Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Abraham Lincoln

par Charactorium · Abraham Lincoln (1809 — 1865) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un salon mal chauffé de la Maison-Blanche, en ce mois de mars 1865, que Horace Greeley retrouve le président, quelques jours après son second serment. Une carte d'état-major est punaisée au mur, et le grésillement lointain du télégraphe traverse la cloison. Les deux hommes se connaissent de longue date : le rédacteur du New York Tribune a pressé, harcelé, parfois exaspéré Lincoln sur l'esclavage — et garde en mémoire la réponse publique que le président lui adressa à l'été 1862. Greeley vient ce soir chercher, derrière l'homme d'État, l'homme tout court.

Monsieur le Président, en août 1862 je vous ai sommé d'agir contre l'esclavage. Vous m'avez répondu par voie de presse. Le regrettez-vous aujourd'hui ?

Je ne regrette pas un mot, Greeley, et toi qui as publié ma lettre, tu sais pourquoi je l'ai écrite ainsi. Mon devoir premier était de sauver l'Union — je l'ai dit sans détour : si j'avais pu la sauver sans affranchir un seul esclave, je l'aurais fait. Mais comprends-moi bien : c'était là mon devoir officiel, non mon souhait d'homme. Je portais déjà dans mon tiroir la Proclamation que j'allais signer en janvier. Je voulais que la nation me suive, pas qu'elle me précède dans le gouffre. Tu me reprochais ma lenteur ; moi je guettais l'heure où le pays serait prêt à entendre que cette guerre devenait une guerre pour la liberté. L'abolitionniste presse ; le président doit aussi compter ses pas.

L'abolitionniste presse ; le président doit aussi compter ses pas.

Vous parlez de l'heure prête. La Proclamation de 1863 ne libérait pourtant que les esclaves du Sud rebelle. N'était-ce pas une demi-mesure ?

Tu n'es pas le seul à me l'avoir jeté au visage, et je te dois la vérité. Comme président, je n'avais le pouvoir de frapper l'esclavage qu'en arme de guerre, dans les États en rébellion — la Constitution me liait les mains ailleurs. Une demi-mesure, soit ; mais une demi-mesure qui faisait basculer des centaines de milliers d'hommes du côté de l'Union, le mousquet à la main. Voilà pourquoi j'ai tant poussé le Treizième Amendement : lui seul pouvait arracher l'esclavage par la racine, partout, pour toujours. La proclamation ouvrait la porte ; l'amendement la condamne à jamais. Je ne voulais pas que la liberté d'un homme dépendît un jour de l'humeur d'un tribunal.

La proclamation ouvrait la porte ; l'amendement la condamne à jamais.

À Gettysburg, en novembre 1863, vous n'avez parlé que deux minutes. Beaucoup de mes confrères ont trouvé l'allocution trop brève. Vous attendiez-vous à pareil silence ?

Deux minutes, Greeley, et deux cent soixante-douze mots — j'avais compté. Edward Everett a discouru deux heures avant moi, savamment, et nul ne lui en a fait grief. Moi, je me tenais devant des tombes fraîches et des familles en deuil ; ce n'était pas l'endroit pour pérorer. J'ai seulement voulu rappeler que nos pères ont fondé ici une nation conçue dans la liberté, vouée à l'idée que tous les hommes naissent égaux — et que c'était à nous, les vivants, d'achever leur ouvrage. Si quelques rédacteurs ont trouvé cela maigre, qu'ils relisent. Le monde, je le crains, ne retiendra guère ce que nous avons dit là-bas — mais il n'oubliera jamais ce que ces soldats y ont fait.

Devant des tombes fraîches, ce n'était pas l'endroit pour pérorer.

On vous dit rivé au bureau du télégraphe au ministère de la Guerre. Comment dirige-t-on une guerre pareille, dépêche après dépêche ?

Mal souvent, et tard toujours. Je passe mes nuits dans le cabinet du télégraphe, à attendre que les fils me crachent des nouvelles d'Antietam, de Gettysburg, de la Wilderness. Tu n'imagines pas l'agonie d'un homme qui lit, ligne à ligne, le sort de cent mille des siens sans pouvoir lever le petit doigt. Ce fil de cuivre m'a rendu maître de mes généraux comme jamais un président ne le fut — et prisonnier de chaque silence entre deux dépêches. Il m'a fallu prendre des mesures dures, suspendre l'habeas corpus en certains lieux, et je sais que ta plume ne me l'a pas pardonné. Mais une maison en flammes ne se sauve pas en discutant le règlement des pompiers.

Une maison en flammes ne se sauve pas en discutant le règlement des pompiers.

Vous voilà au sommet de l'État. Mais vous n'avez jamais usé les bancs d'une école. Comment l'enfant de Hodgenville est-il devenu avocat ?

À peine un an de classe en tout, mon ami, additionné par bribes. Le reste, je l'ai pris dans les livres, le soir, à la lueur du foyer, dans le Kentucky puis l'Illinois. Je me suis enseigné le droit seul, en empruntant les recueils que je pouvais, en les recopiant parfois faute de pouvoir les garder. On me croyait un rustre des bois ; j'ai fini par plaider à Springfield parmi les meilleurs robins de l'État. Je ne dis pas cela par orgueil — Dieu sait que j'aurais voulu mieux étudier — mais pour que les fils de cabaniers sachent qu'aucune barrière n'est tout à fait close. Voilà au fond ce que je défends : un pays où le bûcheron peut devenir avocat, et l'avocat, qui sait, davantage.

