Les enfants interrogent Asima Chatterjee
par Charactorium · Asima Chatterjee (1917 — 2006) · Sciences · 5 min de lecture

Ce matin-là, deux élèves d'une classe découverte poussent la porte d'un vieux laboratoire de Calcutta. Une dame en sari les attend, entourée de flacons et de plantes séchées. C'est Asima Chatterjee, et elle a plein d'histoires à raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous avez décidé de faire des sciences ?
Tu sais, mon enfant, j'étais encore une petite fille de Calcutta quand les plantes me fascinaient déjà. À mon époque, très peu de filles indiennes allaient à l'université. Imagine une classe presque vide de filles, où les gens s'étonnaient de te voir. Moi, j'ai passé mon master de chimie en 1938. Puis j'ai continué, encore et encore. En 1944, je suis devenue la toute première femme à recevoir un doctorat ès sciences d'une université indienne. Un diplôme très rare, plus haut que le doctorat ordinaire. Ce jour-là, j'ai compris qu'une porte fermée depuis toujours venait de s'ouvrir. Et derrière moi, d'autres filles pourraient passer.
Une porte fermée depuis toujours venait de s'ouvrir.
—Ça sentait quoi, chez vous, le matin quand vous étiez petite ?
Ah, quelle jolie question ! Le matin, dans un foyer bengali, ça sentait le riz chaud, les lentilles qu'on appelle dal, et les épices qui grillaient. Il y avait aussi l'odeur du thé. Imagine une maison de Kolkata, dense, animée, où l'on entend les voisins et pas un seul moteur comme aujourd'hui. Je portais un sari de coton léger, parce qu'à Calcutta il fait chaud et humide. Petite déjà, je regardais les plantes du jardin en me demandant ce qu'elles cachaient à l'intérieur. Cette curiosité-là, elle ne m'a jamais quittée. C'est elle qui m'a menée, plus tard, jusqu'au laboratoire.
La curiosité d'enfant, elle ne m'a jamais quittée.
—C'est vrai que vous avez fabriqué des médicaments avec des plantes ?
Oui, mon enfant, et c'est le cœur de toute ma vie ! Regarde cette petite fougère qui pousse dans l'eau : on l'appelle Marsilea minuta. Avec mon équipe, nous en avons tiré un médicament contre l'épilepsie, ces crises où le corps tremble sans qu'on le veuille. Nous l'avons appelé Ayush-56. Imagine : une herbe minuscule, cachée dans une mare, qui aide des malades ! Nous avons aussi cherché des remèdes contre le paludisme, cette maladie transmise par les moustiques, si répandue chez nous. Toute l'Inde regorge de plantes. Mon travail, c'était d'écouter ce que la nature savait déjà, puis de le prouver dans mes éprouvettes.
Une herbe minuscule dans une mare peut soigner un malade.
—Pourquoi vous cherchiez dans les plantes et pas ailleurs ?
Parce que les plantes sont des chimistes bien plus anciennes que nous ! Chez moi, on soignait depuis toujours avec des feuilles et des racines : c'est ce qu'on appelle l'Ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. Moi, je voulais comprendre pourquoi ça marche. Alors je récoltais des plantes, comme la pervenche qu'on nomme Vinca, et je les rangeais dans un herbier. Puis je cherchais la molécule cachée à l'intérieur, celle qui agit. Imagine que tu ouvres une boîte fermée depuis mille ans pour voir le trésor dedans. Mes recherches faisaient un pont : d'un côté les vieux savoirs, de l'autre la science moderne. Les deux se donnaient la main.
Les plantes sont des chimistes bien plus anciennes que nous.
—Comment vous faisiez pour voir une molécule qui est toute petite ?
Ah, on ne la voit pas avec les yeux, c'est bien trop petit ! Alors on ruse. J'utilisais un polarimètre : un appareil qui envoie une lumière spéciale à travers la substance et regarde comment elle la fait tourner. Chaque molécule dévie la lumière à sa façon, comme une signature. J'avais aussi une colonne de verre remplie de poudre, la chromatographie, pour séparer les composés mélangés, un peu comme on trie des billes par couleur. Et je notais tout, absolument tout, dans mon carnet de laboratoire. Ces molécules amères venues des plantes, on les appelle des alcaloïdes. Les traquer une par une, ça a rempli plus de 400 articles scientifiques dans ma vie.
Chaque molécule dévie la lumière à sa façon, comme une signature.

