Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Fred

par Charactorium · Fred (1983 — ?) · Arts visuels · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

L'atelier parisien de Fred sent l'encre de Chine et le café refroidi. Sur la grande table à dessin, des planches inachevées voisinent avec de vieilles cartes de géographie écornées. Il repousse une pile de croquis, allume une cigarette, et parle lentement, comme s'il cherchait chaque phrase au bout de sa plume.

Comment un certain Othon Aristidès est-il devenu ce « Fred » que lisent les enfants ?

Vous imaginez un gamin de Paris, né en 1931, avec un père venu de Grèce et un nom de famille à rallonge, Othon Aristidès, impossible à faire tenir au bas d'une case. Alors j'ai coupé. J'ai gardé un petit mot rond, court, sonore comme un caillou qu'on lance dans un puits : Fred. C'était plus commode pour signer mes premiers gags, mais je crois surtout que je voulais me cacher un peu derrière. Le nom grec, lui, ne m'a jamais quitté : il m'a laissé le goût des dieux, des îles, des histoires où la géographie devient mythologie. On a beau raccourcir sa signature, on n'efface pas d'où l'on vient. Mes îles-lettres sont peut-être des cousines lointaines des îles de l'Égée.

J'ai gardé un petit mot rond, court, sonore comme un caillou qu'on lance dans un puits : Fred.

Que cherchiez-vous en fondant, en 1960, un journal qui se réclamait « bête et méchant » ?

En 1960, avec Cavanna et le Professeur Choron, nous avons voulu un journal qui ne demande pardon à personne. La formule est tombée toute seule, et nous l'avons imprimée sans trembler en tête du premier numéro : « Hara-Kiri, journal bête et méchant. » C'était une gifle joyeuse à la bonne conscience de l'après-guerre, un rire qui ne s'excuse pas. Nous savions que la censure viendrait, et elle est venue, plusieurs fois, avec ses interdictions. Mais ce que nous avons ouvert là, personne n'a pu le refermer : quand on nous a coupé l'herbe sous le pied, l'équipe a rebondi et Charlie Hebdo est né de nos cendres. Je n'étais pas le plus féroce de la bande, plutôt le rêveur du lot, mais j'aimais cette liberté qui sentait la poudre.

C'était une gifle joyeuse à la bonne conscience de l'après-guerre, un rire qui ne s'excuse pas.

Vous parlez de « rêveur du lot » : votre humour ressemblait-il à celui de vos camarades ?

Pas tout à fait. Chez Hara-Kiri, on cognait fort, on visait la bêtise en pleine figure. Moi, je préférais faire un pas de côté, glisser un absurde plus doux, plus tournoyant. Ma satire à moi passait par le calembour et le paradoxe plutôt que par le poing. Je regardais mes complices écrire leurs pamphlets et je pensais déjà à des îles où l'on débarque par un puits. Disons que je tenais le poste de contrebandier de poésie dans une bande de provocateurs. Cette presse satirique d'après-guerre m'a appris une chose précieuse : qu'on peut tout dire, à condition de trouver la forme juste. J'ai emporté cette liberté ailleurs, dans des histoires en apparence bien plus sages, mais tout aussi désobéissantes à leur manière.

Je tenais le poste de contrebandier de poésie dans une bande de provocateurs.

D'où vous est venue l'idée que les lettres d'une carte pouvaient être des îles où l'on débarque ?

D'une carte de géographie, tout bêtement, comme on en accroche dans les salles de classe. Un jour, j'ai regardé le mot « OCÉAN ATLANTIQUE » tracé en travers du bleu, et je me suis demandé : et si ces lettres n'étaient pas de l'encre, mais des terres ? La planche d'ouverture du Naufragé du A le pose sans détour : « Les lettres écrites sur les cartes des océans sont de véritables îles où l'on peut aborder. » Voilà le secret que Philémon découvre malgré lui, en tombant dans un vieux puits de ferme. Ce puits est devenu ma porte dérobée vers l'ailleurs, mon passage secret. Je crois que j'ai passé ma vie à transformer un support scolaire poussiéreux en océan navigable.

Et si ces lettres n'étaient pas de l'encre, mais des terres ?

Que représente pour vous ce premier album, Le Naufragé du A, paru en 1972 ?

C'est l'acte de naissance officiel de tout mon archipel. Philémon vivait déjà par petites histoires dans Pilote depuis 1965, mais en 1972, chez Dargaud, l'album a donné à mon océan de papier sa forme durable. Le principe des îles-lettres de l'Atlantique y est posé une fois pour toutes : un enfant, un âne, un puisatier naufragé qui vit là depuis des années, et des continents faits d'alphabet. J'y ai mis mon puisatier comme on met un père un peu bougon dans une histoire pour se rassurer. Quand je feuillette cette planche aujourd'hui, je revois la table encombrée où tout a commencé, l'encre encore fraîche, la sensation vertigineuse d'avoir ouvert une géographie que personne ne pourrait plus fermer.

