Interview imaginaire avec Jeanne d'Arc
par Charactorium · Jeanne d'Arc (1412 — 1431) · Militaire · 6 min de lecture
Printemps 1429. Sous une tente dressée non loin de la Loire, à la lueur d'une chandelle qui tremble, une jeune femme de dix-sept ans ôte ses gantelets de fer. Entre deux conseils de guerre, à voix basse, elle accepte de répondre — la Pucelle dont toute la France commence à murmurer le nom.
—Vous souvenez-vous du jour où vous vous êtes présentée devant Robert de Baudricourt pour réclamer une escorte ?
On m'a riée, d'abord. J'avais dix-sept ans et je sortais de Domrémy, une fille de laboureur qui osait demander des hommes d'armes pour gagner le dauphin. Le capitaine Robert de Baudricourt m'a renvoyée à mon père comme on chasse une sotte. Mais mes voix ne me laissaient nul repos, et je suis revenue, et revenue encore, jusqu'à ce que toute la ville de Vaucouleurs parle de cette pucelle entêtée qui ne pliait ni sous les moqueries ni sous le froid de l'hiver lorrain. Quand il a vu que rien ne me ferait reculer, il m'a donné des chausses d'homme et six compagnons. Je crois qu'il a cédé moins par foi que par lassitude. Peu importait la raison : la route de Chinon s'ouvrait, et avec elle tout le reste.
—Comment s'est passée votre première rencontre avec le dauphin, au château de Chinon ?
Ils avaient cru me tromper. À Chinon, dans la grande salle pleine de torches, le dauphin Charles s'était fondu parmi ses courtisans, vêtu sans éclat, laissant un autre tenir sa place. Je suis allée droit à lui — et Dieu sait que je ne l'avais jamais vu de mes yeux auparavant. Puis je lui ai dit, à l'écart, une chose que lui seul pouvait connaître, un signe que je garde encore par-devers moi. Son visage a changé. Cet homme rongé de doutes sur sa naissance, sur son droit au trône, a soudain regardé une bergère comme on regarde une espérance. Ne me demandez pas ce signe : il appartient à lui et à Dieu. Mais c'est là, je crois, que ma mission a vraiment commencé.
—Que pouvez-vous nous dire de ces voix qui, dit-on, vous ont guidée dès l'enfance ?
Elles me sont venues à Domrémy, j'avais treize ans, dans le jardin de mon père, sur l'heure de midi. D'abord une grande clarté, puis une parole — celle de saint Michel, qui commande les armées du ciel. Plus tard sont venues sainte Catherine et sainte Marguerite, douces et fermes à la fois. On me demande sans cesse à quoi elles ressemblent, si je les touche, si je les sens. Que répondre à des clercs qui veulent peser le ciel comme on pèse le grain au marché ? Elles me disaient de tenir bon, d'aller en France, de ne rien craindre. Je leur dois tout ce que j'ai osé. Quand je doutais sur la route, c'est leur parole que j'écoutais, non celle des capitaines.
—Et cette épée que vous avez fait exhumer derrière un autel, d'où vous venait-elle ?
Mes voix me l'avaient dit : une épée ancienne dormait dans la terre, derrière l'autel de l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois. Je l'ai fait demander aux gens d'Église de ce lieu, sans y avoir jamais mis les pieds. On a gratté, et on l'a trouvée, marquée de cinq croix, rouillée mais entière ; la rouille tomba presque d'elle-même dès qu'on la frotta. Pourtant, comprenez-moi bien : cette lame, je ne l'ai jamais aimée pour frapper. Je portais en tête des troupes mon étendard blanc semé de fleurs de lys, et je le tenais quarante fois plus cher que mon épée. Ce que je voulais, c'était mener les hommes vers Dieu, non les conduire à la boucherie.
Une lame tue ; une bannière rassemble.
—Racontez-nous ces neuf jours qui ont délivré Orléans.
Quand je suis entrée dans Orléans, à la fin d'avril, la ville mourait de faim et de peur depuis l'automne. En neuf jours, pas davantage, nous avons renversé ce que les capitaines n'avaient su faire en de longs mois. Le 8 mai 1429, le siège était levé. Mais ne croyez pas que tout fut clair et glorieux : il y eut le sang, les bastilles anglaises à prendre une à une, les hommes qui hésitaient à donner l'assaut. J'allais devant, l'étendard au poing, criant aux Anglais de se rendre en la main de Dieu. Certains me croyaient envoyée du ciel, d'autres me tenaient pour sorcière. Peu m'importait : la Loire redevenait française, et le dauphin pouvait enfin lever les yeux vers Reims.

