Interview imaginaire avec Hussein ibn Ali
par Charactorium · Hussein ibn Ali (626 — 680) · Spiritualité · Militaire · Politique · 7 min de lecture

L'entretien se tient au camp de Karbala, sous la tente de Husayn ibn Ali, dans les heures qui précèdent l'aube du dixième jour de Muharram. La tradition prête à l'imam, descendant du Prophète, une science transmise de génération en génération, qui lui permet de parler aussi bien de ce qu'il a vécu que de ce que sa mort annoncera.
—Comment avez-vous vécu le moment où Yazid Ier a exigé votre allégeance ?
On m'a demandé de tendre la main comme on la tend à un maître, et j'ai refusé. À Médine, dans la maison où j'avais grandi près de la mosquée de mon grand-père le Prophète, j'ai su que cette bay'a ne pouvait être la mienne : reconnaître Yazid, c'était consentir à ce qu'un homme sans justice gouverne la communauté que mon père Ali avait servie jusqu'à la mort. Je ne cherchais ni trône ni vengeance, seulement le droit de ne pas mentir devant Dieu. Mon frère Hasan, avant de mourir, m'avait laissé le soin de la maison du Prophète ; je ne pouvais pas la brader pour ma tranquillité. Alors j'ai rassemblé les miens, et nous sommes partis de nuit, sans bruit, comme on quitte une ville qui ne nous protège plus.
Reconnaître Yazid, c'était consentir à ce qu'un homme sans justice gouverne.
—Pourquoi avez-vous choisi de quitter Médine puis La Mecque plutôt que de résister sur place ?
Je ne voulais pas que le sang coule dans la ville de mon grand-père, ni dans celle où se tient la maison de Dieu. La Mecque m'a accueilli quelque temps, et j'y ai prié comme des milliers de pèlerins, mais j'ai vite compris que Yazid n'hésiterait pas à violer même ce sanctuaire pour m'atteindre. Un imam, dans la charge que je porte depuis la mort de Hasan, ne fuit pas par peur, il se déplace pour ne pas souiller ce qui doit rester pur. J'ai donc choisi de quitter la ville sainte avant que ma présence n'y attire la violence, emmenant avec moi femmes, enfants et compagnons, confiant que Dieu me montrerait où poser mes pas suivants.
—Qu'est-ce qui vous a poussé à répondre à l'appel des habitants de Kufa ?
Des lettres sont arrivées par dizaines, puis par centaines, de Kufa, m'assurant qu'on m'y attendait comme le chef légitime, celui de la lignée de mon père. J'ai voulu croire que la ville se relevait enfin de la tyrannie omeyyade et j'ai envoyé mon cousin Muslim ibn Aqil en éclaireur, pour vérifier la sincérité de ces promesses avant d'y engager les miens. Il m'a écrit que les rues étaient prêtes, que des milliers d'hommes se disaient fidèles à la maison du Prophète. J'y ai vu un devoir autant qu'un espoir : refuser cet appel aurait été abandonner une communauté qui se tournait vers la justice. Je suis donc parti vers l'Irak, avec ma famille, persuadé de retrouver là-bas des frères plutôt que des ennemis.
—Vous souvenez-vous du moment où vous avez compris que Kufa vous avait abandonné ?
Sur la route, un homme nous a croisés et nous a appris ce que je redoutais sans encore l'admettre : Kufa avait plié devant les gouverneurs omeyyades, et Muslim ibn Aqil avait payé cette volte-face de sa vie. J'ai regardé ma petite troupe, mes compagnons, mes enfants, et j'ai su que nous marchions désormais seuls vers une terre qui ne nous ouvrirait plus ses portes. C'est une chose amère que de découvrir la fitna non plus comme un mot qu'on entend, mais comme le sable qui se referme derrière soi. Je n'ai pas fait demi-tour : reculer devant une promesse trahie n'aurait rien changé à ce que je devais rester. Nous avons continué, jusqu'à la plaine que l'on nomme Karbala.
J'ai su que nous marchions désormais seuls vers une terre qui ne nous ouvrirait plus ses portes.
—Que s'est-il passé lorsque l'armée omeyyade vous a coupé l'accès à l'Euphrate ?
Ils ont posté leurs hommes entre nous et le fleuve, si près qu'on entendait l'eau couler sans pouvoir y tremper une qirba. Trois jours durant, sous un soleil qui ne laisse aucun répit, j'ai vu les enfants pleurer de soif et les nourrissons ne plus même avoir la force de crier. Ce n'était pas seulement une tactique de siège, c'était une manière de nous rappeler qu'on pouvait nous refuser jusqu'au don le plus simple que Dieu fait à toute créature. J'ai prié, comme mon grand-père me l'a enseigné, que cette épreuve ne brise pas la dignité de mes compagnons avant qu'elle ne brise leurs corps. Beaucoup d'entre eux sont morts sans avoir bu depuis l'aube du premier jour.
—Comment votre frère Abbas est-il mort en tentant de rapporter de l'eau ?
Abbas portait notre étendard, cet alam qui rassemblait les nôtres au milieu du chaos, et c'est encore lui qui a pris l'outre vide pour tenter d'atteindre le fleuve, une nuit, malgré les archers postés sur la rive. Il est revenu avec l'eau, presque jusqu'au camp, quand une flèche a percé l'outre avant même qu'il n'ait pu la porter aux enfants. On raconte qu'il a perdu les deux mains avant de tomber, sans jamais renoncer à son geste. Je n'ai pas de mots assez justes pour dire ce que représente un frère qui meurt les bras tendus vers des enfants assoiffés plutôt que vers une épée. C'est peut-être la scène de Karbala qui pèse le plus lourd dans mon cœur.
Il a perdu les deux mains avant de tomber, sans jamais renoncer à son geste.

