Interview imaginaire avec Artémis
par Charactorium · Artémis · Mythologie · 5 min de lecture
C'est sur l'île de Délos, sous le palmier où Léto les mit au monde, qu'Apollon rejoint sa sœur jumelle au crépuscule. Artémis revient de la chasse, son arc d'or encore tiède à la main, une biche endormie à ses pieds. Ils sont nés du même souffle, partagent les cycles du jour et de la nuit, et Apollon, lui qui règne sur le soleil et la lumière, vient sonder ce que sa sœur garde pour les forêts. Une odeur de résine et de gibier flotte entre eux.
—Ma sœur, nous sommes nés ensemble ici, à Délos. Mais toi seule es allée demander à notre père Zeus de ne jamais te marier. Pourquoi ?
Tu te souviens, Apollon, j'étais à peine sortie des bras de notre mère que je grimpais déjà sur les genoux de notre père. Je lui ai demandé l'arc, la meute, les montagnes — et de rester vierge à jamais. Ce n'était pas un caprice. Le mariage m'aurait enchaînée à un foyer, à un époux, à des fils. Je voulais les forêts vierges, la liberté de courir où nul ne me commande. Zeus a souri et m'a tout accordé. Toi qui me connais mieux que quiconque, tu sais que je n'ai jamais regretté : les jeunes filles grecques viennent me prier précisément parce que j'ai refusé ce qu'on leur impose. Mon indépendance est le don que je leur fais.
Je voulais les forêts vierges, la liberté de courir où nul ne me commande.
—On te chante aux flèches d'or, et nos deux carquois se ressemblent. Mais ton arc, dis-moi, qu'est-il pour toi au-delà de l'arme ?
Mon arc n'est pas seulement l'arme qui abat le cerf, frère. Il est le prolongement de ma main, la frontière entre ce qui vit et ce qui doit mourir. Avec mon carquois sur l'épaule et ma meute lancée devant moi, je suis pleinement moi-même. Tu décoches tes traits pour punir ou guérir ; moi, je traque dans le silence des sous-bois, à l'affût, jusqu'à ce que la flèche parte. Mes chiens connaissent mon souffle avant mon geste. Une biche court à mes côtés sans crainte, car elle sait que je choisis mes proies. La chasse, ce n'est pas tuer pour le plaisir — c'est régner sur la nature sauvage, en respecter les lois, et frapper juste.
Mon arc est la frontière entre ce qui vit et ce qui doit mourir.
—J'ai appris pour Actéon, ce chasseur changé en cerf. On murmure que ta vengeance fut cruelle. Le regrettes-tu, sœur ?
Il m'a surprise au bain, Apollon, alors que j'étais sans armes, offerte au regard d'un mortel. Tu sais ce que cela signifie pour moi : mon corps n'appartient à personne, et nul œil d'homme ne doit le profaner. Je l'ai transformé en cerf, et ses propres chiens l'ont mis en pièces sans le reconnaître. Cruel ? Peut-être. Mais je ne suis pas faible parce que je suis vierge. Ceux qui méprisent mon domaine ou ma personne apprennent que je frappe sans trembler. La nature sauvage que je protège a ses lois, et le chasseur qui tue sans respect, comme celui qui me déshonore, connaît mon châtiment. Je ne pardonne pas ces transgressions — c'est ainsi qu'on me craint et qu'on me vénère.
Je ne suis pas faible parce que je suis vierge.
—Père nous a partagé le temps : à toi la lune, à moi le soleil. Lorsque je descends à l'ouest, que fais-tu de la nuit ?
Quand tu rentres ton char à l'occident, frère, je monte le mien. Des chevaux blancs me tirent à travers le ciel noir, et ma torche éclaire les sentiers que tu ne vois jamais. La nuit est mon royaume autant que les forêts. Je guide les voyageurs égarés, je veille sur les navigateurs, je règle les marées et les rythmes secrets des femmes. Tu illumines le monde pour qu'il travaille ; moi, je veille sur lui pendant qu'il dort. Nous sommes les deux moitiés d'un même jour, toi et moi, et c'est pour cela que les Grecs nous honorent ensemble dans leurs rites. Ma lumière est plus douce que la tienne — mais sans elle, la nuit ne serait que ténèbres.
Nous sommes les deux moitiés d'un même jour, toi et moi.
—À Brauron, en Attique, les fillettes athéniennes viennent t'honorer avant de devenir femmes. Que cherchent-elles auprès de toi, ma sœur ?
