Les enfants interrogent Blanche de Castille
par Charactorium · Blanche de Castille (1188 — 1252) · Politique · Spiritualité · Militaire · 6 min de lecture

Deux eleves de douze ans visitent ce matin-la une vieille abbaye de pierre blanche avec leur classe. Dans une salle silencieuse, une grande dame en voile blanc les attend, le sourire aux levres. C'est Blanche de Castille, reine de France, qui a accepte de repondre a toutes leurs questions.
—C'est vrai qu'on est venue vous chercher toute petite, tres loin en Espagne ?
Oui, mon enfant, c'est bien vrai. Je suis nee a Palencia, en Castille, loin d'ici. J'avais douze ans quand ma grand-mere, la vieille reine Alienor d'Aquitaine, a traverse les Pyrenees a cheval pour venir me chercher. Imagine une dame de plus de soixante-quinze ans qui franchit ces montagnes enormes, juste pour choisir laquelle de ses petites-filles ferait une bonne reine de France ! Elle m'a regardee, et elle m'a choisie, moi. On m'a dit que c'etait pour mon caractere. J'ai quitte ma famille, ma langue, mon soleil, pour epouser un prince que je ne connaissais pas. C'etait effrayant. Mais ma grand-mere avait vu juste : la France allait devenir mon royaume.
—Quand votre mari le roi est mort, les grands seigneurs ont voulu vous chasser ?
Ah, tu mets le doigt sur le pire moment de ma vie. En 1226, mon mari Louis VIII meurt d'un coup. Je me retrouve seule, avec mon petit Louis de douze ans a proteger. Les grands barons ne voulaient pas obeir a une femme, et une etrangere en plus ! Ils ont forme une ligue contre moi, comme une meute. Tu sais ce que j'ai fait ? Je ne me suis pas effondree. J'ai negocie avec l'un, je l'ai eloigne de l'autre, je les ai divises un par un. Un vassal, c'est un seigneur qui doit fidelite au roi : eh bien aucun n'a reussi a me faire plier. J'ai tenu bon. Et le trone de mon fils a tenu.
—Vous, une reine, vous partiez vraiment faire la guerre aux seigneurs ?
Oui, tu serais surprise ! Une reine ne restait pas toujours assise sur un coussin. Certains seigneurs, comme Pierre de Dreux, qu'on surnommait Mauclerc, se sont revoltes les armes a la main, vers 1227. Il a fallu repondre. On m'apportait alors les cles des forteresses qui se rendaient, de grosses cles de fer, lourdes dans la main, qui voulaient dire : cette ville obeit au roi. J'organisais les armees, je decidais ou frapper. Imagine une femme en longue robe qui donne des ordres a des chevaliers tout en armure ! Cela ne s'etait guere vu. Mais proteger mon fils valait bien qu'on me trouve trop hardie.
—C'etait quoi, cette guerre dans le sud contre les cathares ?
Dans le sud, une guerre trainait depuis vingt ans : la croisade contre les cathares. Les cathares etaient des chretiens que l'Eglise jugeait heretiques, c'est-a-dire qu'ils croyaient a leur maniere, et cela faisait horreur a Rome. Une croisade, mon enfant, c'est une guerre benie par le pape. Celle-la brulait villes et recoltes sans jamais finir. Le legat pontifical, l'envoye du pape, poussait toujours a frapper plus fort. Moi, je voyais un royaume qui saignait pour rien. Je me disais : a quoi bon gagner un desert ? Il fallait trouver une autre voie que le feu et l'epee.
—Vous etes fiere d'avoir agrandi la France sans bataille ?
En 1229, j'ai fait signer le Traite de Paris. Au lieu d'ecraser le comte de Toulouse, on l'a fait plier par la parole et par un mariage arrange pour l'avenir. Et d'un coup, une grande partie du Languedoc, tout ce Sud ensoleille, est entree dans le domaine du roi. Sans une bataille de plus ! Les gens ont cru que c'etait un petit bout de parchemin. Mais ce petit parchemin a agrandi la France pour des siecles. Tu vois, je n'avais pas d'epee a la ceinture. Mon arme a moi, c'etait la patience, et savoir attendre le bon moment.
Mon arme, ce n'etait pas l'epee : c'etait la patience.
—On racontait des mechancetes sur vous a la cour ?
