Interview imaginaire avec Abraham Lincoln
par Charactorium · Abraham Lincoln (1809 — 1865) · Politique · 6 min de lecture
Washington, fin de l'hiver 1865. La neige fond sur les pelouses de la Maison-Blanche et la guerre, enfin, semble toucher à son terme. Dans un bureau encombré de cartes et de dépêches télégraphiques, un homme long et voûté, le visage creusé de quatre années de veilles, accepte de revenir sur le chemin parcouru depuis une cabane de rondins du Kentucky.
—Comment un enfant né dans le dénuement le plus complet est-il devenu l'un des avocats les plus écoutés de son État ?
Je suis né en février 1809, dans une cabane de rondins près de Hodgenville, au fin fond du Kentucky. Mon père savait à peine tracer son nom ; l'école, je ne l'ai fréquentée que par bribes, peut-être un an en tout, glané entre deux saisons de défrichage. Tout le reste, je l'ai pris dans les rares livres que je portais au champ, lisant à la lueur du feu quand la hache se reposait. On dit aujourd'hui que je suis devenu un homme de loi respecté de l'Illinois ; je vous assure que nul diplôme ne m'y a conduit, seulement l'entêtement d'un homme qui refusait de demeurer ignorant. La grammaire, l'arpentage, puis le droit : je n'ai eu d'autre maître que moi-même, et ce maître-là ne fait grâce de rien.
Je n'ai eu d'autre maître que moi-même, et ce maître-là ne fait grâce de rien.
—Que représente pour vous la ville de Springfield, où tout a véritablement commencé ?
En 1837, j'ai chargé mes affaires sur un cheval emprunté et je suis entré dans Springfield avec, pour toute fortune, quelques dettes et un coffre de livres de droit. J'y ai ouvert cabinet, plaidé devant les tribunaux de circuit, parcouru les comtés à cheval pour défendre fermiers et marchands. C'est là, dans ces salles d'audience poussiéreuses, que j'ai appris à peser un argument comme on pèse du grain — sans précipitation, en regardant l'homme bien en face. La politique est venue ensuite, presque naturellement : qui sait plaider une cause apprend vite à plaider devant un peuple. Et c'est de cette même ville, vingt-trois ans plus tard, que je suis parti pour Washington, le cœur lourd, sachant que je ne reverrais peut-être jamais ma maison.
—On vous a reproché de placer l'Union avant la liberté des esclaves. Que répondez-vous à ce reproche ?
Je ne le nierai pas : j'ai longtemps parlé d'Union avant de parler d'affranchissement. En août 1862, j'ai écrit à Horace Greeley ces lignes que je maintiens encore : « Mon objectif principal dans cette lutte est de sauver l'Union. Si je pouvais sauver l'Union sans affranchir aucun esclave, je le ferais ; si je pouvais la sauver en affranchissant tous les esclaves, je le ferais. » Comprenez bien le sens de ces mots : j'avais prêté serment de préserver la nation, non de suivre mes seuls penchants. Mais autre chose est mon devoir de magistrat, autre chose mon vœu d'homme — et jamais je n'ai cessé de souhaiter que tous les hommes, en tout lieu, fussent libres. Le temps et la guerre ont fini par réconcilier les deux.
—Vous souvenez-vous de l'instant où vous avez signé la Proclamation d'émancipation ?
Le 1er janvier 1863, après le terrible carnage d'Antietam qui m'avait enfin donné l'occasion d'agir sans paraître désespéré, j'ai pris la plume. Ma main tremblait — non de doute, mais parce que j'avais serré tant de mains ce matin-là, à la réception du Nouvel An, que mes doigts s'engourdissaient. Je me suis dit que si jamais mon âme s'était mise tout entière dans un acte, c'était bien celui-là. La Proclamation d'émancipation déclarait que tous les esclaves des États en rébellion « sont et seront désormais libres ». Je savais qu'un décret de guerre ne suffirait pas, qu'il faudrait l'inscrire dans la Constitution elle-même. Mais ce jour-là, la Guerre de Sécession cessa d'être une querelle de frontières pour devenir un combat pour la liberté.
Si jamais mon âme s'était mise tout entière dans un acte, c'était bien celui-là.
—Comment un président pouvait-il suivre le sort des batailles à des centaines de milles de distance ?
Mes journées commençaient avant l'aube, et le premier chemin que prenaient mes pas ne menait pas à la table du petit-déjeuner, mais au bureau du télégraphe, au ministère de la Guerre. Là, je m'asseyais parmi les jeunes opérateurs, attendant que les fils me crachent les nouvelles du front — parfois une victoire, plus souvent une longue liste de morts. Cette machine a transformé la façon de faire la guerre : je pouvais presser un général éloigné, lui transmettre un ordre en quelques minutes, là où jadis un courrier eût mis des jours entiers. J'y passais des heures, lisant chaque dépêche, dictant mes réponses. On m'a vu m'y endormir, la tête posée sur la table, attendant qu'un champ de bataille lointain me livre enfin son verdict.

