Interview imaginaire avec Bi Sheng
par Charactorium · Bi Sheng (990 — 1052) · Technologie · Sciences · 7 min de lecture

Nous retrouvons Bi Sheng un soir d'automne dans son atelier près de Huanggang, dans le Hubei, où les plaques de fer refroidissent encore sur l'établi et où flotte une odeur de résine de pin chauffée. L'empire Song connaît alors une période de paix et de prospérité propice aux métiers du livre, et l'artisan accepte, entre deux fournées de caractères, de raconter comment il a appris à graver la mémoire dans l'argile.
—Pouvez-vous nous décrire comment un simple bloc d'argile devient un caractère prêt à imprimer ?
Je prends de la 胶泥, une argile fine et grasse comme on n'en trouve que dans certains fonds de rivière près de Huanggang. Avec la pointe de mon couteau, je grave le signe en relief, aussi mince que le bord d'une pièce de monnaie — il faut que le trait soit net, sinon l'encre bave. Puis vient le four : sans la cuisson, l'argile resterait fragile comme une coquille d'œuf séchée au soleil. Une fois durcis, mes caractères sont posés sur une plaque de fer enduite d'un mélange de résine de pin, de cire et de cendres de papier, le 松脂蜡灰. On chauffe, le mélange fond et saisit chaque pièce ; on presse une planche plate dessus pour égaliser la surface, on laisse refroidir, et la page est prête à recevoir l'encre. C'est un geste que j'ai mis des années à régler, depuis que j'ai commencé, vers 1040, et qui ne me lasse jamais.
—Qu'est-ce qui rend possible de réutiliser sans cesse les mêmes caractères ?
Le secret n'est pas dans l'argile, mais dans la colle. Je pose une armature de fer sur la plaque, je serre mes caractères à l'intérieur bien droits, puis je chauffe la couche de résine de pin, de cire et de cendres — le 松脂 fond comme le beurre sur une pierre chaude. Une fois figé au froid, plus rien ne bouge, pas même une pointe d'aiguille. J'imprime mes pages, une, dix, cent fois s'il le faut. Puis, quand le texte ne sert plus, je réchauffe la plaque : la colle redevient molle, et je décolle chaque caractère intact, prêt pour un autre texte. Sans ce va-et-vient du chaud et du froid, je façonnerais un caractère par page imprimée, comme le fait la planche gravée. C'est cette réversibilité, plus que l'argile elle-même, qui est mon vrai métier.
—Qu'est-ce qui est le plus délicat dans ce travail : graver, cuire, ou imprimer ?
La cuisson est ce qui m'inquiète le plus, à vrai dire. Je peux graver un caractère en un instant avec une lame bien affûtée, mais le four à céramique ne pardonne rien : trop faible, l'argile reste friable et casse sous la presse ; trop fort, le signe se déforme et devient illisible. J'ai brûlé des centaines de caractères avant de tenir la bonne chaleur, celle qui donne à l'argile la dureté d'une pierre sans lui voler sa forme. Ensuite vient l'encre, faite de suie de pin mêlée à un liant gras — elle doit s'accrocher au relief sans noyer les creux, sinon les traits se confondent sur le papier. Entre l'argile, le feu et l'encre, je suis à la fois potier, forgeron et encreur. Peu de gens imaginent qu'un seul homme doive maîtriser tant de métiers pour composer une seule page.
Entre l'argile, le feu et l'encre, je suis à la fois potier, forgeron et encreur.
—Comment parvenez-vous à imprimer autant de pages en une seule journée ?
Je ne travaille jamais sur une seule plaque. Pendant que la première refroidit et sert à l'impression, je compose déjà la page suivante sur une seconde plaque de fer posée à côté. Le matin, je remplis mes casiers et j'assemble les caractères du texte du jour ; l'après-midi, je chauffe, je presse, j'imprime, puis je recommence avec l'autre plaque pendant que celle-ci refroidit à son tour. C'est une danse à deux temps que j'ai mise des années à régler, et qui double ce qu'un seul homme pourrait produire seul. Les ateliers de Kaifeng impriment déjà les Classiques par planches de bois entières ; pour rivaliser, il me fallait un rythme, pas seulement une invention. Sans cette alternance, mon procédé resterait une curiosité d'artisan, pas un outil de travail.
C'est une danse à deux temps qui double ce qu'un seul homme pourrait produire seul.
—Que représente pour vous une journée réussie dans votre atelier ?
Une bonne journée se termine comme elle a commencé : avec mes mains couvertes de cendre de résine et l'odeur du pin chaud dans mon tablier de cuir. Le soir, je récupère les caractères des plaques refroidies, je les nettoie un à un, je grave de nouvelles pièces pour remplacer celles qui s'usent, puis je les enfourne pour la nuit. Je m'assieds ensuite avec un bol de riz et de légumes, parfois un peu de poisson, et une tasse de thé — cette boisson que tout le monde prend ici entre deux tâches. Ce n'est pas un travail qui s'arrête au coucher du soleil ; il reprend dès l'aube suivante, casiers ouverts, four rallumé. Une journée réussie, pour moi, c'est simplement une journée où rien ne s'est fendu, ni l'argile, ni la patience.

—Comment retrouvez-vous le bon caractère parmi des milliers d'autres qui se ressemblent ?