Oh, oui... et cela m'a blessee. Comme j'etais souvent avec le legat du pape, le cardinal Romain de Saint-Ange, pour regler les affaires du royaume, mes ennemis ont invente une vilaine rumeur : ils ont raconte que nous etions amants. C'etait faux, entierement faux. Mais tu vois, quand une femme gouverne, on ne s'attaque pas seulement a ses decisions : on salit son honneur. Un homme au pouvoir, on dit qu'il est fort. Une femme au pouvoir, on lui cherche un secret honteux. J'ai appris a porter ces mensonges la tete haute. Je savais qui j'etais devant Dieu, et cela me suffisait.
Un roi, on le dit fort ; une reine, on lui cherche un secret honteux.

—Vous etiez tres severe avec votre fils le roi ?
Severe... non. Aimante, mais oui, exigeante. J'aimais mon petit Louis plus que tout au monde. Mais je lui repetais qu'un roi doit d'abord etre un bon chretien. On raconte que je lui disais preferer le voir mort plutot que de le savoir en etat de peche mortel. Cela peut te sembler terrible ! Mais a mon epoque, sauver son ame comptait plus que sauver sa vie. Je le levais a l'aube pour la priere, je surveillais chacune de ses lecons. Je voulais faire de lui un roi juste avant tout. Et tu sais quoi ? Il est devenu Saint Louis.
—Meme devenu grand roi, il vous obeissait encore ?
Ah, tu es maligne de demander cela ! Oui, meme grand, meme roi couronne, mon Louis m'ecoutait encore. A vingt ans, en 1234, il fut declare majeur, et j'ai rendu la regence, ce gouvernement que j'exercais a sa place quand il etait trop jeune. Officiellement, je n'etais plus qu'une conseillere. Mais dans les faits ? Je restais a ses cotes a chaque conseil, et aucune grande decision ne se prenait sans que ma voix compte. Certains trouvaient que je gardais trop mon fils sous mon aile. Peut-etre. Une mere ne lache pas facilement l'enfant qu'elle a sauve d'une meute de barons.
—Vous avez gouverne meme quand vous etiez deja vieille ?
Vieille, oui, mais pas finie ! En 1248, mon Louis est parti en croisade, tres loin, en Egypte. Et a soixante ans, on m'a rappelee pour gouverner le royaume une seconde fois. Puis une nouvelle terrible est arrivee : a la Mansourah, mon fils avait ete fait prisonnier. Imagine mon coeur de mere ! Mais je n'avais pas le droit de seulement pleurer. J'ai reuni de l'argent, beaucoup d'argent, pour payer sa rancon et le liberer. Tenir un royaume debout et racheter son enfant captif en meme temps, a mon age... C'est la tache la plus lourde que Dieu m'ait jamais donnee.
—Pourquoi vous etes toujours habillee en blanc ?
Quand mon mari est mort, en 1226, j'ai pris le voile blanc des veuves. Chez nous, le blanc, c'etait la couleur du deuil des reines. Au lieu de mes belles robes de soie brodees d'or et de ma fourrure d'hermine, j'ai porte des habits tout simples, gris et blancs. Et tu sais ce qui est etrange ? Cela m'a rendue plus forte, pas plus faible. En me voyant si sobre, si pieuse, mes ennemis n'osaient plus me salir aussi facilement. Une reine en deuil qui prie beaucoup, on la respecte. Mon voile, c'etait comme une armure, mais une armure toute douce.
—C'est vous qui avez fait construire des abbayes ?
Beaucoup ! J'aimais les moines cisterciens, un ordre qui vit tres simplement, dans le silence et la priere. En 1228, avec mon fils, j'ai fonde l'abbaye de Royaumont. Puis, en 1236, celle de Maubuisson. Imagine de grands batiments de pierre blanche, des jardins, des moines qui chantent a toute heure du jour et de la nuit. J'y allais souvent me reposer de la fatigue du pouvoir. Gouverner, c'est bruyant, c'est plein de disputes et de cris. La-bas, tout etait calme. Je crois que ces abbayes etaient l'autre moitie de moi : une reine le jour, une ame qui prie le soir.
—Vous avez peur de mourir loin de votre fils ?
C'est ici, a Maubuisson, que je m'eteindrai, en 1252. Sentant venir la fin, j'ai demande qu'on me revete de l'habit des moniales cisterciennes. Apres une vie de couronnes et de batailles, je veux partir tout simplement, comme une religieuse. Mon Louis est encore en Orient ; il ne pourra pas me dire adieu, et cela me serre le coeur. Mais je pars sans regret. J'ai tenu un royaume debout pour un enfant de douze ans. Si tu ne retiens qu'une chose de moi, retiens celle-ci : on peut etre douce et ferme a la fois. Le pouvoir n'oblige pas a devenir dur.
On peut etre douce et ferme a la fois.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Blanche de Castille. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