Elles viennent à moi au seuil le plus fragile de leur vie, Apollon. À Brauron, les petites filles me sont consacrées avant de quitter l'enfance ; elles dansent pour moi, vêtues de safran, comme de jeunes ourses. Je les protège dans ce passage périlleux où elles cessent d'être des enfants. Et quand elles deviennent mères, je veille encore sur elles à l'heure des couches, la plus dangereuse de toutes. Vois le paradoxe : moi qui ai refusé le mariage et l'enfantement, je suis celle qui garde les jeunes filles et les femmes en travail. Je connais ce que c'est de vouloir rester maître de son corps. C'est pourquoi elles me confient leur innocence — elles savent que je la défendrai comme la mienne.
Moi qui ai refusé l'enfantement, je suis celle qui garde les femmes en travail.
—Tu parles de respecter les lois de la nature. Mais où s'arrête la protection et où commence la punition, sœur des fauves ?
La frontière est claire pour qui sait voir, frère. La chasse est sacrée quand elle respecte la bête : le chasseur me prie avant de partir, il ne prend que ce qu'il faut, il honore l'animal abattu. Celui-là, je le bénis. Mais qui tue par orgueil, qui décime mes troupeaux ou raille mon nom, celui-là goûte ma colère. Songe à ceux qui ont négligé mes sacrifices : j'ai lâché sur leurs terres des fléaux, des bêtes monstrueuses, jusqu'à ce qu'ils s'inclinent. Je suis la gardienne d'un équilibre. Les cerfs, les ours, les sources des montagnes sont sous ma garde, et je punis qui rompt cette harmonie. Ma faveur et mon courroux sont les deux faces d'une même justice sauvage.
Ma faveur et mon courroux sont les deux faces d'une même justice sauvage.
—On dit que les Amazones, ces guerrières sans maîtres, t'ont choisie pour patronne. Te reconnais-tu en elles, Artémis ?
Comment ne pas les aimer, Apollon ? Les Amazones courent et chassent comme mes nymphes, refusant qu'un homme les domine, ne devant rien à personne. Elles sont l'image mortelle de ce que j'incarne chez les dieux : la force qui n'a pas besoin d'un époux pour exister. Mes compagnes, mes Chasseresses, vivent ainsi à mes côtés, libres dans les bois, liées par le seul serment de me suivre. Je ne méprise pas les femmes qui se marient — mais je veux qu'on sache qu'un autre chemin existe. Une femme peut tenir l'arc, mener la meute, régner sur les montagnes. Les Amazones le prouvent aux mortels, comme je le prouve sur l'Olympe.
Une femme peut tenir l'arc, mener la meute, régner sur les montagnes.
—Quand tu rentres de la chasse, comme ce soir, avec tes nymphes autour de toi, qu'est-ce qui te rend vraiment heureuse, ma jumelle ?
Tu le vois ce soir même, frère : la résine dans l'air, la meute haletante, mes nymphes riant après une longue course dans les montagnes du Taygète. Voilà mon bonheur. Loin des palais et des banquets de l'Olympe, loin des regards, je suis chez moi dans les forêts vierges. J'aime le silence avant que la flèche parte, l'eau froide d'une source où je me baigne avec mes compagnes, la lune qui se lève quand ton soleil s'efface. Je n'ai besoin ni d'époux ni de cour pour être pleine. Toi qui pars sans cesse vers Delphes et tes oracles, tu cherches les hommes ; moi, je les fuis. Mes chiens, mes nymphes, mes montagnes — c'est tout ce que je désire, et je le possède.
Loin des palais et des regards, je suis chez moi dans les forêts vierges.
—Notre mère Léto nous a portés ensemble ici, à Délos. Que gardes-tu de ce lien qui nous unit, toi et moi ?
Nous sommes nés du même ventre, Apollon, sous le même palmier, et l'on raconte que j'ai aidé notre mère à te mettre au monde — moi, à peine née, déjà sage-femme. Ce lien-là, nul ne peut le défaire. Tu portes le jour, je porte la nuit ; tu tiens l'arc d'argent, je tiens l'arc d'or ; tu guéris, je protège. Nous sommes deux et nous sommes un. Quand les hommes nous honorent à Délos, ils savent qu'ils ne peuvent t'invoquer sans m'invoquer. Mais ne crois pas pour autant me connaître tout entière, frère : ce que je suis dans les forêts, loin de toi, dans le secret des nuits de chasse, cela m'appartient à moi seule. Même un jumeau ne peut tout partager.
Tu portes le jour, je porte la nuit ; nous sommes deux et nous sommes un.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Artémis. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


