Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Aura Pokou

par Charactorium · Aura Pokou · Politique · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Aura Pokou

On dit qu'il faut arriver à Sakassou à la tombée du jour, quand les tambours se taisent et que la reine reçoit sous l'arbre à palabres. C'est là, dans la cour de terre battue de sa capitale naissante, qu'Aura Pokou a accepté de raconter — pour la première fois hors du cercle des griots — le prix qu'elle a payé pour fonder un peuple.

Avant d'être reine, vous étiez une princesse de la cour de Kumasi. Que s'est-il passé lorsque le roi Opoku Ware Ier est mort ?

Kumasi était une cour où l'on ne succédait pas de père en fils, mais par le sang des mères — c'est la loi akan, la matrilinéarité, et je ne l'ai jamais reniée même quand elle m'a chassée. Quand Opoku Ware Ier s'est éteint, chaque lignage a réclamé le tabouret. Ma branche a perdu. Ceux qui hier me saluaient dans les couloirs du palais ont détourné le regard. On ne m'a pas exilée d'un mot : on m'a simplement laissée comprendre qu'il n'y avait plus de place pour moi sous ce toit. J'ai rassemblé ceux qui me restaient fidèles, et j'ai tourné le dos à la ville de mon enfance sans savoir si je reverrais jamais son marché ni son fleuve.

On ne m'a pas exilée d'un mot : on m'a laissée comprendre qu'il n'y avait plus de place pour moi.

Comment expliquez-vous que la loi de vos mères, censée protéger l'ordre, soit devenue la cause de votre départ ?

C'est une loi juste, et c'est bien pour cela qu'elle est impitoyable. Chez nous, l'héritier n'est pas mon fils, mais le fils de ma sœur — l'abusua, le clan de sang maternel, décide de tout avant même que naisse l'enfant. Quand deux branches d'un même abusua se disputent le tabouret royal, il n'y a pas de compromis possible, seulement un vainqueur et des vaincus. Je n'ai pas quitté Kumasi par colère contre cette règle. Je l'ai quittée parce qu'elle avait tranché, et qu'une reine qui refuse la sentence des mères n'est plus une reine du tout, seulement une femme qui s'accroche.

Que avez-vous emporté avec vous, en quittant votre ville pour un chemin sans retour ?

Peu de choses tiennent sur le dos d'une caravane en fuite. J'ai pris mon dwa, le tabouret de bois sculpté que ma mère m'a transmis — on dit que l'âme d'un souverain y habite, et je n'allais pas laisser la mienne derrière moi à Kumasi. J'ai pris aussi les tambours fontomfrom, pour que le peuple sache toujours où marcher quand la forêt avalait le sentier. Les femmes de mon rang ont gardé leurs parures d'or, non par vanité, mais parce qu'un peuple sans roi visible se disperse comme la cendre. Un tabouret vide sur les épaules d'un porteur, voilà tout ce que j'avais pour dire : je suis toujours reine, même sans royaume.

Un tabouret vide sur les épaules d'un porteur, voilà tout ce que j'avais pour dire : je suis toujours reine.

Une fois installée à Sakassou, comment avez-vous bâti les lois de votre nouveau royaume ?

Je n'ai rien inventé, je n'ai fait qu'adapter ce que Kumasi m'avait enseigné à une terre qui ne me devait rien. Les champs se sont partagés selon les clans, les litiges entre villageois se sont réglés sous l'arbre de la cour, chaque après-midi. J'ai gardé la matrilinéarité, parce qu'un peuple qui a tout perdu a besoin de retrouver, au moins, ses repères anciens. Ce que j'ai dû créer, en revanche, c'est la confiance : des étrangers venus de mille lignages devaient apprendre à s'appeler baoulé avant même de savoir ce que ce nom signifiait. Sakassou n'est pas devenue une capitale en un jour, elle l'est devenue parce que j'ai refusé de gouverner comme une exilée.

Vous souvenez-vous du moment où votre peuple s'est trouvé bloqué devant le fleuve Comoé ?

Les eaux étaient noires et gonflées par les pluies, et derrière nous on disait que les guerriers de Kumasi approchaient. J'ai vu des milliers de visages tournés vers moi comme si mes mains seules pouvaient écarter le courant. J'ai fait appeler les devins. Ils ont jeté les cauris dans la calebasse à offrandes, celle-là même qui servait chaque matin à nos libations, et ils les ont longtemps regardés sans parler. Quand l'un d'eux a enfin ouvert la bouche, ce n'était pas pour proposer un radeau ni un gué : il fallait donner au fleuve ce que j'avais de plus précieux. J'ai compris avant qu'il n'achève sa phrase.

Comment avez-vous trouvé la force de porter votre fils jusqu'au bord de l'eau, ce jour-là ?

