Les enfants interrogent Cabu
par Charactorium · Cabu (1938 — 2015) · Arts visuels · Société · 4 min de lecture
Deux élèves de cinquième, en classe découverte, poussent la porte d'un atelier encombré de carnets et de crayons. Un monsieur aux grandes lunettes rondes les accueille en souriant, une feuille déjà couverte de croquis à la main. Il s'appelle Cabu, et il a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Vous dessiniez déjà quand vous étiez petit, à l'école ?
Oh oui, mon enfant, je ne m'arrêtais jamais. Je suis né Jean Cabut à Châlons-sur-Marne, en 1938. En classe, je remplissais mes cahiers de caricatures de mes professeurs et de mes camarades. Ça faisait rire toute la classe, un peu moins les profs ! À 16 ans, en 1954, un journal de Reims, L'Union, publiait déjà mes dessins. Tu vois, mon nom de famille, c'est Cab-ut. J'ai pris les premières lettres, et ça a fait « Cabu ». Un crayon, un carnet, et je croquais déjà tout ce qui bougeait autour de moi.
—Vous êtes parti à la guerre en Algérie ? C'était comment ?
Oui, j'avais vingt ans. On m'a envoyé faire mon service militaire en Algérie, de 1958 à 1960, en pleine guerre. Je ne vais pas te mentir : j'en suis revenu changé, le cœur lourd. Là-bas, j'ai vu de près ce que l'armée fait aux hommes, la peur, la bêtise des ordres qu'on doit suivre sans réfléchir. Alors je suis devenu antimilitariste — ça veut dire quelqu'un qui refuse la guerre et l'esprit des casernes. Pendant tout le reste de ma vie, j'ai dessiné contre les généraux et leurs médailles. Mon crayon, c'est devenu mon arme contre la guerre.
—C'est vrai que vous avez inventé le mot « beauf » ?
Eh oui, c'est un de mes personnages ! En 1978, j'ai dessiné un bonhomme que j'ai appelé le « Beauf ». Le mot vient de « beau-frère », tu sais, le mari de ta sœur qu'on retrouve aux grands repas de famille. Mon Beauf, lui, c'est le Français moyen content de lui, un peu raciste, un peu bête. Et le plus drôle, c'est que le mot a pris ! Les gens ont commencé à l'employer partout. Aujourd'hui, il est même écrit dans les dictionnaires. Imagine : un petit dessin de rien du tout qui devient un mot que toute la France utilise.
—Vous connaissiez quelqu'un comme votre Beauf en vrai ?
Oh, des Beaufs, j'en croisais partout ! Dans le métro, au café, dans ma propre famille peut-être. C'est pour ça qu'il sonnait juste. Un jour, j'ai expliqué ce qu'il était vraiment. J'ai dit : « Le beauf, c'est le contraire de la culture, le contraire de la générosité, le contraire de la tolérance. C'est le Français moyen dans ce qu'il a de pire. » Tu comprends, je ne me moquais pas pour être méchant. Je me moquais de la bêtise pour qu'on en ait un peu honte, et qu'on essaie d'être meilleurs.
Rire d'un défaut, c'est déjà commencer à le combattre.
—Vous dessiniez à la télé pour les enfants ? C'était quoi ?
Oui, et j'adorais ça ! De 1978 à 1988, je passais dans une émission pour les enfants qui s'appelait Récré A2. Je dessinais en direct, devant la caméra, sur une grande ardoise. Le dessin apparaissait sous les yeux des enfants, trait après trait. J'avais même un petit personnage rigolo, « Le Dodu ». Et je croquais les animateurs de l'émission pour les faire rire. Tu sais, des enfants comme toi m'ont découvert comme ça, sur cette ardoise, avant même de savoir que je dessinais aussi des choses sérieuses dans les journaux.
—Ça faisait quoi de dessiner en direct, vous aviez le trac ?
Un peu, oui, au début le cœur battait ! Dessiner en direct, ça ne pardonne pas : pas de gomme, pas de deuxième essai. Le trait doit tomber juste du premier coup. Mais j'avais l'habitude, tu vois, parce que dans la rue je croquais déjà tout très vite. Sur mon ardoise de télévision, je traçais quelques lignes, et hop, un visage apparaissait. Les enfants sur le plateau ouvraient grand les yeux. C'est magique pour eux, un dessin qui naît en quelques secondes. Moi, ça me rendait heureux de partager ça.
Le dessin, ce n'est pas réservé aux musées, c'est vivant.
—Comment vous faisiez pour trouver une idée de dessin chaque jour ?
Ah, c'était mon travail de tous les matins ! Je me levais tôt et je lisais les journaux, plusieurs, à la recherche de l'actualité qui m'inspirerait. Puis je descendais dans le métro parisien, mon carnet à la main, et je croquais les gens, les visages, les scènes. « Croquer », ça veut dire dessiner très vite quelqu'un sur le vif. L'après-midi, à la rédaction, il fallait finir avant le « bouclage » — le moment où on ferme le journal pour l'imprimer. On travaillait sous pression, mais entre amis. Une bonne idée, ça peut venir juste en regardant une dame qui râle dans le métro.
—Pourquoi vous avez dessiné Mahomet, alors que ça pouvait fâcher ?
Tu poses une question courageuse. En 2006, notre journal, Charlie Hebdo, a republié des caricatures du prophète Mahomet. Certains criaient au « blasphème » — c'est-à-dire une image jugée irrespectueuse envers une religion. Moi, j'ai dessiné la une : Mahomet en larmes, qui disait « C'est dur d'être aimé par des cons ». Tu vois, je ne visais pas les croyants tout simples. Je me moquais de ceux qui veulent tout interdire et faire peur. Dans un pays libre, on doit pouvoir rire de tout, même des religions, comme on rit des rois et des puissants.
—Vous aviez peur d'avoir des ennuis avec la justice ?
Un peu, forcément. On nous a fait un procès pour ces dessins. Imagine : se retrouver devant des juges parce qu'on a fait un dessin ! Mais en 2007, le tribunal nous a donné raison, il nous a relaxés. Ça veut dire qu'on a été déclarés innocents. Les juges ont rappelé une chose précieuse : la « liberté d'expression », le droit de dire, d'écrire et de dessiner ses opinions. Pour moi, un dessin n'est jamais un crime. J'ai toujours pensé que le dessin, c'est une arme. On ne se bat pas avec des fleurs, on se bat avec des crayons.
Un dessin n'est jamais un crime.
—Si on vous rencontrait dans la rue, on vous reconnaîtrait comment ?
Facile, tu me repérerais tout de suite ! J'avais une coupe de cheveux au bol, toute droite, et de grandes lunettes rondes sur le nez. On disait que j'avais une allure de grand adolescent, même en vieillissant. Toujours habillé simplement, sans chichis. Et surtout, un crayon jamais loin de la main. Tu sais, ce que j'aimerais que tu retiennes, c'est ça : regarde bien le monde autour de toi, croque-le, ris de ce qui ne va pas. Un dessin peut faire réfléchir des milliers de gens. C'est doux et c'est puissant à la fois. Continue de dessiner, toi aussi.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Cabu. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.