—C'était long de trouver une seule molécule ?
Très long, mon enfant, il faut être patient comme un pêcheur ! Parfois, il fallait des mois pour isoler une molécule pure et deviner sa forme exacte. Le matin, je rejoignais mon laboratoire de l'université de Calcutta, et je vérifiais des extractions lancées la veille. Imagine une cuisine géante où l'on chauffe, on filtre, on recommence sans cesse. On appelle ça la chimie des produits naturels : elle étudie les substances tirées des plantes et des animaux. Chaque échec m'apprenait quelque chose. Une molécule, ce n'est pas un cadeau qu'on t'offre : c'est une énigme qu'on dénoue fil après fil. Et quand enfin elle se révèle, quelle joie !
Une molécule, c'est une énigme qu'on dénoue fil après fil.
—Qui vous a appris tout ça quand vous étiez jeune ?
J'ai eu de la chance, tu sais. Mon maître s'appelait Prafulla Chandra Ray, et on le surnommait le « père de la chimie indienne ». Il m'a transmis l'amour du travail rigoureux. Je côtoyais aussi de grands savants, comme le physicien Satyendra Nath Bose. Imagine une jeune fille entourée de ces esprits immenses, qui l'écoutent vraiment ! Plus tard, je suis partie compléter ma formation aux États-Unis, à l'université du Wisconsin et à Caltech, en Californie. C'était un long voyage en bateau, loin de chez moi. Mais je suis toujours revenue en Inde. Car un savoir, ça ne sert vraiment que si tu le rapportes chez toi pour le partager.
Un savoir ne sert vraiment que si tu le rapportes chez toi.
—Vous avez appris à d'autres filles à faire de la chimie ?
Oh oui, et c'est l'une de mes plus grandes fiertés ! Au Lady Brabourne College de Calcutta, j'ai fondé et dirigé tout le département de chimie. Imagine des salles pleines de jeunes filles penchées sur leur verrerie, apprenant à extraire, à mesurer, à chercher. Beaucoup n'auraient jamais osé entrer dans un laboratoire sans qu'on leur montre le chemin. L'après-midi, je guidais mes étudiants et mes doctorants, on discutait des structures, des nouvelles pistes. Transmettre, c'était aussi important que découvrir. À quoi bon ouvrir une porte si personne ne passe derrière toi ? Chacune de ces étudiantes, c'était une graine que je plantais pour l'avenir de la science indienne.
À quoi bon ouvrir une porte si personne ne passe derrière toi ?

—C'était comment, l'Inde, quand vous étiez une grande scientifique ?
C'était un pays tout neuf et plein d'espoir ! L'Inde est devenue indépendante en 1947, après des siècles sous domination britannique. Imagine une nation entière qui apprend à marcher toute seule. Le gouvernement voulait bâtir sa propre science, alors on a créé de grands instituts de recherche. Moi, je pensais une chose très simple : notre science devait plonger ses racines dans nos propres plantes, nos propres besoins. Pas copier les autres. En 1975, on m'a demandé de présider l'Indian Science Congress, l'immense réunion des savants du pays. J'étais la première femme à ce poste. Devant tous ces scientifiques, j'ai défendu une recherche utile aux gens de chez nous.
Notre science devait plonger ses racines dans nos propres plantes.
—Vous avez reçu des médailles pour votre travail ?
Oui, plusieurs, et chacune m'a beaucoup touchée. En 1961, j'ai reçu le prix Shanti Swarup Bhatnagar, la grande récompense scientifique indienne : là encore, j'étais la première femme à l'obtenir. Puis en 1975, le gouvernement m'a remis le Padma Bhushan, l'une des plus hautes distinctions civiles du pays. Imagine une petite fille de Calcutta, honorée par toute une nation ! Plus tard, on m'a même nommée au Parlement, à la chambre haute qu'on appelle la Rajya Sabha. Mais tu sais, les médailles ne m'ont jamais fait travailler. Ce qui me faisait lever chaque matin, c'était l'envie de comprendre une molécule de plus. Les honneurs, eux, sont venus après, tout seuls.
Les médailles ne m'ont jamais fait travailler ; l'envie de comprendre, oui.
—Si on pouvait vous voir aujourd'hui, qu'est-ce qu'on remarquerait ?
Tu me verrais sans doute en sari de coton, penchée sur ma verrerie, entourée de plantes séchées et de carnets couverts de dessins de molécules. Le soir, je rédigeais mes articles, je lisais les revues venues du monde entier, à la lueur de ma lampe. Sais-tu que bien après ma mort, en 2017, une immense page d'accueil consultée dans le monde entier m'a dessinée entourée de molécules et de plantes, pour mes cent ans ? Une reconnaissance que je n'aurais jamais imaginée, moi qu'on connaissait à peine hors de l'Inde. Mais l'essentiel, mes enfants, ce n'est pas qu'on se souvienne de mon nom. C'est que vous, vous osiez regarder une plante et vous demander : « qu'est-ce qu'elle cache ? »
Osez regarder une plante et vous demander : qu'est-ce qu'elle cache ?
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Asima Chatterjee. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