—Que représente pour vous le souvenir de votre cheval Dhuljanah revenant seul au campement ?
Un cavalier tombe, et c'est souvent sa monture qui porte la première nouvelle avant qu'un messager n'arrive. Dhuljanah m'avait porté tout au long de cette marche depuis Médine, et je savais qu'un jour, peut-être, il reviendrait sans moi vers la tente où m'attendaient les femmes de ma maison. Je n'ai pas cherché à éviter cela : un shahid ne fuit pas devant ce que Dieu a écrit pour lui. Ce cheval ensanglanté, revenu seul parmi les tentes, est devenu pour les miens le signe muet qu'ils n'avaient plus à espérer, et pour ceux qui viendront après, le symbole d'un deuil que ni le temps ni l'oubli n'ont réussi à effacer.
—Que retenez-vous des paroles que vous avez adressées à l'armée adverse avant la bataille ?
Je me suis avancé devant leurs rangs, non pour négocier ma vie, mais pour qu'aucun d'eux ne puisse dire plus tard qu'il ignorait qui il s'apprêtait à combattre. Je leur ai dit, et je le redis : « Par Dieu, je ne vous tendrai pas la main comme le fait un homme humilié, et je ne fuirai pas comme fuient les esclaves. » Ce n'était pas de la bravade, c'était la seule vérité que je pouvais leur offrir avant que le sang ne coule. Beaucoup dans cette armée savaient qui j'étais, petit-fils du Prophète, et pourtant l'ordre de Yazid pesait plus lourd que cette mémoire commune. J'ai voulu, par ces mots, que ma mort ne soit jamais confondue avec une soumission.
Je ne vous tendrai pas la main comme le fait un homme humilié.
—Que signifie pour vous cette prière, le Du'a al-Arafa, qu'on vous attribue ?
Il y a une prière que j'ai murmurée bien avant Karbala, un jour d'Arafa, où les pèlerins se tiennent debout sous le soleil pour demander pardon. J'y disais : « Mon Dieu, je suis dans le besoin même dans ma richesse, comment ne le serais-je pas dans ma pauvreté ? » Ces mots me reviennent à Karbala avec une force nouvelle, car j'ai appris, dans le désert privé d'eau, ce que signifie être dans le besoin au sens le plus nu. Cette prière n'était pas une plainte, mais un rappel que même comblé de biens, un homme reste devant Dieu comme un mendiant. Je crois que c'est cette conscience-là, plus que toute armée, qui m'a permis de rester debout jusqu'au bout.

—Comment expliquez-vous que votre mort soit devenue le fondement d'un deuil annuel ?
Je ne cherche pas la comparaison avec d'autres martyrs, mais je sais, par la science que la lignée du Prophète m'a transmise, que ce dixième jour de Muharram ne s'éteindra pas avec moi. Ceux qui pleureront chaque année ne pleureront pas seulement un homme mort dans le sable, mais le refus qu'un fils du Prophète a opposé à l'injustice, jusqu'au dernier souffle. On viendra, je le sais, marcher jusqu'à Karbala en ziyara, année après année, pour ne pas oublier ce que coûte la dignité face à un pouvoir sans droit. Ce deuil n'est pas pour moi seul : il rappellera à chacun qu'un serment donné à la vérité vaut plus qu'une vie épargnée dans le mensonge.
—Que pensez-vous des révoltes qui ont suivi votre mort, comme celle des Tawwabin ou d'al-Mukhtar ?
Je vois déjà, dans le fil que Dieu déroule, ces hommes de Kufa qui se relèveront un jour, appelés les Tawwabin, les Pénitents, rongés par le remords de m'avoir promis leur aide puis de m'avoir laissé seul dans le désert. Après eux, un certain al-Mukhtar prendra les armes en se disant mon vengeur. Je n'ai pas cherché la vengeance en marchant vers Karbala, seulement la fidélité à ce qui est juste ; mais je comprends que le remords, chez des hommes sincères, cherche toujours une réparation. Ce que je souhaite surtout, c'est que la mémoire de ma sœur Zaynab, debout devant la cour de Yazid à Damas, reste aussi vive que celle de mon sacrifice : c'est elle qui a porté la parole quand ma voix s'est tue.
—Si vous pouviez adresser un mot à ceux qui, chaque année, revivent Karbala pendant l'Achoura, que leur diriez-vous ?
Je leur dirais de ne pas s'arrêter aux larmes, même si les larmes ont leur juste place devant l'outre vide et l'étendard tombé. Ce que j'ai voulu léguer, en refusant la main tendue à Yazid, c'est qu'un homme, même seul, même assoiffé, même entouré de quelques dizaines de compagnons face à une armée immense, garde le droit de dire non à l'injustice. Que l'on récite le Coran sur mon tombeau ou que l'on porte le deuil dans les rues de villes que je n'ai jamais vues, je souhaite qu'on y trouve moins un objet de tristesse figée qu'un appel à rester debout devant ce qui n'est pas juste, comme je l'ai fait dans la plaine de Karbala.
Garde le droit de dire non à l'injustice.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hussein ibn Ali. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