Sans ordre, je serais perdu avant midi. Je range mes caractères dans des casiers de bois, chacun étiqueté selon sa rime, son 韵 — c'est ainsi que les lettrés classent déjà les mots depuis longtemps, et j'ai simplement appliqué leur méthode à mon argile. Un caractère très courant, j'en fabrique plusieurs dizaines d'avance, car il revient sans cesse dans un même texte ; les signes rares, je les taille à la demande, le temps d'un instant. Sans ce classement, chercher un seul caractère dans mes milliers de cubes reviendrait à chercher un grain de riz dans un sac de sable. Ce n'est pas la gravure qui m'a pris le plus de temps à inventer, mais bien ce rangement — et c'est peut-être là mon vrai travail d'artisan.
Chercher un caractère sans classement reviendrait à chercher un grain de riz dans un sac de sable.
—L'écriture que vous manipulez compte des milliers de signes. Cela ne rend-il pas votre tâche impossible ?
Impossible, non — mais lourde, assurément. Notre écriture ne compte pas quelques dizaines de signes qu'on pourrait tailler une fois pour toutes : elle en réunit des milliers, et chacun doit être gravé, cuit, rangé, parfois dupliqué dix ou vingt fois selon sa fréquence. C'est pour cela que la planche de bois gravée, le 雕版, reste le choix des grands ateliers pour les longs ouvrages : une fois la planche taillée, elle imprime le même texte sans qu'on ait à ressortir un seul caractère. Moi, je dois entretenir un trésor de cubes d'argile plus vaste qu'aucun graveur sur bois n'aura jamais à porter. Mais pour un texte court qu'on veut changer souvent — un avis, une liste, un almanach — mes casiers valent mieux que toutes les planches du monde.
—Pourquoi, malgré votre invention, la plupart des livres continuent-ils d'être imprimés par planches de bois gravées ?
Parce que le bois gravé a pour lui la simplicité, et mon procédé la patience. Depuis près de deux siècles, depuis que le Sûtra du Diamant fut imprimé à Dunhuang, les artisans savent graver une planche entière et la conserver telle quelle pour tirer mille exemplaires identiques sans y retoucher. Moi, chaque nouveau texte m'oblige à ressortir mes casiers, à composer, à chauffer, à démonter. Pour un livre qu'on réimprime cent fois sans changer un mot — un classique, un sûtra — la planche gravée reste la plus sûre. Mon système, lui, montre sa force ailleurs : là où le texte change souvent, où l'on n'a besoin que de quelques exemplaires, ou bien où l'on veut corriger une erreur sans tout regraver. Ce n'est pas ma méthode qui a perdu contre la planche de bois ; ce sont deux outils pour deux besoins différents.
—Regrettez-vous que votre méthode reste si peu répandue de votre vivant ?
Regretter n'est pas un mot d'artisan. J'ai montré ce qu'un simple homme d'atelier peut accomplir avec de l'argile, du fer et de la patience, et cela me suffit. Les grands ateliers de Kaifeng impriment déjà les Classiques par milliers grâce à la planche gravée ; il ne me revient pas de bousculer un ordre qui sert bien la diffusion du savoir depuis la fondation de notre dynastie 宋. Si mon procédé reste rare, c'est peut-être qu'il demande plus de soin qu'un graveur n'en a le temps de donner. Je préfère qu'on retienne qu'un procédé existe, prêt à qui voudra s'en saisir, plutôt que de me lamenter qu'il ne soit pas encore sur toutes les tables d'imprimeur.
—Vous n'êtes ni lettré, ni fonctionnaire, seulement un artisan. Cela vous a-t-il pesé dans ce travail ?
Je suis un 布衣, un homme vêtu de toile, sans charge ni rang à la cour. Chez nous, un 匠 comme moi n'a pas le prestige du lettré qui réussit les examens, mais on nous demande tout de même de savoir travailler le fer, l'argile, le bois, le feu. Personne ne m'a enseigné dans une école officielle comment fixer un caractère à la cire ; j'ai appris en cassant des centaines de pièces d'argile mal cuites, en brûlant plusieurs plaques ratées. Cela ne m'a pas pesé autant qu'on pourrait le croire : un homme du commun a le droit d'observer, d'essayer, de se tromper sans qu'on lui demande de comptes, tant qu'il ne dérange personne. C'est peut-être une chance cachée dans mon absence de rang — personne n'attendait rien de moi, et j'ai pu chercher tranquillement.
—Si vous deviez imaginer ce qu'il adviendra de vos caractères de terre cuite après vous, que souhaiteriez-vous ?
Je n'ai ni fils lettré ni atelier assez grand pour garantir que mes casiers survivront à mon dernier souffle. Si je pouvais choisir, je souhaiterais qu'un homme curieux — peu importe son rang, du moment qu'il a de la patience — recueille mes cubes d'argile plutôt que de les laisser se briser dans un coin oublié. Peut-être qu'un érudit, dans une maison de campagne loin d'ici, les rangera parmi ses curiosités et racontera comment un simple artisan de Huanggang avait imaginé fixer des signes un à un sur du fer. Je ne demande pas qu'on retienne mon nom ; je demande seulement que le geste survive — que quelqu'un, un jour, recompose une page avec des caractères qu'on peut reprendre, et non regraver.
Je ne demande pas qu'on retienne mon nom ; je demande seulement que le geste survive.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bi Sheng. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


