Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Job

par Charactorium · Job · Mythologie · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sur le tas de cendres, à l'écart des murs de la cité, que Bildad le Suhite vient s'asseoir près de Job, son ami d'autrefois. Le vent du désert d'Uz soulève la poussière grise, et l'on entend gratter le tesson contre la peau couverte de plaies. Ils se connaissent depuis les années fastes, quand Job recevait les notables sous sa demeure de pierre et rendait la justice aux suppliants. Bildad est venu de loin, déchiré comme un homme en deuil, partagé entre la consolation et le besoin de comprendre pourquoi le Tout-Puissant s'acharne ainsi.

Job, mon ami, je t'ai connu comblé. Te souviens-tu du jour où les messagers se sont succédé, chacun apportant pire que le précédent ?

Comment l'oublierais-je, Bildad ? Toi qui t'asseyais à ma table, tu sais ce que j'étais. En un seul jour, un messager n'avait pas fini de parler qu'un autre entrait. Le feu sur les brebis, les pillards sur les chameaux, et le vent du désert qui a renversé la maison où festoyaient mes dix enfants. Tout ce que j'avais bâti, mes troupeaux, ma descendance, effondré comme un mur de glaise sous l'averse. J'ai déchiré mon manteau, j'ai rasé ma tête, et je me suis prosterné contre la terre. Mais je n'ai pas maudit. Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu je retournerai. L'Éternel a donné, l'Éternel a ôté ; que le nom de l'Éternel soit béni.

L'Éternel a donné, l'Éternel a ôté ; que le nom de l'Éternel soit béni.

Te voilà maintenant sur la cendre, le tesson à la main. Comment supportes-tu, Job, ce mal qui te ronge des pieds à la tête ?

Regarde-moi, Bildad, toi qui m'as vu droit et fort. Un ulcère m'a saisi de la plante du pied jusqu'au sommet du crâne. Je n'ai plus que ce tesson de poterie pour racler mes plaies, et la cendre pour me coucher. Ma chair se couvre de vermine et de croûtes, ma peau se fend et suppure. Mes nuits sont des veilles sans fin, et le jour je n'attends que le soir. Mon souffle dégoûte ma propre épouse. Tu vois jusqu'où l'homme peut tomber : hier honoré sous mon toit, aujourd'hui assis dehors avec les chiens, à me gratter parmi les ordures. Et pourtant je respire encore, et c'est peut-être là le plus lourd.

Hier honoré sous mon toit, aujourd'hui assis dehors avec les chiens.

Écoute-moi pourtant, Job : Dieu pervertit-il la justice ? Si tes fils ont péché, il les a livrés à leur faute. Ne dois-tu pas chercher en toi quelque tort caché ?

Tu parles comme Éliphaz et Zophar, mon vieil ami, et vous me transpercez tous trois avec vos discours. Vous tenez la vieille règle : le juste prospère, le méchant tombe, donc si je tombe, j'ai péché. Mais je sonde ma vie et je ne trouve pas la faute que vous m'attribuez. Je n'ai pas détourné le pauvre, je n'ai pas trompé la veuve, j'ai offert le sacrifice même pour les fautes secrètes de mes enfants. Vous voulez que je me repente d'un crime que je n'ai pas commis, pour sauver votre idée d'un monde bien réglé. Je ne mentirai pas contre moi-même pour vous donner raison. Jusqu'à mon dernier souffle, je maintiendrai mon intégrité.

Je ne mentirai pas contre moi-même pour vous donner raison.

Mais ne crains-tu pas, Job, en clamant ainsi ton innocence, d'accuser le Tout-Puissant lui-même d'avoir faussé l'équité ?

C'est bien là mon tourment, Bildad. Je ne dis pas que je suis sans limite devant Lui ; qui le serait ? Mais entre l'homme et Dieu, où est l'arbitre qui poserait la main sur nous deux ? Je voudrais plaider ma cause, exposer devant Lui ce que j'ai sur le cœur. Vous, vous rapiécez vos sentences avec de la boue ; vous défendez Dieu par des mensonges parce que sa cause vous effraie. Moi, je veux la vérité, fût-elle terrible. Si je dois souffrir, que ce soit au moins sans qu'on me charge d'une faute inventée. Mon cri n'est pas une révolte contre le Ciel, c'est une soif de comprendre.

Vous défendez Dieu par des mensonges parce que sa cause vous effraie.
Portrait de M. Bardou-Job 1886
Portrait de M. Bardou-Job 1886Wikimedia Commons, Public domain — Jacques Blanquer

Quand nous festoyions jadis chez toi, Job, songeais-tu qu'une décision te dépassait, prise ailleurs que sous tes yeux, sur ton sort même ?

