Interview imaginaire avec Charles de Gaulle
par Charactorium · Charles de Gaulle (1890 — 1970) · Politique · 5 min de lecture
C'est dans le grand salon de La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, qu'un après-midi d'automne de 1969 Michel Debré retrouve le Général retiré du pouvoir. Le feu crépite, et par la baie vitrée du bureau la campagne champenoise s'éteint dans la brume. Ils se connaissent depuis plus de vingt ans — depuis ce 1958 où, ensemble, ils ont rédigé la Constitution. Le disciple est venu avec un cahier, moins pour interroger que pour recueillir, une dernière fois, la pensée du chef qu'il a servi.
—Mon Général, ce 18 juin 1940, devant ce micro de la BBC à Londres, saviez-vous que presque personne ne vous entendrait ce soir-là ?
Je le savais, Debré, et cela ne changeait rien. J'étais seul dans ce studio, un général de brigade à titre temporaire que la France officielle venait de condamner. Quelques techniciens anglais, un micro, et ce sentiment que tout reposait sur quelques mots. Je n'ai pas parlé aux foules ce jour-là — elles ne m'écoutaient pas. J'ai parlé à l'avenir, à cette idée que la France n'était pas tout entière dans l'armistice de Pétain. La France libre ne fut d'abord qu'une voix dans la nuit, presque inaudible. Mais une voix qui refuse vaut mieux qu'un peuple qui se tait. La Croix de Lorraine que j'ai choisie alors, c'était cela : opposer un signe à l'abdication. Le reste, la presse l'a repris, et le texte a survécu à l'instant.
Je n'ai pas parlé aux foules ce jour-là — j'ai parlé à l'avenir.
—Avant cet appel, il y eut l'autre guerre. Vous m'avez parfois évoqué vos évasions en Allemagne — cinq fois, dit-on ?
Cinq fois, oui, et cinq fois repris. À Verdun, en 1916, j'ai été blessé, laissé pour mort, puis capturé. Pour un officier, la captivité est une humiliation plus dure que la blessure : on vous met hors du combat alors que les autres meurent pour la France. Alors je m'évadais. Je creusais, je me déguisais, je passais par les toits — et chaque échec me valait une forteresse plus surveillée, jusqu'à Ingolstadt. C'est là que j'ai côtoyé un jeune Russe nommé Toukhatchevski, qui deviendrait maréchal soviétique. Ma taille me trahissait toujours : on repère mal un homme d'un mètre quatre-vingt-seize qui se cache. Ces trente-deux mois m'ont enseigné la patience, et qu'un homme retenu de force doit garder son esprit libre. Toute ma vie, j'ai détesté l'enfermement.
Un homme retenu de force doit au moins garder son esprit libre.
—Mon Général, en 1946 vous avez quitté le pouvoir, écœuré par les partis. Le discours de Bayeux annonçait-il déjà ce que nous avons bâti douze ans plus tard ?
Bayeux était une semence, Debré, jetée sur une terre qui n'était pas prête. J'avais vu, dès la Libération, que la République allait retomber dans ses vieux travers : un régime d'assemblée, des gouvernements qui durent six mois, l'État livré à l'effervescence des partis. À Bayeux, j'ai dit qu'il fallait un chef de l'État au-dessus des coteries, garant de la continuité nationale. On ne m'a pas suivi : la IVe République est née contre moi, et je me suis retiré ici plutôt que de cautionner l'impuissance. J'ai attendu douze ans. Quand la crise algérienne a tout fait craquer en 1958, c'est ton texte et le mien qui ont donné à la France l'exécutif fort qu'elle se refusait. Toi qui as tenu la plume avec moi, tu sais que rien dans cette Constitution ne fut improvisé.
La IVe République est née contre moi ; je me suis retiré plutôt que de cautionner l'impuissance.
—Vous m'avez confié la rédaction en 1958. Pourquoi avoir voulu un président aussi puissant, au point qu'on vous accusa de monarchie ?
Parce qu'une nation comme la France ne se gouverne pas avec un arbitre sans pouvoir. Quand nous travaillions ensemble cet été-là, je t'ai demandé un président qui ne soit pas le prisonnier des partis, mais leur recours dans la tempête. Monarchie, disaient-ils ? Non : légitimité. Le chef de l'État tient son autorité de la nation, et dès 1962 j'ai voulu qu'il la tienne directement, par le suffrage universel direct. On a crié au coup de force ; j'ai consulté le peuple par référendum, et le peuple a tranché. Voilà la différence avec un roi : je remets mon pouvoir entre les mains des Français chaque fois qu'ils doutent. Nos institutions ne sont pas faites pour ma personne, Debré — elles sont faites pour durer après moi, pour celui qui n'aura ni ma guerre ni ma légende.
Nos institutions ne sont pas faites pour ma personne — elles sont faites pour durer après moi.
—Sur l'Algérie, mon Général, ce « Je vous ai compris » d'Alger en 1958 — pesiez-vous l'ambiguïté de cette phrase quand vous l'avez lancée ?
