Alhazen(965 — 1039)

Alhazen

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SciencesTechnologiePhilosophiePhilosopheAstronomeMoyen ÂgeÂge d'or de l'Islam (IXe-XIIIe siècle), période de grande effervescence scientifique et philosophique dans le monde arabo-musulman

Mathématicien, physicien et astronome arabe né à Bassora vers 965 et mort au Caire en 1039. Considéré comme le père de l'optique moderne, il révolutionna la compréhension de la lumière et de la vision. Son œuvre majeure, le Kitāb al-Manāẓir, influença profondément les savants européens du Moyen Âge.

Questions fréquentes

Alhazen, de son nom arabe Ibn al-Haytham (965-1039), était un mathématicien, physicien et astronome né à Bassora et actif au Caire sous les Fatimides. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a démontré expérimentalement, dans son Kitāb al-Manāẓir (vers 1011-1021), que la lumière vient des objets vers l'œil et non l'inverse comme le croyaient les Grecs. Il a ainsi fondé l'optique comme science physique, basée sur l'expérience et la géométrie. Contrairement à Euclide ou Ptolémée, Alhazen a prouvé que la vision résulte de l'entrée de rayons lumineux dans l'œil, une révolution conceptuelle qui influencera des savants comme Roger Bacon, Kepler ou Descartes.

Faits marquants

  • Né vers 965 à Bassora (actuel Irak) et mort vers 1039 au Caire
  • Rédige vers 1011-1021 le Kitāb al-Manāẓir (Traité d'optique), traduit en latin au XIIe siècle
  • Démontre que la vision résulte de la lumière réfléchie par les objets vers l'œil, réfutant les théories grecques
  • Invente la chambre noire (camera obscura) pour étudier la propagation rectiligne de la lumière
  • Pionnier de la méthode expérimentale, il fonde ses conclusions sur l'observation et l'expérimentation

Œuvres & réalisations

Kitāb al-Manāẓir (Livre d'optique) (vers 1011-1021)

Chef-d'œuvre scientifique en sept volumes qui révolutionna la théorie de la vision et de la lumière, démontrant par l'expérience que la lumière part des objets vers l'œil. Traduit en latin au XIIe siècle, il influença profondément Roger Bacon, Kepler et Descartes.

Maqāla fī al-Daw' (Traité sur la lumière) (vers 1010)

Court traité consacré à la nature de la lumière, dans lequel Alhazen démontre que la lune est une sphère qui réfléchit la lumière du soleil, et que toute source lumineuse émet dans toutes les directions.

Maqāla fī Hay'at al-'Ālam (Traité sur la configuration du monde) (vers 990)

Traité d'astronomie physique qui cherche à concilier les modèles mathématiques de Ptolémée avec une réalité physique des sphères célestes, préfigurant les discussions sur la structure de l'univers.

Kitāb al-Mūsīqā (Traité sur la musique) (vers 1020)

Traité témoignant de l'étendue des intérêts d'Alhazen, qui aborda également la théorie musicale en lien avec les mathématiques et l'acoustique.

Maqāla fī al-Qarastun (Traité sur la balance) (vers 1025)

Travail sur la statique et les principes de la balance, illustrant la démarche expérimentale et mathématique qu'Alhazen appliquait à tous les domaines de la physique.

Traité sur la réfraction atmosphérique (vers 1020)

Alhazen mesura et analysa la réfraction de la lumière dans l'atmosphère, estimant la hauteur de cette dernière à environ 15 km — une valeur remarquablement proche des données modernes.

Anecdotes

Alhazen, voulant convaincre le calife fatimide Al-Hakim de financer un projet de régulation des crues du Nil, proposa un ambitieux système de barrages. Mais une fois sur place en Égypte, il réalisa que le projet était techniquement irréalisable. Craignant la colère du calife, il simula la folie pendant plusieurs années jusqu'à la mort d'Al-Hakim en 1021.

Pour prouver sa théorie de la vision, Alhazen construisit la première camera obscura expérimentale de l'histoire : une chambre noire avec un petit trou laissant passer la lumière. Il observa ainsi l'image inversée du monde extérieur projetée sur le mur opposé, démontrant que la lumière voyage en ligne droite.

Contrairement aux savants grecs comme Euclide et Ptolémée qui croyaient que l'œil émet des rayons lumineux vers les objets, Alhazen démontra expérimentalement le contraire : c'est la lumière réfléchie par les objets qui entre dans l'œil. Cette révolution conceptuelle changea définitivement la compréhension de la vision.

Alhazen fut l'un des premiers penseurs à appliquer une méthode rigoureusement expérimentale en sciences. Il répétait ses expériences, variait les conditions et consignait ses observations avec précision — une démarche qui préfigure la méthode scientifique moderne, plusieurs siècles avant Galilée et Descartes.

Sources primaires

Kitāb al-Manāẓir (Livre d'optique) (vers 1011-1021)
La lumière se propage en ligne droite depuis chaque point d'un objet lumineux dans toutes les directions. L'œil perçoit les objets grâce aux rayons lumineux qui en émanent et pénètrent dans l'œil.
Maqāla fī al-Daw' (Traité sur la lumière) (vers 1010)
La lumière du soleil et la lumière de la lune sont de même nature ; la lune ne fait que réfléchir la lumière solaire. Tout corps lumineux émet sa lumière dans toutes les directions de façon sphérique.
Maqāla fī Hay'at al-'Ālam (Traité sur la configuration du monde) (vers 990)
Les corps célestes sont des sphères solides dont les mouvements sont réguliers et circulaires, et leur disposition peut être déduite par la raison et l'observation.
Mīzān al-Hikma (Balance de la sagesse) — cité par al-Khazini (vers 1020)
Alhazen mesura la densité de l'air et estima la hauteur de l'atmosphère à environ dix milles, en observant la durée du crépuscule.

Lieux clés

Bassora (actuel Irak)

Ville natale d'Alhazen, grand centre intellectuel et commercial du monde islamique médiéval, où il reçut sa première formation scientifique et mathématique.

Le Caire, Égypte

Ville où Alhazen passa l'essentiel de sa vie adulte, près de la Dar al-Hikma fatimide ; c'est là qu'il rédigea ses principales œuvres, dont le Kitāb al-Manāẓir.

Bagdad (actuel Irak)

Capitale du califat abbasside et centre mondial du savoir à l'époque d'Alhazen, abritant la célèbre Maison de la Sagesse où étaient traduits et compilés les textes grecs et persans.

Nil (région du delta)

Alhazen proposa un projet de régulation des crues du Nil au calife Al-Hakim ; après avoir constaté l'impossibilité technique de l'entreprise, il simula la folie pour échapper à la colère du calife.

Voir aussi