

Deux élèves de 12 ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'un petit studio d'enregistrement de Metro Manila. Assis sur un vieux canapé, casque autour du cou, un rappeur souriant les attend. Il s'appelle Abra, et il a plein d'histoires à raconter.
—C'était comment, votre quartier quand vous étiez enfant ?
Tu sais, mon enfant, j'ai grandi dans un quartier populaire de Metro Manila, là où la rue ne dort jamais. Imagine des ruelles pleines de bruit, l'odeur du riz frit le matin, et ces jeepneys colorés qui klaxonnent partout. Un jeepney, c'est notre transport en commun, né de vieilles jeeps de l'armée repeintes. J'étais un gamin curieux. C'est dans les cyber-cafés du quartier, ces petites salles remplies d'écrans, que j'ai découvert le hip-hop américain. Je restais des heures à écouter, fasciné. Je ne le savais pas encore, mais cette rue chaude et bruyante, c'était déjà ma première école de musique.
La rue chaude et bruyante, c'était déjà mon école de musique.
—Vous mangiez quoi le matin avant de faire de la musique ?
Ah, tu poses une bonne question ! Moi je me lève tard, tu sais, parce que la nuit c'est mon vrai temps de travail. Alors mon petit-déjeuner, c'est du sinangag, du riz frit à l'ail, avec un œuf et un peu de viande séchée. Un vrai repas philippin. Après ça, je passe l'après-midi à écrire, dans la chaleur humide de Manila. Souvent je me déplace en jeepney, coincé entre dix personnes, et j'écoute les gens parler. Leurs mots, leurs disputes, leurs blagues, ça nourrit mes textes. Un rappeur, mon enfant, ça mange, ça marche, ça écoute — et tout ça finit dans ses chansons.
—Pourquoi vous vous appelez Abra ? C'est un nom bizarre !
Ha ! Tu as raison, c'est un drôle de nom. Mais écoute bien. Mon vrai nom, c'est Abraham. Et Abra, c'est un morceau du mot magique que tu connais peut-être : «abracadabra». Tu sais, celui qu'on dit pour faire apparaître quelque chose. Pour moi, un rappeur, c'est un petit magicien. Il prend des mots ordinaires, des mots de tous les jours, et hop, il les transforme en quelque chose de beau et de fort. C'est ça, ma magie à moi. Pas de chapeau ni de lapin. Juste des mots. D'ailleurs, mon album de 2014 s'appelle Abra Cadabra — un clin d'œil à cette idée.
Un rappeur, c'est un magicien : il change les mots ordinaires en trésors.
—C'est vrai qu'une de vos chansons est devenue super connue d'un coup ?
Oui ! Et je ne m'y attendais pas du tout, tu sais. En 2013, j'ai sorti un morceau qui s'appelle Gayuma. Je pensais que c'était une chanson parmi d'autres. Et puis, imagine ma surprise : les gens ont commencé à la partager partout, encore et encore, jusqu'à ce que tout le pays la connaisse. C'est devenu mon titre le plus célèbre. Du jour au lendemain, des inconnus dans la rue chantaient mes paroles. J'avais un peu le vertige, honnêtement. Un garçon d'un quartier populaire qui devient connu grâce à une chanson en tagalog — ça, personne ne l'avait prévu.
—Ça veut dire quoi, «Gayuma» ? C'est joli comme mot !
N'est-ce pas ? Gayuma, c'est un mot en tagalog qui veut dire «philtre d'amour». Tu sais, un charme, une potion magique qui rendrait quelqu'un amoureux. C'est une vieille idée de notre tradition populaire philippine. J'aimais ce mot parce qu'il parle de sentiment et de mystère. Et dans la chanson, j'ai fait quelque chose que j'adore : j'ai mélangé mon rap avec des mélodies douces, un peu comme les vieilles chansons folk de chez nous. Comme ça, même ma grand-mère pouvait aimer un morceau de rap ! C'est ça qui a touché les gens, je crois : du hip-hop qui sentait vraiment les Philippines.
