Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Ann Putnam

par Charactorium · Ann Putnam (1679 — 1716) · Société · Spiritualité · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Ann Putnam
Wikimedia Commons, Public domain — [Hunt, Thomas Franklin], 1841-1898, [from old catalog] comp Essex institute, Salem, Mass., pub. [from old catalog]

Salem Village, un après-midi gris de 1706. Dans la petite maison où elle élève ses cadets, une femme de vingt-sept ans nous reçoit près de l'âtre, la Bible familiale ouverte sur ses genoux. Quatorze ans après les procès, Ann Putnam Jr. accepte de revenir sur ce qui fit d'une fillette de douze ans l'accusatrice la plus prolifique de la Nouvelle-Angleterre.

Comment se déroulaient ces audiences où, enfant, vous témoigniez devant la cour ?

J'avais douze ans quand on m'a menée dans la Meeting House de Salem Village, celle-là même où le dimanche mon père écoutait le sermon. Là, devant les juges, mon corps ne m'appartenait plus. Une force me pinçait, me piquait, me tordait les membres au sol pendant que les greffiers écrivaient. Je criais qu'un spectre invisible me mordait, et l'assemblée entière voyait mes crises sans les comprendre. Aujourd'hui les mots me manquent pour dire ce que je croyais voir alors — des formes qui me pressaient de signer un livre. On appelait cela la preuve spectrale, et nous, les fillettes convulsées, on nous nommait the afflicted, les affligées. La cour prenait nos cris pour des vérités.

Devant les juges, mon corps ne m'appartenait plus.

Que voyiez-vous exactement, lorsque vous disiez qu'un spectre vous tourmentait ?

Je disais voir l'apparition de la prisonnière se dresser dans la salle et m'affliger, et aussitôt je tombais en crise devant la cour. Ce n'était pas une comédie que je jouais froidement, comprenez-moi : dans une maison où l'on lit les Écritures matin et soir, où l'on parle de Satan comme d'un voisin rôdant aux portes, une enfant apprend à peupler l'ombre de démons. Le spectre me pinçait, me piquait, me pressait de signer son livre — ces mots, je les ai dits contre Rebecca Nurse. Les épingles de couture posées sur la table du foyer devenaient dans ma bouche des armes que les sorcières m'enfonçaient dans la chair. La terreur et la foi se mêlaient jusqu'à ne plus faire qu'une seule voix.

Parlez-nous de Rebecca Nurse, cette femme âgée que vous avez accusée.

Rebecca Nurse avait soixante et onze ans, une aïeule pieuse que tout le village respectait. Trente-neuf voisins signèrent une pétition pour jurer de sa vertu — chose rare, du courage en un temps où défendre une accusée vous désignait vous-même. Rien n'y fit. Le 19 juillet 1692, on la pendit sur Gallows Hill, cette colline où dix-neuf âmes montèrent à la potence. Ma déposition écrite pesa dans la balance de sa mort. De toutes les ombres que j'ai jetées, c'est la sienne qui revient le plus souvent hanter mes nuits, car nul ne pouvait honnêtement la croire liée au diable. Une femme si sainte, condamnée sur le témoignage d'une enfant : voilà l'injustice qui marqua les esprits pour longtemps.

De toutes les ombres que j'ai jetées, c'est la sienne qui revient le plus souvent.

Vous n'avez pas accusé que des inconnus, mais aussi des membres de l'Église. Pourquoi eux ?

Nul n'était à l'abri, pas même les plus dévots. J'ai figuré parmi les premières à dénoncer Martha Corey, une femme de la congrégation qui priait au premier rang — et le village comprit alors que même les pieux pouvaient être visés. Pire encore : mon témoignage participa à la mise en cause de George Burroughs, un ancien pasteur de Salem. Un homme d'Église pendu en août 1692, cela ne s'était jamais vu. On disait qu'il présidait le sabbat des sorcières comme un prêtre noir. À douze ans, dénoncer un pasteur me semblait terrasser le mal jusqu'en son sanctuaire. Je ne mesurais pas que je frappais des vivants, non des démons.

Beaucoup ont remarqué que vos accusations frappaient souvent les ennemis de votre famille. Comment l'expliquez-vous ?

Les Putnam étaient au cœur de vieilles querelles de terres et de clocher qui empoisonnaient le village bien avant ma naissance. Depuis que Salem Village avait obtenu sa propre congrégation en 1672, les familles se déchiraient sur les bornes des champs et le choix des pasteurs. Quand le controversé Samuel Parris s'installa en 1689, la paroisse se fendit en deux camps. Je ne prétendrai pas avoir choisi mes victimes sur une carte de rancunes — mais une enfant respire l'air de sa maison. Les noms que mes parents prononçaient avec aigreur à la table du soir, ce sont souvent ceux que ma bouche a livrés aux juges. La peur du diable et les vieilles haines de voisinage coulaient dans la même source.

