Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Funmilayo Ransome-Kuti

par Charactorium · Funmilayo Ransome-Kuti (1900 — 1978) · Politique · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Funmilayo Ransome-Kuti
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 igo — UNESCO

Abeokuta, un après-midi de saison sèche, dans la grande maison où se croisent militantes venues des villages et livres de droit colonial. Funmilayo Ransome-Kuti, gele impeccablement noué, pose sa tasse et accepte de revenir sur soixante années de combats. Sa voix est posée, mais chaque phrase claque comme un ordre de marche.

Avant d'être une meneuse de foule, vous étiez enseignante. Comment cette salle de classe a-t-elle fait de vous une militante ?

On croit toujours que tout a commencé dans la rue, avec les cris et les banderoles. Non. Tout a commencé devant un tableau noir, une craie à la main, à l'école primaire d'Abeokuta. J'y voyais arriver des femmes du marché qui savaient compter leurs pièces mais ne pouvaient déchiffrer le bulletin d'imposition qu'on leur tendait. Comment se défendre contre un papier qu'on ne sait pas lire ? J'ai compris que l'alphabet était une arme avant d'être un savoir. Alors mes après-midi se sont remplis de ces femmes venues des villages voisins, penchées sur les lettres comme sur un secret qu'on leur avait volé. Quand j'ai fondé l'Abeokuta Women's Union en 1946, je n'ai fait qu'ouvrir plus grand cette salle de classe.

L'alphabet était une arme avant d'être un savoir.

Vous êtes née Frances Abigail Olufunmilayo Thomas. Pourquoi avoir abandonné le prénom "Frances" ?

Un prénom, ce n'est pas un habit qu'on porte par hasard : c'est un drapeau planté sur soi-même. "Frances", c'était le drapeau des autres, celui qu'on posait sur nos berceaux pour nous rappeler qui commandait. Beaucoup autour de moi collectionnaient ces noms européens comme des titres de noblesse. Moi, jeune femme, j'ai retiré ce drapeau-là. Je n'ai gardé que Funmilayo — "donne-moi la joie", en langue yoruba. Le même geste que lorsque je refuse les robes de coupe anglaise pour nouer mon gele et draper mon iro de wax aux couleurs vives. On me traitait d'excentrique. Mais comment mener des milliers de femmes vers leur dignité si je commençais par renier la mienne, jusque dans mon nom et jusque dans mon foulard ?

Un prénom, ce n'est pas un habit qu'on porte par hasard : c'est un drapeau planté sur soi-même.

Racontez-nous ce jour de 1947 où les femmes d'Abeokuta ont marché.

Elles sont venues par milliers, plus de dix mille, des couloirs du marché jusqu'aux grilles du palais de l'Alake. On nous avait imposé une taxation directe sur les femmes — sur nous seules, qui n'avions pas voix au conseil qui la votait. Alors nous avons écrit au gouverneur, humblement mais fermement, que ce système était injuste et insupportable, qu'on nous faisait payer un impôt sans nous accorder la moindre représentation. Puis nous avons cessé d'écrire et nous avons marché. Nous avons campé, chanté, tenu bon sous le soleil, refusant de nous disperser. Deux ans plus tard, en 1949, Ademola II, ce souverain que les Anglais utilisaient comme paravent de leur Indirect Rule, dut abdiquer. Un roi tombé par la volonté de femmes du marché : voilà ce qu'ils ne nous pardonnèrent jamais.

Un roi tombé par la volonté de femmes du marché : voilà ce qu'ils ne nous pardonnèrent jamais.

Comment expliquez-vous qu'une administration coloniale entière ait cédé devant des femmes désarmées ?

Désarmées ? Nous portions l'arme la plus redoutée des puissants : le nombre, et le refus de partir. Ils avaient l'habitude de négocier avec quelques notables, un Warrant Chief nommé par eux, un Alake docile. Ils ne savaient pas quoi faire d'une foule de mères et de commerçantes qui connaissaient chaque ruelle, chaque marché, et qui pouvaient paralyser la vie de la cité sans lever le poing. Dans le Manifeste de l'Abeokuta Women's Union, nous avions écrit clairement notre but : protéger toutes les femmes, quelle que soit leur religion ou leur tribu, arracher une pleine représentation politique. Ce n'était pas une émeute, c'était une organisation. Une administration peut mater une révolte ; elle ne sait pas dissoudre une patience.

Une administration peut mater une révolte ; elle ne sait pas dissoudre une patience.

On dit que vous fûtes la première femme à conduire une automobile au Nigeria. Qu'est-ce que cela changeait, concrètement ?

Ma Ford des années quarante n'était pas un caprice de dame élégante — c'était un outil d'organisation, aussi précieux que ma machine à écrire. Quand une femme de la ville prend le volant dans un pays où on nous voulait immobiles, entre la cour et le marché, cela fait déjà scandale. Mais moi, je m'en servais pour aller plus loin que le scandale : je roulais jusqu'aux villages reculés que nul discours n'atteignait, pour asseoir des paysannes autour d'un tableau et leur apprendre à lire, puis à réclamer. L'Abeokuta Women's Union ne pouvait pas rester une affaire de citadines. Chaque kilomètre parcouru cousait une rurale de plus au grand tissu que nous étions en train de nouer.

Chaque kilomètre parcouru cousait une rurale de plus au grand tissu que nous étions en train de nouer.
70 year old Funmilayo Ransome-Kuti on her birthday
70 year old Funmilayo Ransome-Kuti on her birthdayWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — UNESCO

Vous parlez beaucoup des femmes des campagnes. Pourquoi tenir tant à elles plutôt qu'aux élites des villes ?