Comment travailliez-vous, concrètement, devant la feuille blanche ?

Lentement. Terriblement lentement, au désespoir de mes éditeurs. Je me levais tard, la nuit ayant mangé mes matinées, et je m'asseyais à ma table sans plan, la plume trempée dans l'encre de Chine, à guetter l'idée du jour. On m'a souvent demandé ma méthode, et je répondais toujours la même chose : « Je ne sais jamais où je vais ; je dessine comme on rêve, et l'histoire se fait toute seule sous la plume. » Le trait décidait avant moi. Une case en appelait une autre, un jeu de mots ouvrait une trappe, et je suivais. C'est épuisant de laisser l'histoire vous conduire ainsi, mais je ne sais pas travailler autrement. Faire un scénario au cordeau m'aurait tué l'envie.

Le trait décidait avant moi.

Pourquoi Philémon a-t-il connu de si longues interruptions, parfois de plusieurs années ?

Parce que le rêve ne se commande pas. Il y a eu des saisons entières où le puits restait sec, où je tournais autour de la planche sans oser y descendre. Le doute est mon vieux compagnon d'atelier : je pouvais rester des mois persuadé que je n'avais plus rien à dire. Dessiner comme on rêve a ce prix-là, on ne rêve pas sur commande. Puis, un matin, l'envie revenait, et en 2008, après un très long silence, j'ai publié Le Train où vont les choses, un nouveau Philémon qui prouvait au moins que l'imagination, elle, n'avait pas vieilli. J'ai appris à ne pas forcer. Une île attend parfois des années qu'on veuille bien y aborder de nouveau.

Le doute est mon vieux compagnon d'atelier.

Vous souvenez-vous de votre arrivée à Pilote, auprès de René Goscinny ?

1965. Entrer à Pilote, c'était rejoindre la grande table de l'âge d'or de la bande dessinée franco-belge, avec Goscinny en chef d'orchestre. Lui, l'homme le plus efficace du métier, s'est pris d'affection pour l'auteur le plus lent et le plus biscornu de sa maison — allez comprendre. Il me laissait faire, il me défendait, il voyait je crois dans mes histoires quelque chose de singulier qu'il ne fabriquait pas lui-même. Le soir, on se retrouvait dans les cafés autour de la rédaction, et les mots fusaient, les calembours, les paradoxes. Ces rédactions parisiennes ont été mon vrai atelier : on y aiguisait son esprit comme une plume, à force de rire et de se contredire.

On rapproche souvent vos jeux de mots de l'univers de Lewis Carroll. Qu'en pensez-vous ?

Le rapprochement me flatte, forcément. J'aimais glisser dans mes cases des calembours visuels, des paradoxes logiques, des mots qui se retournent contre eux-mêmes comme un gant. Un panneau mal lu, une lettre qu'on prend au pied de la lettre, et voilà une île qui surgit. C'est du surréalisme de comptoir, si vous voulez, hérité autant des cafés de Pilote que des poètes que je dévorais. Goscinny disait que j'étais un drôle d'oiseau dans la volière, et il n'avait pas tort. Chez moi, la langue n'illustre pas le dessin, elle le fabrique : le mot devient géographie, le son devient décor. C'est ma façon de rester fidèle à l'enfant qui riait tout seul devant une carte de classe.

Chez moi, la langue n'illustre pas le dessin, elle le fabrique.

En 1987, Angoulême vous remet son Grand Prix. Quel effet cela vous a-t-il fait, à vous le rêveur du lot ?

Un drôle d'effet, je l'avoue. Ce Grand Prix du festival d'Angoulême, en 1987, c'est la plus haute distinction de notre métier, et la voir tomber sur l'ensemble de mon œuvre m'a fait l'effet d'une reconnaissance un peu irréelle — presque une case dessinée par un autre. J'ai toujours avancé de côté, du journal « bête et méchant » aux îles de Philémon, sans jamais chercher la consécration. Alors qu'on couronne le contrebandier de poésie, l'homme lent, celui qui ratait ses dates de rendu, cela m'a ému plus que je ne l'aurais cru. Mais au fond, la vraie récompense reste ce vertige du départ : ouvrir une carte, tomber dans un puits, et aborder à une lettre.

La vraie récompense reste ce vertige : ouvrir une carte, tomber dans un puits, et aborder à une lettre.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Fred. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.