Abaddon
Abaddon
Figure biblique de l'Apocalypse de Jean, Abaddon est l'ange-roi du puits de l'Abîme, dont le nom hébreu signifie 'destruction'. Il commande les sauterelles dévastatrices lors du cinquième sceau et incarne la frontière ambiguë entre ange exterminateur et puissance démoniaque.
Faits marquants
- Mentionné dans l'Apocalypse de Jean (Ap 9,11) comme roi des sauterelles dévastatrices
- Son nom hébreu 'Abaddon' (אֲבַדּוֹן) signifie 'destruction' ou 'perdition'
- Appelé en grec 'Apollyon', signifiant 'le Destructeur'
- Apparaît également dans les livres de Job et des Proverbes comme lieu de perdition
- Réinterprété tout au long du Moyen Âge comme prince des enfers dans la démonologie chrétienne
Œuvres & réalisations
Texte canonique chrétien où Abaddon est nommé et personnifié pour la première fois comme ange-roi de l'Abîme. C'est la source principale et quasi unique pour la figure d'Abaddon telle que la tradition chrétienne l'a retenue.
Texte de sagesse hébraïque qui mentionne Abaddon comme lieu cosmique de destruction et de mort, ancêtre direct de la personnification apocalyptique. Abaddon y est un toponyme de l'au-delà, synonyme du Sheol.
Ensemble de textes esséniens retrouvés en 1947 dans des grottes près de la mer Morte, qui emploient le terme Abaddon dans un contexte liturgique et eschatologique, attestant sa présence dans la théologie juive intertestamentaire.
Texte apocryphe juif décrivant le monde des anges, des démons et des châtiments cosmiques. Bien qu'il ne nomme pas Abaddon directement, il appartient au même courant de pensée qui prépare sa figure et influence l'Apocalypse de Jean.
Premier commentaire latin connu de l'Apocalypse, rédigé par un évêque de Pannonie (actuelle Slovénie). Il propose une interprétation de la figure d'Abaddon/Apollyon qui influencera toute l'exégèse médiévale occidentale.
Anecdotes
Le nom 'Abaddon' apparaît sept fois dans la Bible hébraïque, notamment dans le livre de Job, où il désigne non pas un être, mais un lieu : le séjour des morts, une région souterraine de destruction. Ce n'est que dans l'Apocalypse de Jean qu'Abaddon devient une figure personnifiée, un ange doté d'un nom et d'une fonction précise.
Dans l'Apocalypse (chapitre 9), lorsque le cinquième ange sonne de la trompette, un puits sans fond s'ouvre et en sort une fumée obscurcissant le soleil. De cette fumée émergent des sauterelles semblables à des chevaux de guerre, couronnées d'or, au visage humain et aux dents de lion. Leur roi est Abaddon — une image d'une puissance symbolique extraordinaire pour les lecteurs du Ier siècle.
Abaddon possède un double nom : 'Abaddon' en hébreu, 'Apollyon' en grec, les deux signifiant 'destructeur'. Ce bilinguisme délibéré dans le texte de l'Apocalypse révèle que Jean s'adressait à des communautés juives et grecques à la fois, cherchant à toucher le plus large public possible dans les persécutions de la fin du Ier siècle.
Certains exégètes anciens ont rapproché Apollyon (le nom grec d'Abaddon) du dieu grec Apollon, dont l'un des attributs était précisément la sauterelle et la fléau épidémique. Cette ressemblance phonétique était peut-être intentionnelle : une façon subtile de critiquer le culte impérial romain qui assimilait l'empereur Néron ou Domitien à Apollon.
Dans les textes de la mer Morte (manuscrits de Qumrân, IIe-Ier siècle av. J.-C.), le mot 'Abaddon' apparaît comme synonyme de 'Sheol', le royaume des morts. Ces textes montrent que la figure existait dans l'imaginaire juif bien avant l'Apocalypse de Jean, témoignant d'une longue tradition de représentation de la destruction ultime.
Sources primaires
Le cinquième ange sonna de la trompette [...] Elles avaient sur elles un roi, l'ange de l'abîme, dont le nom en hébreu est Abaddon, et dont le nom en grec est Apollyon.
Le séjour des morts est nu devant lui, et l'abîme (Abaddon) n'a point de voile.
Le séjour des morts et l'abîme (Abaddon) sont à découvert devant l'Éternel ; combien plus les cœurs des fils de l'homme !
Les cordes de la mort m'ont enveloppé et le Sheol est sur mon lit ; je gémis sur ma couche jusqu'au matin [...] comme ceux qui descendent dans Abaddon.
Ta bonté est-elle annoncée dans le sépulcre, ta fidélité dans l'abîme (Abaddon) ?
Lieux clés
Île de l'Égée où Jean de Patmos reçut ses visions et rédigea l'Apocalypse, le texte fondateur qui personnifie Abaddon. L'exil de Jean sur cette île rocailleuse, sous Domitien, donna naissance au texte le plus visionnaire du Nouveau Testament.
Ville sainte dont la destruction par Rome en 70 apr. J.-C. hante toute la littérature apocalyptique du Ier siècle. Les images de destruction associées à Abaddon font écho au traumatisme de la chute du Temple, centre religieux du judaïsme.
Site où la communauté essénienne produisit les manuscrits de la mer Morte (IIe-Ier siècles av. J.-C.), dans lesquels Abaddon est mentionné comme lieu de destruction cosmique, témoignant d'une tradition antérieure à l'Apocalypse.
Grande métropole d'Asie Mineure et premier des sept destinataires de l'Apocalypse. Ville cosmopolite où se côtoyaient cultes impériaux, mystères grecs et communautés chrétiennes naissantes, Éphèse illustre le contexte de syncrétisme religieux dans lequel s'inscrit Abaddon.
Capitale de l'Empire romain, implicitement désignée comme 'Babylone la Grande' dans l'Apocalypse. Les persécutions impériales menées depuis Rome sont le contexte politique direct de la rédaction du texte où apparaît Abaddon/Apollyon.
Galerie

Russian: «Абадонна и ангелы»label QS:Lru,"Абадонна и ангелы"
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Queen Mary Apocalypse - BL Royal MS 19 B XV f. 15v Locusts
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Annual exhibition of contemporary American sculpture, paintings, watercolors, drawings, 1956
Wikimedia Commons, Public domain — Whitney Museum of American Art
Russian: «Абадонна и ангелы»label QS:Lru,"Абадонна и ангелы"
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