—On raconte que vous avez été blessée pendant l'assaut. Comment avez-vous tenu ?
Une flèche m'a percé l'épaule, là où l'armure ne couvre plus, entre le cou et le haut du bras. J'ai pleuré, je l'avoue, car la douleur était vive et le sang coulait sur ma cuirasse blanche. On a voulu me charmer la plaie avec des paroles et des sorts ; j'ai refusé, cela m'eût été péché. J'ai retiré le trait de ma propre main, on a posé un peu de lard et d'huile d'olive, et je suis retournée au combat avant que le jour ne tombe. Les soldats m'ont vue debout, l'étendard relevé, et cela leur a rendu plus de courage que dix harangues. La chair souffre, mais elle obéit quand l'âme commande.
La chair souffre, mais elle obéit quand l'âme commande.
—À quoi ressemblaient vos journées, au milieu d'une armée d'hommes ?
Je me levais avant le jour pour entendre la messe — jamais je n'y manquais, et mon confesseur Jean Pasquerel vous dirait que je me confessais presque chaque matin. Sous mon armure blanche forgée à ma mesure, je portais des habits d'homme, braies et pourpoint, par commodité plus que par défi, et mes cheveux étaient coupés court, en rond, comme ceux des gens de guerre. Je mangeais peu : du pain trempé dans du vin bien coupé d'eau, rien des festins où les capitaines s'oubliaient. Le soir, je chassais du camp les femmes de mauvaise vie qui suivent les soldats. Et souvent, devant les blessés et les morts, je pleurais. On me voulait dure comme l'acier ; j'étais une fille qui avait froid et qui priait.

—Vous est-il arrivé de douter, le soir, loin du fracas des combats ?
Le soir, je tenais conseil avec les chefs de guerre, et bien souvent nous n'étions pas d'accord — ils voulaient temporiser, moi j'entendais mes voix me presser d'agir. Je dormais peu. Quand tout se taisait sous la tente, je m'agenouillais et priais longuement, car c'est dans le silence que la peur revient frapper. Doutais-je ? De ma mission, jamais ; mais de mes propres forces, oui. Je voyais mourir des hommes jeunes, anglais comme français, et cela me brisait le cœur ; Pasquerel m'a vue pleurer plus d'une fois. Au matin pourtant, la messe entendue, je retrouvais mon aplomb : ce n'était pas mon œuvre que je menais, c'était celle de Dieu, et l'on ne doute pas de Dieu.
—Vos juges de Rouen vous tendaient des pièges savants. Comment teniez-vous tête à ces théologiens ?
Ils étaient des dizaines, à Rouen, des docteurs gras de latin, et moi je ne sais ni lire ni écrire mon nom. Ils voulaient me prendre au filet de leurs questions. Un jour, l'un d'eux me demanda si j'étais en état de grâce — piège terrible, car dire oui était présomption, et dire non, m'accuser moi-même. J'ai répondu : « Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; si j'y suis, Dieu m'y garde. » Ils en restèrent muets. Je n'avais pour moi ni l'école ni les livres, seulement mes voix et un bon sens de paysanne. Quand on craint Dieu plus que les hommes, on finit toujours par trouver les mots. C'est l'évêque Pierre Cauchon qui menait tout cela, sous la main des Anglais.
Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; si j'y suis, Dieu m'y garde.
—Pourquoi ce procès s'est-il acharné jusque sur vos habits d'homme ?
Cela peut vous sembler dérisoire, et pourtant ce fut l'un des grands chefs d'accusation : j'avais porté des habits d'homme. Pour eux, une femme en braies et en armure offensait l'ordre voulu par Dieu. J'expliquais que c'était nécessaire à la guerre, et plus encore en prison, gardée par des soldats anglais qui ne me laissaient nul repos. On m'a fait signer une abjuration, le 24 mai, en me promettant les prisons de l'Église plutôt que mes chaînes ; je ne savais trop ce que je signais. Puis j'ai repris mes habits, et l'on m'a déclarée relapse — retombée dans l'erreur, donc vouée au feu sans recours. Ainsi un vêtement m'a menée au bûcher du Vieux-Marché. Mais mes voix, elles, ne m'ont jamais reproché ces habits-là.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jeanne d'Arc. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