Je ne l'ai pas trouvée, elle m'a été arrachée. Il était mon seul enfant, celui que je n'avais que lui à offrir en ce monde, et un peuple entier attendait derrière moi que je choisisse entre lui et des milliers d'autres fils. J'ai marché jusqu'au courant avec ce poids dans les bras, plus lourd que tous les ornements d'or que j'avais portés à Kumasi. Je ne raconterai pas ce que j'ai dit, si tant est que j'aie encore su parler. Je sais seulement que j'ai levé les bras vers le ciel des ancêtres, et que je l'ai confié au fleuve comme on confie à plus grand que soi ce qu'on ne peut plus protéger seul.

Il était mon seul enfant — et un peuple entier attendait que je choisisse entre lui et des milliers d'autres fils.

Que s'est-il passé sur le fleuve, immédiatement après ?

Les eaux qui grondaient se sont tues d'un coup, comme si le Comoé lui-même retenait son souffle. Des hippopotames sont montés à la surface, l'un après l'autre, et leurs dos se sont alignés d'une rive à l'autre, assez larges pour porter un peuple entier. Je ne saurais dire si c'était une réponse des esprits du fleuve ou une pitié née de mon geste — je sais seulement que je suis passée la première, sans regarder derrière moi, parce que si je m'étais retournée je crois que je ne serais jamais arrivée de l'autre côté. Des milliers de pas ont suivi les miens sur ce pont vivant avant que le courant ne reprenne son cours.

Que s'est-il dit parmi les vôtres, une fois la traversée achevée ?

Le silence est venu d'abord, puis un murmure a couru de rang en rang jusqu'à devenir un cri : Ba oulé, ba oulé — l'enfant est mort. Ce n'était pas une accusation, c'était un deuil que chacun reprenait comme le sien propre, parce que chaque mère de cette foule avait compris ce qu'il m'en avait coûté de les faire passer. Je n'ai pas demandé qu'on porte mon chagrin en public. Mais un peuple qui vient de perdre sa patrie a besoin d'un nom pour la douleur qui le tient encore ensemble, et c'est ce cri-là, plus que toute proclamation de reine, qui a fait de nous les Baoulé.

Un peuple qui vient de perdre sa patrie a besoin d'un nom pour la douleur qui le tient encore ensemble.

Comment vivez-vous le fait que votre deuil personnel soit devenu, depuis, le nom que porte tout un peuple ?

Je l'entends encore, certains soirs, dans les hymnes que chantent les femmes autour du feu — elles disent que j'ai donné la vie deux fois, une fois en enfantant, une fois en sacrifiant. Je ne sais pas si c'est un honneur ou une plaie qu'on rouvre à chaque génération. Ce que je sais, c'est que mon fils n'a pas de tombe, pas de tabouret funéraire, rien qu'un nom devenu celui de dizaines de milliers de vivants. Certains jours cela m'apaise, comme si le fleuve l'avait rendu à tous plutôt que de me le prendre à moi seule. D'autres jours, je voudrais qu'on m'appelle simplement Pokou, et qu'on laisse à mon fils le silence qu'il mérite.

Aujourd'hui, à Sakassou, comment votre mémoire continue-t-elle de vivre parmi les vôtres ?

Chaque soir, quand les femmes de la cour tressent en écoutant, les griots reprennent la généalogie de ma lignée jusqu'à Kumasi et Osei Tutu, puis ils content la traversée comme si elle avait eu lieu la veille. Je les écoute parfois sans qu'ils me sachent présente, et j'entends mon histoire déjà changée, déjà polie par d'autres bouches que la mienne. C'est ainsi que doit vivre une reine sans écriture : non pas gravée sur la pierre, mais reconstruite chaque nuit par la voix d'un griot devant des enfants qui ne sont pas encore nés à ma mort. Tant que ce cri résonnera au bord d'un feu, le peuple baoulé saura d'où il vient.

Si vous pouviez vous adresser à ceux qui, dans un siècle, porteront encore le nom baoulé, que leur diriez-vous ?

Je ne sais pas ce que sera votre monde, je ne connais que la forêt du Haut-Sassandra et les rives de mon fleuve. Mais si mon nom vous est encore familier, sachez qu'il n'a jamais désigné une victoire facile : il désigne un choix que nulle mère ne devrait avoir à faire, et que j'ai fait pour que vous existiez seulement. Gardez vos griots, car sans eux je ne serais qu'une ombre de plus dans la forêt. Et quand vous direz ba oulé, souvenez-vous que ce n'est pas seulement le deuil d'un enfant, mais le prix que porte tout peuple qui a dû, un jour, choisir entre disparaître et traverser.

Ce n'est pas seulement le deuil d'un enfant, mais le prix que porte tout peuple qui a dû choisir entre disparaître et traverser.
Voir la fiche complète de Aura Pokou

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aura Pokou. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.