Parce que c'est là que vit la vraie force du pays, et là que frappe le plus lourdement l'injustice. À Lagos, dans les salons, on discutait de l'indépendance en costume et en anglais. Mais l'indépendance qui oublie la femme du marché n'est qu'un changement de maîtres. Mes après-midi, je les passais à recevoir des femmes venues à pied des villages, à mêler les leçons d'alphabet aux stratégies de résistance contre les nouvelles taxes. Quand j'ai porté notre combat au niveau national avec le Nigerian Women's Union en 1949, puis la Fédération en 1953, c'était pour que ces voix rurales pèsent enfin dans les négociations. Une nation ne se libère pas par le haut ; elle se relève par celles qui portent l'eau.

L'indépendance qui oublie la femme du marché n'est qu'un changement de maîtres.

En 1953, vous prenez la parole à Budapest, très loin d'Abeokuta. Que veniez-vous y dire ?

Je suis montée à la tribune de la Women's International Democratic Federation, à Budapest, pour dire une chose simple que l'Europe préférait ne pas entendre : la femme africaine subit une double oppression. Africaine sous la domination coloniale, femme dans une société qui lui refuse ses droits les plus élémentaires — deux fers au lieu d'un. J'y disais que notre lutte n'était pas séparée de celle des autres peuples, mais une seule et même bataille. C'est cela, le panafricanisme : comprendre qu'une paysanne d'Abeokuta et une militante de l'autre bout du monde tirent la même corde. On m'écoutait avec surprise. Une femme yoruba en gele, venue rappeler à des congrès entiers que la moitié de l'Afrique attendait encore d'exister aux yeux du droit.

Deux fers au lieu d'un : africaine sous le joug colonial, femme dans une société qui la nie.

Ces voyages vous ont valu d'être surveillée, puis de perdre votre passeport en 1956. Regrettez-vous ces rencontres lointaines ?

Regretter ? On ne regrette pas d'avoir cherché des alliés quand on se bat à mains nues. On m'a reproché d'avoir serré des mains à l'Est, d'avoir croisé des dirigeants que Londres et Washington voyaient comme l'ennemi. En 1956, le gouvernement m'a confisqué mon passeport, comme on coupe les jambes d'une marcheuse. Les services secrets britanniques et américains tenaient des dossiers sur une institutrice d'Abeokuta — mesurez l'absurdité, et le compliment ! Cette Guerre froide qu'ils menaient partout leur servait surtout à discréditer quiconque parlait de liberté avec l'accent du colonisé. Je n'ai rencontré ces hommes ni par idéologie ni par mode : je cherchais, où qu'ils fussent, ceux qui voulaient bien écouter la cause des femmes de mon pays.

On ne regrette pas d'avoir cherché des alliés quand on se bat à mains nues.
Funmilayo Ransome-Kuti graduate
Funmilayo Ransome-Kuti graduateWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — UNESCO

Au fond, entre la craie, la machine à écrire et la pétition, quel fut votre véritable instrument de combat ?

Les trois ne font qu'un seul geste. La craie apprend à lire ; la machine à écrire transforme la colère en mots précis ; la pétition les dépose sur le bureau du puissant. Souvenez-vous de ce que nous avons adressé au Secrétaire d'État aux Colonies en 1949 : nous exigions que cesse la pratique de taxer les femmes sans leur accorder de représentation, car nous n'étions pas des sujets à exploiter mais des citoyennes dignes de justice. Il fallait des heures penchée sur ces touches pour trouver le ton juste, ni suppliant ni insultant. Un peuple qui sait lire et écrire cesse d'être gouverné en silence. Mon vrai instrument, c'est celui-là : le mot rendu aux sans-voix.

Un peuple qui sait lire et écrire cesse d'être gouverné en silence.

Vous avez fait de votre tenue yoruba un étendard. Que répondiez-vous à ceux qui y voyaient un refus du progrès ?

Le progrès ? Ils appelaient "progrès" le fait de nous vider de nous-mêmes pour nous remplir de leurs manières. Mon iro de wax, mon buba, mon gele noué haut : ce n'était pas de la nostalgie, c'était une déclaration. Chaque fois que je paraissais ainsi devant l'administration, en costume yoruba plutôt qu'en robe européenne, je leur rappelais qu'on pouvait être moderne, instruite, redoutable en négociation, et rester pleinement africaine. L'élite colonisée croyait s'élever en singeant Londres. Moi je pensais qu'une femme qui a honte de son foulard finira par avoir honte de son peuple. On peut conduire une automobile et taper à la machine sans troquer son âme contre un chapeau anglais.

Une femme qui a honte de son foulard finira par avoir honte de son peuple.

Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous que l'on retienne de votre parcours ?

Si je pouvais rêver qu'on me lise si loin dans le temps, je ne demanderais pas qu'on retienne mon nom — celui que j'ai choisi, Funmilayo — mais le chiffre : dix mille femmes debout devant un palais, et un roi contraint de plier. Qu'on se souvienne que le droit de vote des Nigérianes n'est pas tombé du ciel des indépendances, mais fut arraché marché après marché, village après village. Que l'on n'oublie pas non plus le prix : un régime qui, faute de me faire taire, s'en prendra jusque dans la maison de mon fils à une vieille femme de soixante-dix-sept ans. Qu'on retienne enfin ceci : partout où une femme réclamera de lire, de rouler, de voter, un peu d'Abeokuta marchera encore avec elle.

Le droit de vote des Nigérianes ne tomba pas du ciel : il fut arraché marché après marché.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Funmilayo Ransome-Kuti. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.