Interview imaginaire avec Djoser
par Charactorium · Djoser (2800 av. J.-C. — 2700 av. J.-C.) · Politique · Spiritualité · Technologie · 6 min de lecture

Nous retrouvons Netjerikhet, que la postérité nommera Djéser, dans la cour à ciel ouvert de son complexe funéraire de Saqqarah, face à la pyramide à degrés encore parée de son calcaire blanc. Les prêtres achèvent une offrande matinale ; le pharaon accepte, entre deux rites, de répondre à quelques questions sur son règne et son grand œuvre de pierre.
—Seigneur Netjerikhet, comment décririez-vous votre rôle sur le trône des Deux Terres ?
Je suis le fils des dieux et le gardien de la Maât — l'ordre, la justice, l'harmonie qui tient le ciel au-dessus du Nil et empêche le chaos de tout engloutir. Chaque matin, avant que Memphis ne s'éveille, je porte la double couronne, le Pschent, qui unit la Haute et la Basse-Égypte en un seul royaume, et je me rends au temple pour l'offrande qui nourrit les dieux comme ils nourrissent la crue. Gouverner n'est pas commander pour mon seul plaisir : c'est empêcher le désordre de reprendre ce que mes pères ont uni. Le sceptre heqa que je tiens n'est pas une arme, c'est une houlette de berger — je conduis mon peuple comme on conduit un troupeau vers l'eau.
—Comment tenez-vous les rênes d'un royaume aussi vaste, depuis Memphis jusqu'aux confins du Sinaï ?
Le pays se divise en quarante-deux nomes, chacun confié à un nomarque qui me rend des comptes comme un intendant rend des comptes à son maître. Mais je ne pourrais rien sans mon vizir — Imhotep, qui porte aussi le titre de grand prêtre d'Héliopolis et cumule tant de charges que certains murmurent qu'il gouverne autant que moi. C'est lui qui organise les expéditions vers le Sinaï, où mes hommes arrachent à la roche la turquoise bleue et le cuivre rouge dont on forge les outils de mes chantiers. Un royaume ne tient pas par la seule force des armes : il tient parce que chaque nomarque sait que Memphis voit tout, jusqu'au dernier bloc de pierre extrait dans le désert.
—Pourquoi avoir rompu avec la tradition des tombes de brique pour vos aïeux ?
Avant moi, les rois reposaient sous des monticules de brique de boue séchée, comme leurs sujets — la brique se fissure, s'effondre, retourne à la terre d'où elle vient. J'ai voulu autre chose pour ma demeure d'éternité : une masse que le temps ne puisse ronger. Imhotep m'a proposé d'empiler des mastabas de taille décroissante, l'un sur l'autre, jusqu'à ce que la pierre elle-même grimpe vers le ciel — six degrés de calcaire s'élevant bien au-dessus de Saqqarah. Aucun roi avant moi n'avait osé bâtir ainsi tout en pierre de taille. Quand les premiers blocs se sont dressés au-dessus des palmeraies, les paysans de Memphis, de l'autre rive, ont dû croire qu'une montagne artificielle poussait devant leurs yeux.
La pierre elle-même grimpe vers le ciel.
—Comment Imhotep a-t-il eu l'idée de ces six degrés superposés ?
Je ne saurais dire si l'idée lui est venue dans un songe ou penché sur des plans tracés au calame sur une palette de scribe. Ce que je sais, c'est qu'il a d'abord conçu pour moi un mastaba ordinaire, puis un second par-dessus, puis un troisième — et qu'à chaque fois il est revenu me trouver, les yeux brillants, pour agrandir encore le dessein. Mon complexe funéraire s'étend aujourd'hui sur près de quinze arpents autour de la pyramide, avec des cours, des temples, des chapelles qui ne sont que des façades de pierre imitant le bois et le roseau — car ces bâtiments ne servent pas les vivants, ils servent mon ka pour l'éternité. Imhotep a bâti un décor entier rien que pour l'au-delà d'un seul homme.
—Si l'on vous disait qu'un jour, les générations futures vénéreront Imhotep comme un dieu de la guérison, que répondriez-vous ?
Cela ne m'étonnerait qu'à moitié. Imhotep n'est pas seulement mon architecte : il est mon vizir, le grand prêtre d'Héliopolis, celui qui lit les astres et connaît les remèdes des plantes aussi bien que la géométrie des pierres. Si les hommes qui viendront après moi devaient un jour élever un temple à sa mémoire, je n'y verrais nulle folie — j'ai vu de mes yeux un homme faire sortir la pierre du sol et la faire tenir debout plus haut qu'aucun temple connu. Un tel génie mérite peut-être plus qu'une tombe silencieuse. Mais ceci n'est qu'une pensée que je forme aujourd'hui, dans l'ombre de sa pyramide — l'avenir appartient aux dieux, non aux pharaons.

—Que représentent les cours cérémoniales de votre complexe, avec leurs chapelles qui ne sont que des façades ?