Toi qui fus à mes côtés dans ces années-là, tu sais combien le drame algérien fut le plus lourd que j'aie porté. Ce jour-là, à Alger, devant cette foule en fièvre, j'ai dit que je les avais compris. Compris, oui — mais cela n'engageait pas l'avenir que j'entrevoyais déjà. On a voulu m'enfermer dans le sang versé ; moi je voyais que l'Histoire ne se commande pas, que ces peuples iraient vers l'autodétermination. Je n'allais pas mentir à la France pour quelques applaudissements. Cela m'a valu la haine de l'OAS, leurs balles au Petit-Clamart en 1962, ma Citroën criblée. On a tiré sur ma femme autant que sur moi. Mais un chef qui recule devant l'assassinat n'est plus un chef. Les accords d'Évian étaient inévitables ; je les ai assumés.
On a voulu m'enfermer dans le sang versé ; moi, je voyais que l'Histoire ne se commande pas.
—Cet attentat du Petit-Clamart, vous l'avez commenté avec un flegme qui nous a tous stupéfaits. D'où vous venait ce sang-froid ?
De ce que la peur n'a jamais rien réglé, Debré. J'ai été blessé trois fois dans les tranchées, descendu les Champs-Élysées sous les tirs en 1944 sans rompre le pas — on n'apprend pas le courage à mon âge, on le garde ou on l'a perdu. Quand la DS fut criblée, j'ai pensé d'abord à Yvonne, assise près de moi. Pour ces tueurs-là, j'ai eu plus de mépris que de colère : ils tiraient mal, sur un homme qui appartient à tout le monde et à personne. Un président de la République ne se cache pas dans un blockhaus. Si l'on me supprime, la France continuera, car ce que j'ai bâti ne tient pas à ma seule vie. C'est précisément pour cela que je tenais tant à des institutions solides.
Un président de la République ne se cache pas dans un blockhaus.

—Mon Général, l'essai de Reggane en 1960, puis le retrait de l'OTAN en 1966 — pourquoi avoir tant tenu à cette indépendance, au risque d'irriter nos alliés ?
Parce qu'un pays qui s'en remet à la protection d'un autre n'est plus une nation, Debré, c'est un protectorat. Dès 1960, à Reggane, la France a fait exploser sa première bombe : nous devenions la quatrième puissance atomique du monde. Cette force de dissuasion n'était pas un caprice de grandeur, c'était la condition de notre liberté. Comment décider seul de la guerre et de la paix si l'on dépend du parapluie américain ? En 1966, j'ai retiré nos forces du commandement intégré de l'Alliance, sans quitter l'Alliance elle-même. On m'a dit ingrat envers Washington ; je répondais que la France garde ses amitiés mais non sa servitude. Entre les deux blocs, j'ai voulu une troisième voie — non l'alignement, mais l'équilibre d'une France maîtresse d'elle-même.
Un pays qui s'en remet à la protection d'un autre n'est plus une nation, c'est un protectorat.
—On vous reproche cet orgueil national. Le gaullisme, comme on l'appelle, est-il autre chose qu'une certaine idée que vous vous faites de la France ?
Tu connais cette phrase, Debré, je l'ai écrite en tête de mes Mémoires de guerre : toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le gaullisme, si tant est que ce mot signifie quelque chose, n'est pas une doctrine de plus à ranger entre la droite et la gauche. C'est le refus que la France soit médiocre. Un État fort, une souveraineté entière, un peuple rassemblé par-dessus les partis qui le déchirent — voilà tout. La France n'est réellement elle-même qu'au premier rang ; rabaissée, elle se renie. On me dit orgueilleux : je ne le suis pas pour moi, je le suis pour elle. Le jour où les Français ne croiront plus à leur grandeur, ils cesseront d'être un grand peuple. Mon rôle aura été de les empêcher d'y consentir.
Le gaullisme, c'est le refus que la France soit médiocre.
—Au crépuscule, ici à La Boisserie, après Mai 68 et votre départ, que léguez-vous à ceux qui poursuivront, à moi peut-être ?
Je vous lègue des institutions, Debré, et c'est l'essentiel. Mai 68 a ébranlé bien des choses, mais la Ve République a tenu : c'est la preuve qu'elle vaut mieux que les régimes d'avant. Quand le peuple m'a dit non au référendum, je suis parti le soir même, sans marchander, parce qu'un chef qui n'a plus la confiance de la nation doit s'en aller. C'est ici, à Colombey, que je reviens toujours, près d'Yvonne, dans cette maison de pierre où j'écris. Le pouvoir passe ; l'œuvre demeure si elle repose sur l'intérêt et le sentiment de la nation. Veille à ce que l'État reste fort, que jamais on ne le rende aux jeux des partis. Le reste — ma silhouette, mon képi, mes colères — la postérité en fera ce qu'elle voudra. L'État, lui, ne doit pas mourir avec moi.
Le pouvoir passe ; l'œuvre demeure si elle repose sur l'intérêt et le sentiment de la nation.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Charles de Gaulle. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