Les noms qu'on prononçait avec aigreur à table, ce sont souvent ceux que ma bouche a livrés aux juges.
House of Ann Putnam
House of Ann PutnamWikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Comment le diable en est-il venu à sembler si présent dans le Salem de votre enfance ?

Imaginez un hameau de fermes en bois, aux petites fenêtres, cerné par la forêt d'où l'on craignait les raids amérindiens depuis le début de la guerre du Roi Guillaume. Au presbytère de Samuel Parris, sa fille Betty et sa nièce Abigail furent prises de crises inexplicables cet hiver-là. On tenta un witch cake, ce gâteau de seigle mêlé d'urine donné à un chien pour démasquer la sorcière — vieille recette de magie populaire dans un pays qui se voulait pourtant tout à Dieu. De cette panique naquit la contagion. Chaque grincement de porte, chaque bête morte devenait l'œuvre d'un pacte signé sur le livre du diable. Nous vivions dans un monde où l'invisible pesait plus lourd que le pain.

En 1706, vous vous êtes tenue debout devant l'église pour des excuses publiques. Comment en êtes-vous venue là ?

Il fallut du temps, et beaucoup de deuil. En 1697, le Massachusetts décréta un jour de jeûne pour expier nos erreurs ; le doute rongeait déjà la colonie. Devenue adulte et orpheline, je me suis tenue debout dans la Meeting House pendant que le pasteur lisait ma repentance à voix haute devant toute l'assemblée. J'ai confessé désirer être humiliée devant Dieu d'avoir été, en 1692, un instrument pour accuser plusieurs personnes d'un crime grave par lequel leurs vies leur furent ôtées, alors qu'elles étaient innocentes. Une repentance publique, comme l'exigeait notre foi. On dit que je suis la seule accusatrice à s'être ainsi excusée. Ce ne fut pas un soulagement : ce fut le seul acte qui me restât.

Ce ne fut pas un soulagement : ce fut le seul acte qui me restât.
AnnPutnamSignature
AnnPutnamSignatureWikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Vous vous êtes dite « un instrument » de Satan. Que vouliez-vous faire entendre par ces mots ?

En disant instrument, je ne cherchais pas à me laver de tout. Chez nous, l'homme est un vase : ou bien Dieu l'emplit de sa grâce, ou bien le mal s'en empare et le meut comme une main meut un outil. Je crois sincèrement avoir été trompée, saisie par une puissance que je ne commandais pas, sans haine personnelle envers ceux que j'ai nommés. Mais reconnaître qu'on fut l'outil du diable, ce n'est pas nier qu'on a servi — c'est confesser qu'on a laissé sa main devenir celle du mal. Je ne demandais pas qu'on m'absolve, seulement qu'on sache que Rebecca Nurse et les autres étaient innocentes, et que je le proclamais devant Dieu et devant les vivants.

Après les procès, votre vie a basculé dans une tout autre épreuve. Racontez-nous.

En 1699, mes deux parents moururent la même année, et je restai seule à dix-neuf ans avec neuf frères et sœurs plus jeunes à élever. Fini le temps des tribunaux ; vint celui du rouet et de la quenouille, du filage jusqu'à la nuit, du porridge à préparer avant l'aube, des plus petits à laver et à instruire dans le catéchisme. Je n'ai jamais pris d'époux — qui aurait voulu d'une fille dont le nom traînait dans les procès ? Ma maison, une ferme de bois autour de sa grande cheminée, redevint ce qu'elle aurait toujours dû être : un lieu de travail et de prière. Mes journées se résumaient à tenir en vie ceux que le sang me confiait.

Fini le temps des tribunaux ; vint celui du rouet et de la quenouille.

En regardant votre existence entière, quel sens lui donnez-vous ?

Je mourrai jeune, je le pressens — le corps use vite quand l'âme porte un tel poids. Ma vie tient en deux images : une enfant convulsée sur le sol de la Meeting House, montrant du doigt des innocents ; et une femme debout au même endroit, quatorze ans plus tard, écoutant lire sa honte. Entre les deux, dix-neuf pendus sur Gallows Hill et une colonie qui, en 1711, a fini par réhabiliter les condamnés et indemniser leurs familles. Si l'on se souvient de moi, que ce ne soit pas seulement comme de l'accusatrice, mais comme de celle qui, seule des siens, revint dire tout haut : elles étaient innocentes. La Bible qui accusa par ma bouche m'aura au moins appris ce mot-là : repentir.

Une enfant qui montre du doigt des innocents ; une femme qui, au même endroit, écoute lire sa honte.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ann Putnam. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.