Un pays où le bûcheron peut devenir avocat, et l'avocat, qui sait, davantage.
Abraham Lincoln, head-and-shoulders portrait, facing right) - engraving after painting by Marshall LCCN92513852
Abraham Lincoln, head-and-shoulders portrait, facing right) - engraving after painting by Marshall LCCN92513852Wikimedia Commons, Public domain — Miscellaneous Items in High Demand, PPOC, Library of Congress

Vous évoquiez ces nuits de lecture. Croyez-vous vraiment qu'un homme se fasse tout seul, sans maître ni titre ?

Tout seul, non — personne ne l'est. J'ai eu pour maîtres les livres des autres, et pour école les routes boueuses où je faisais le circuit des tribunaux de l'Illinois, de comté en comté. Mais je crois fermement qu'un homme a le droit de s'élever par son seul labeur, et que c'est là tout le génie de notre République. Là est précisément le vice de l'esclavage : il vole à l'homme le fruit de son travail, il lui interdit de gravir l'échelle. J'ai grimpé barreau après barreau ; je ne supporte pas l'idée qu'on en arrache l'échelle aux autres. Le travail libre, voilà ma foi politique avant même d'être ma foi morale.

J'ai grimpé barreau après barreau ; je ne supporte pas qu'on en arrache l'échelle aux autres.

Je vous trouve ce soir le visage creusé. On murmure que la mélancolie vous accable depuis toujours. Que faites-vous de ce poids ?

Ce que tu appelles mélancolie, j'ai appris jeune à le nommer mes humeurs sombres — ce que d'autres disent les bleus. Cela me suit depuis l'Illinois, Greeley, bien avant la guerre, et la guerre n'a rien arrangé. Quand la nuit pèse trop, je prends un volume de Shakespeare et je lis tout haut, à mi-voix, pour quiconque veut m'entendre — souvent personne. Macbeth surtout, qui en sait long sur le sang et le remords. Et il y a Mary, dont le chagrin égale parfois le mien depuis que nous avons perdu notre petit Willie. Tu vois un président ; je suis aussi un homme qui dort mal. Mais on ne dépose pas le fardeau d'une nation parce qu'on a le cœur lourd.

Tu vois un président ; je suis aussi un homme qui dort mal.
Abraham Lincoln, head-and-shoulders portrait, facing right) - engraving after painting by Marshall LCCN92513852
Abraham Lincoln, head-and-shoulders portrait, facing right) - engraving after painting by Marshall LCCN92513852Wikimedia Commons, Public domain — Miscellaneous Items in High Demand, PPOC, Library of Congress

Vous fréquentez le Ford's Theatre, dit-on, malgré les menaces qui pèsent sur vous. N'est-ce pas une imprudence pour un président en guerre ?

Les menaces, j'en reçois un plein tiroir, et si je devais les compter je ne sortirais plus de cette maison. Le théâtre est le seul lieu où j'oublie une heure le télégraphe et les listes de morts ; on m'y rendrait service en m'y laissant rire. Si un homme est résolu à m'ôter la vie au prix de la sienne, je ne vois guère comment l'en empêcher tout à fait. Je préfère vivre en homme libre les jours qui me restent plutôt qu'en reclus tremblant. D'ailleurs la guerre s'achève, GreeleyLee ne tiendra plus longtemps. J'ai déjà la tête au Sud d'après, à ce qu'il faudra rebâtir, bien plus qu'aux fantômes qui rôderaient dans les loges.

Je préfère vivre en homme libre les jours qui me restent plutôt qu'en reclus tremblant.

La guerre touche à sa fin. Vous qui m'avez tant prêché la fermeté envers le Sud, comptez-vous à présent châtier les rebelles ?

Te voilà qui inverses les rôles, mon vieil aiguillon — c'est toi qui réclamais la rigueur, et c'est moi qui prêche la douceur ! Je viens de le dire sous le Capitole il y a quelques jours : sans malice envers personne, avec charité pour tous, achevons l'ouvrage. Je ne veux ni potences ni vengeance. Ces hommes du Sud redeviendront nos concitoyens, et l'on ne reconstruit pas une maison en haïssant ceux qui devront l'habiter. Mon plan de Reconstruction sera clément, je le veux ainsi, dussé-je me brouiller avec les durs de mon propre parti. La guerre a déjà payé un prix de sang que nul châtiment ne saurait majorer sans crime nouveau.

On ne reconstruit pas une maison en haïssant ceux qui devront l'habiter.

Une dernière question, Monsieur le Président. Quand tout sera dit, à quoi voudrez-vous qu'on mesure votre passage ici ?

Voilà une question d'éditeur, qui cherche déjà son article ! Je n'aime guère parler de moi au futur — laissons cela aux marbriers. Si l'on doit retenir quelque chose, que ce soit ceci : sous ma main, une nation conçue dans la liberté n'a pas péri, et quatre millions d'âmes ont cessé d'être un bien meuble. Je n'ai rien inventé, Greeley ; j'ai seulement tenu, là où d'autres auraient lâché. Le Treizième Amendement ratifié, l'Union sauve, le Sud bientôt rentré au bercail — si l'Histoire veut bien m'accorder cela, je m'estimerai quitte. Le reste, mes humeurs noires et mes nuits blanches, qu'on les oublie : ce ne sont pas les affaires de la postérité.

Une nation conçue dans la liberté n'a pas péri, et quatre millions d'âmes ont cessé d'être un bien meuble.
Voir la fiche complète de Abraham Lincoln

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Abraham Lincoln. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.