Jamais, Bildad. J'inspectais mes troupeaux à l'aube, je rendais la justice à mes portes, je croyais ma piété comme un rempart sûr. Comment aurais-je su qu'un Adversaire, l'accusateur, prétendait que je ne craignais l'Éternel que pour mes brebis et mes greniers ? Que ma droiture n'était qu'un marché : la prospérité contre la prière. On a parié sur mon cœur sans me consulter, comme on parie sur la résistance d'un vase qu'on jette à terre. Voilà ce qui me dépasse : non pas seulement ma douleur, mais l'idée qu'elle prouve quelque chose, qu'elle réponde à une question posée dans un lieu que je n'atteindrai jamais. L'homme souffre sans connaître la cause de sa souffrance.

On a parié sur mon cœur sans me consulter.

Si donc nul péché ne t'a valu cela, Job, à quoi sert ta douleur ? Peux-tu seulement en nommer le dessein ?

Je ne le peux pas, et c'est là toute l'épreuve. Vous cherchez à mettre un nom sur mon mal pour vous rassurer : punition, leçon, avertissement. Mais si ma souffrance n'est ni l'un ni l'autre, si elle est une mise à l'épreuve dont je ne saurai jamais la raison, alors il me faut tenir sans réponse. C'est plus dur qu'une punition méritée, car au moins le coupable comprend son châtiment. Moi, je dois rester fidèle dans le noir. Peut-être que la valeur de ma confiance se mesure justement à ce qu'elle n'attend rien en retour. Si je n'aime l'Éternel que pour ses dons, l'Adversaire a raison. Je veux lui donner tort.

Peut-être que la valeur de ma confiance se mesure à ce qu'elle n'attend rien.

On dit, Job, qu'une voix s'est levée pour toi du milieu de la tempête. Toi qui réclamais à plaider, qu'as-tu entendu ?

Une voix, oui, Bildad, sortie du tourbillon, et elle ne m'a pas répondu comme je l'attendais. Moi qui voulais exposer ma cause, c'est Lui qui m'a interrogé : Qui est celui-ci qui obscurcit mes desseins par des paroles sans intelligence ? Ceins tes reins comme un homme ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras. Il m'a parlé des fondements de la terre, des portes de la mer, de l'aube qu'on commande, des bêtes que nul homme ne dompte. Pas une explication sur ma douleur, pas un mot sur ma faute ou mon innocence. Seulement l'immensité de ce que je ne saisirai jamais. Et dans cette grandeur, ma question s'est tue d'elle-même.

Pas une explication sur ma douleur : seulement l'immensité de ce que je ne saisirai jamais.

Toi qui tenais bon contre nous trois, Job, comment t'es-tu trouvé devant cette réponse qui n'en était pas une ?

J'ai mis la main sur ma bouche, Bildad. Devant vous, je défendais mon innocence pied à pied, car vous étiez des hommes comme moi. Mais devant Lui, j'ai compris que j'avais parlé de choses trop hautes pour moi, de merveilles que je ne connaissais pas. Je le connaissais par ouï-dire ; maintenant mon œil l'a vu. Ce n'est pas qu'Il m'ait donné tort sur ma faute, ni raison sur ma plainte. Il m'a montré que la mesure des choses n'est pas dans ma main. Alors je me suis tu, non par défaite, mais par cette humilité que l'homme apprend quand il touche enfin le bord de ce qui le dépasse. Et, étrangement, j'ai retrouvé la paix.

Je le connaissais par ouï-dire ; maintenant mon œil l'a vu.

Avant que je reparte, Job, dis-moi : sur cette cendre, dans cette ruine, reste-t-il quelque chose que tu n'as pas perdu ?

Il me reste ce que le feu, les pillards et la maladie n'ont pu m'arracher, Bildad : ma droiture, et le fil ténu qui me relie encore à l'Éternel. On m'a ôté mes enfants, mes troupeaux, ma chair même, jusqu'à ce manteau que j'ai déchiré. Mais tant que je n'aurai pas maudit, je garde ce qui fait de moi un homme et non une bête qui hurle. Tu es venu t'asseoir sept jours en silence près de moi avant de parler ; cela aussi, je ne l'oublierai pas. Va, mon ami, et retiens ceci : l'homme nu sur la cendre peut encore tenir debout par le dedans. C'est peut-être la seule richesse qu'on ne lègue ni ne vole.

L'homme nu sur la cendre peut encore tenir debout par le dedans.
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Pour aller plus loin

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Job. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.