—Comment avez-vous appris à diriger une armée, vous qui n'aviez jamais été un homme de guerre ?
Dans ma jeunesse, je n'avais commandé qu'une maigre compagnie de miliciens contre les Indiens, et encore, sans tirer un seul coup. Me voilà pourtant commandant en chef de la plus grande armée que ce continent eût connue. J'ai dû apprendre la guerre comme j'avais appris le droit : dans les livres, empruntant des traités de stratégie à la bibliothèque du Congrès, les lisant la nuit. Mon véritable tourment ne fut pas l'ennemi, mais mes propres généraux, lents, prudents jusqu'à la paralysie ; combien de fois ai-je supplié McClellan d'avancer ! Préserver l'Union exigeait de frapper encore et encore, sans reculer même au lendemain des pires journées. J'ai porté ces morts comme un fardeau intime — chaque télégramme portait un nom, et chaque nom un foyer endeuillé.
—Que s'est-il passé en vous, ce 19 novembre 1863, au moment de prendre la parole sur le champ de Gettysburg ?
Ce jour-là, je me tenais sur une colline de Gettysburg où, quatre mois plus tôt, des dizaines de milliers d'hommes étaient tombés. On m'avait demandé de prononcer « quelques mots appropriés » après un orateur fameux qui parla, lui, deux heures durant. Moi, je parlai deux minutes. J'ai dit : « Il y a quatre-vingt-sept ans, nos pères ont fondé sur ce continent une nouvelle nation, conçue dans la liberté et consacrée à la proposition que tous les hommes sont créés égaux. » Deux cent soixante-douze mots, pas un de plus. Devant ces tombes encore fraîches, devant ces familles en deuil, il m'a semblé que la grandiloquence eût été une insulte. Les morts avaient déjà tout dit ; il ne me restait qu'à promettre que leur sacrifice ne serait pas vain.
Les morts avaient déjà tout dit ; il ne me restait qu'à promettre que leur sacrifice ne serait pas vain.

—Pourquoi cette idée que tous les hommes sont créés égaux occupe-t-elle une place si centrale dans votre pensée ?
Cette phrase n'est pas de moi ; nos pères l'ont inscrite dans la Déclaration de 1776, et toute ma vie j'y suis revenu comme à une boussole. Lors de mes débats contre Douglas, en 1858, devant les foules de l'Illinois, je martelais que cette proposition n'était pas un fait déjà accompli, mais une promesse, un horizon vers lequel une nation doit marcher sans relâche. On me répondait qu'elle ne valait que pour les hommes de ma couleur ; je n'ai jamais pu l'admettre. Car si l'on excepte un seul homme de ce principe, qui vous garantit qu'on ne vous en exceptera pas demain ? À Gettysburg, j'ai voulu rappeler que la nation tout entière était « consacrée » à cette idée, et que la guerre éprouvait si une telle nation pouvait seulement durer.
—On parle souvent de votre mélancolie. Comment avez-vous vécu avec cette ombre tout en portant le pays sur vos épaules ?
Oui, je connais cette ombre depuis ma jeunesse ; je l'appelle « les bleus ». Il y eut des années où mes amis cachaient les couteaux et les rasoirs, tant ils me craignaient. Cette mélancolie ne m'a jamais quitté ; elle a seulement appris à marcher à mes côtés. Et, chose étrange, je crois qu'elle m'a rendu meilleur dans ma charge : un homme qui a touché le fond du désespoir ne s'effraie plus aisément, et il devine la douleur d'autrui sans qu'on la lui explique. Le soir, à la Maison-Blanche, lorsque le poids de la guerre devenait insupportable, je lisais Shakespeare à voix haute, ou je m'asseyais dans le silence. Ma chère Mary, elle aussi tourmentée, ne comprenait pas toujours ces retraites. Mais c'est là que je trouvais la force de poursuivre.
Cette mélancolie ne m'a jamais quitté ; elle a seulement appris à marcher à mes côtés.
—Maintenant que la guerre s'achève, beaucoup réclament vengeance contre le Sud. Quelle paix voulez-vous bâtir ?
En mars 1865, pour mon second serment, chacun attendait que je réclame châtiment contre le Sud. Je ne l'ai pas fait. J'ai dit : « Avec la malveillance envers personne, avec la charité envers tous, avec la fermeté dans le droit tel que Dieu nous le fait voir, achevons l'œuvre que nous avons entreprise. » Mon plan de Reconstruction appelle à la clémence : panser les blessures de la nation, ramener les États égarés sans les humilier. Trop de sang a déjà coulé pour qu'on en exige davantage par esprit de représailles. Je rêve d'une paix où le maître d'hier et l'esclave d'hier pourront vivre sous un même drapeau, désormais lavé de la honte de la servitude. Si Dieu me prête vie, c'est à cette tâche-là que je veux consacrer ce qui me reste.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Abraham Lincoln. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