J'ai fait du hip-hop qui sentait vraiment les Philippines.
—Pourquoi vous rappez en tagalog et pas en anglais ?
Ah, ça c'est une décision importante de ma vie, mon enfant. Beaucoup de rappeurs, autour de moi, choisissaient l'anglais. Ils pensaient que c'était plus «cool», que ça toucherait le monde entier. Moi, j'ai dit non. Le Tagalog, c'est ma langue maternelle, la langue de ma mère, de ma rue, de mes voisins. Pourquoi je la cacherais ? Rapper en tagalog, c'était dire fièrement : «Voilà qui je suis, voilà d'où je viens.» Je voulais que les jeunes des quartiers populaires s'entendent, se reconnaissent dans mes chansons. Une langue, ce n'est pas un habit qu'on enlève. C'est ta peau. Et moi, je garde la mienne.
Une langue, ce n'est pas un habit qu'on enlève. C'est ta peau.
—Comment vous faites pour écrire vos chansons ?
Avec des choses toutes simples, tu serais surpris ! Un cahier et un stylo, voilà mes vrais outils. J'écris mes paroles à la main, ligne après ligne, souvent tard le soir. Puis je les dis à voix haute, encore et encore, pour sentir si le rythme tombe bien. J'écris en tagalog, avec l'argot de Manila, les mots qu'on entend vraiment dans la rue. Parfois une punchline me vient d'un coup — c'est une phrase percutante, celle qui frappe fort dans un couplet. Alors je la note vite avant de l'oublier. La musique, mon enfant, ça commence toujours par du papier, un stylo, et beaucoup de patience.
—C'est quoi une «battle» de rap ? Vous en avez fait ?
Oh oui, plein ! Une battle, c'est un duel de mots, mon enfant. Deux rappeurs face à face, et chacun essaie d'être plus malin, plus drôle, plus fort que l'autre. Pas de coups, juste des phrases ! Imagine une petite salle bondée de Metro Manila, dans le monde underground — ça veut dire la scène cachée, loin des grands concerts commerciaux. Les gens crient, jugent, applaudissent. C'était intimidant, au début. Le public était exigeant, il ne pardonnait rien. Mais c'est là que j'ai appris à ne pas trembler, à trouver le bon mot au bon moment. Ces battles ont été ma vraie école du courage.
Une battle, c'est un duel sans coups : juste des mots qui frappent.
—C'est dur d'inventer des paroles en direct, sans les préparer ?
Très dur, et c'est justement ça qui est excitant ! Ça s'appelle le freestyle : tu improvises, tu inventes tes rimes sur le moment, sans texte préparé. Imagine que tu doives raconter une histoire drôle à l'instant même, sans réfléchir, devant une foule qui te fixe. Le cœur bat vite, crois-moi ! Au début je me trompais, je bloquais. Puis, à force, les mots sont venus tout seuls, comme une rivière. Le secret, c'est d'écouter le rythme et de se faire confiance. Dans les scènes underground de Manila, le freestyle, c'était l'épreuve reine. Celui qui savait improviser, lui, était respecté par tous.
—Aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Quelle belle question pour finir. Tu sais, j'aimerais qu'on se souvienne d'un garçon des quartiers populaires qui n'a pas eu honte de sa langue. Avec mon album Abra Cadabra et mes chansons en tagalog, j'ai voulu montrer une chose : le rap dans notre langue, c'est de l'art, du vrai. Aussi grand que le rap venu d'ailleurs. J'ai aidé à ouvrir une porte pour tous les jeunes rappeurs philippins qui viennent après moi. Si tu retiens une seule chose de moi, garde celle-ci : n'attends la permission de personne pour transformer ta vie ordinaire en quelque chose de beau. Ça, c'est la vraie magie.
N'attends la permission de personne pour rendre ta vie ordinaire extraordinaire.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Abra. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