Elles rejouent mon Heb-Sed, le jubilé que tout roi doit célébrer pour renouveler ses forces devant les dieux et son peuple. On dit qu'il faut attendre trente années de règne pour le mériter — moi, j'ai voulu le graver dans la pierre avant même de l'avoir célébré une seconde fois, pour qu'il se répète sans fin, hors du temps des hommes. Dans ces cours bordées de chapelles factices, chacune dédiée à un nome du royaume, mon ka pourra courir éternellement le parcours rituel, revêtu du manteau du jubilé, sans jamais faiblir ni vieillir. Ce ne sont pas des bâtiments pour la foule : nul prêtre n'y officiera jamais réellement. Ils existent pour que l'éternité ait un décor digne d'elle.
—À quoi ressemble ce manteau du jubilé que vous portez lors des cérémonies ?
C'est un manteau court et serré qui m'enveloppe des épaules jusqu'aux chevilles, si ajusté qu'il me force à avancer à petits pas mesurés — un pas de roi, jamais un pas pressé. Je le porte avec le sceptre heqa et la double couronne lorsque je dois courir le champ rituel devant les dignitaires venus de tous les nomes, pour prouver que ma vigueur demeure intacte et que la Maât reste entre mes mains. Les artistes d'Imhotep ont sculpté cette scène sur les parois de mes cours, à Saqqarah, afin que même si mon corps venait à faiblir un jour, l'image de moi jeune et vigoureux continue de courir pour toujours sous le regard des dieux.
—Parlez-nous de cette chambre scellée qu'on appelle le serdab, sous votre pyramide.
C'est une petite pièce de pierre, close de toutes parts, sauf deux étroites ouvertures percées vers le nord, en direction des étoiles impérissables — celles qui ne se couchent jamais et tournent sans fin autour du ciel. À l'intérieur veille une statue de moi, assise, le visage tourné vers ces ouvertures. Ce n'est pas une simple image : c'est le refuge de mon ka, mon double vivant, qui doit pouvoir regarder le ciel nocturne tant que le monde durera. Aucun roi avant moi n'a fait tailler une statue de cette taille, grandeur d'un homme véritable. Les prêtres y déposeront de l'encens dont la fumée traversera les ouvertures, et mon ka respirera ce parfum comme on respire l'air du matin sur les rives du Nil.
Le refuge de mon ka doit pouvoir regarder le ciel nocturne tant que le monde durera.
—Pourquoi tenir tant à ce que votre ka continue de voir le monde après votre mort ?
Parce que la mort n'est pas une porte qui se referme, c'est un seuil que l'on franchit sans jamais tout à fait quitter ce qu'on aimait. Mon ka devra être nourri d'offrandes, comme du pain et de la bière qu'on dépose devant les vivants, sinon il dépérira et je disparaîtrai vraiment, corps et souvenir. C'est pourquoi j'ai voulu que ma statue, enfermée dans le serdab, garde les yeux ouverts sur les étoiles du nord plutôt que sur l'obscurité d'un caveau muet. Un roi qui a fait lever une montagne de pierre au-dessus de Saqqarah ne saurait accepter de sombrer dans le silence complet. Je préfère imaginer mon double éternel, assis dans le noir, mais le regard toujours tourné vers la lumière froide des astres.
—On raconte que votre règne connut sept années sans crue du Nil. Que s'est-il passé ?
Sept années durant, le fleuve n'est pas monté comme il le devait. Les greniers de Memphis se sont vidés, les enfants sont devenus chétifs, et j'ai dû, du haut de mon trône, porter le deuil d'un royaume qui avait faim sous mes yeux sans que je puisse rien y faire par la seule force des armes ou des décrets. J'ai alors cherché le dieu qui tient les clefs de la crue entre ses mains, Khnoum, celui qui façonne les hommes sur son tour de potier et retient les eaux du Nil près de l'île de Sehel, en amont d'Assouan. C'est là, dans son sanctuaire, que j'ai imploré une réponse — et que la promesse d'une crue abondante m'a été faite. Un roi qui garantit la Maât doit savoir s'agenouiller devant plus grand que lui quand le fleuve se tait.
Un roi qui garantit la Maât doit savoir s'agenouiller devant plus grand que lui.
—Que souhaitez-vous que l'on retienne de votre règne, dans les siècles à venir ?
Je ne demande pas qu'on retienne mon nom de naissance, Netjerikhet, plutôt que le surnom que les hommes me donneront peut-être un jour. Je voudrais seulement qu'on se souvienne qu'un roi d'Égypte a osé, le premier, faire tenir la pierre debout plus haut que n'importe quel palais de brique, et que cette audace n'était pas vanité mais fidélité à la Maât — l'ordre qui doit survivre à tous les rois. Tant que la pyramide de Saqqarah dominera la plaine de Memphis, tant que ma statue regardera les étoiles depuis son serdab scellé, une part de moi continuera de veiller sur les Deux Terres. Le reste, la crue du Nil, les moissons, le silence des tombes, appartient aux dieux — et c'est très bien ainsi.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Djoser. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


