Interview imaginaire avec Khutulun
par Charactorium · Khutulun (1260 — 1306) · Militaire · Politique · 5 min de lecture

Le vent de la steppe de Talas fait claquer le feutre de la grande ger de Kaidu, où l'on m'a fait asseoir près du feu central, une coupe de koumiss à la main. Khutulun entre, encore vêtue de son deel de combat, une ceinture de cuir usée nouée à la taille, et s'assoit sans façon face à moi, comme on s'assoit face à un adversaire qu'on jauge avant l'épreuve.
—Comment est née cette règle qui veut qu'un homme vous batte à la lutte avant de songer à vous épouser ?
Elle n'est née d'aucun conseil, d'aucun kurultai. Je l'ai posée moi-même, un jour où l'on me pressait de choisir un époux comme on choisit un poulain au marché. J'ai dit : qu'il me batte au bökh, et il aura ma main. S'il perd, qu'il me laisse cent chevaux. On a ri, puis on a cessé de rire quand les prétendants sont repartis à pied dans la poussière, leurs bêtes emmenées vers mes pâtures. Je ne compte plus les troupeaux aujourd'hui — on dit dix mille chevaux, peut-être davantage. Ce n'est pas l'orgueil qui me guide dans cette règle, c'est la justice de la ceinture : sur le sol de lutte, ni le rang ni la fortune ne mentent, seule la force du corps et du souffle décide.
Sur le sol de lutte, ni le rang ni la fortune ne mentent.
—Vous êtes-vous jamais sentie proche de la défaite face à l'un de ces prétendants ?
Proche, jamais. Inquiète, parfois, au tout début, quand un fils de noyan venu d'Almalik se présenta avec des bras larges comme des poutres de ger. Mais la lutte ne se gagne pas aux bras seuls. On m'a enseigné, enfant, à lire l'appui du pied avant même la prise, à sentir le moment où l'adversaire pose son poids d'un côté plutôt que de l'autre. Ma bükh büs a serré bien des hommes qui croyaient la victoire acquise dès le premier assaut. Celui d'Almalik reparti sans un mot, laissant cent chevaux de plus dans mes pâtures. Je ne me suis jamais relevée vaincue devant mon père, et je crois qu'aucune femme de mon sang n'aurait accepté moins.
—On raconte qu'un voyageur venu de très loin, un certain Marco Polo, vous a vue combattre. Que vous inspire ce regard étranger ?
Je sais qu'un homme de la cour de mon grand-oncle Kubilai, venu d'un pays de mer que je ne saurais situer, a couché mon nom sur ses feuillets. On m'a rapporté qu'il décrivait mes charges dans les rangs ennemis comme si j'emportais un homme sous chaque bras, ainsi qu'on emporte un agneau égaré du troupeau. Je ne sais s'il exagère par admiration ou par étonnement de voir une femme de mon rang chevaucher au combat plutôt que de tisser dans une ger. Peu m'importe : que son encre voyage jusqu'à sa lointaine Venise ne change rien à ce que je fais sur le champ de bataille de la steppe de Dzungarie. Mais il m'amuse qu'un étranger ait vu plus juste que bien des miens.
—Que pensez-vous du fait qu'un chroniqueur étranger vous décrive avec plus d'admiration que certains des vôtres ?
Chez les miens, une femme à cheval n'étonne personne — nous montons dès l'enfance, nous tirons à l'arc composite avant de savoir tresser nos cheveux. Ce qui étonne cet étranger, c'est peut-être que je commande, que je charge en tête plutôt qu'en retrait. Je n'y vois pas un honneur particulier venu de sa plume, seulement le signe qu'au-delà de nos steppes, on juge encore la femme par ce qu'elle devrait être plutôt que par ce qu'elle fait. Mon père ne m'a jamais posé cette question. Il m'a mise à cheval, m'a laissée choisir mon arc, et a jugé mes actes, non mon sexe.
—Racontez-nous votre rôle lors des campagnes de votre père contre Kubilai Khan.
Je chevauchais à la tête d'un corps de cavalerie, non en arrière du camp comme on le voudrait pour une fille de khan. Dans la steppe de Dzungarie, quand les tümens s'ébranlaient contre les forces Yuan, j'étais aux côtés de mon père, non derrière lui. Les scribes perses qui suivent nos campagnes ont vu ce qu'ils ont vu : je menais des hommes, je ramenais des prisonniers arrachés au cœur des rangs ennemis. En l'an de la grande bataille, celle où mon père fut blessé à mort, je combattais encore à ses côtés, revêtue de mon armure lamellaire, quand tant d'autres auraient reculé. Ce n'est pas bravade, c'est devoir : la fille d'un khan protège son sang avant de protéger son rang.
La fille d'un khan protège son sang avant de protéger son rang.
—Comment se préparait une journée avant d'affronter l'armée de Kubilai ?
À l'aube, je soignais mes chevaux avant toute autre chose — un guerrier sans monture n'est qu'un homme perdu dans l'herbe. Puis venait l'entraînement, l'arc et l'équitation, comme chaque jour de ma vie depuis l'enfance. Avant la bataille, on revêtait l'armure de lamelles, on ajustait le casque pointu, et l'on rejoignait les rangs sous les ordres des noyans. Le soir, si la campagne le permettait, on se retrouvait sous la ger de mon père autour du feu, à boire le koumiss et à parler stratégie plutôt qu'à conter des histoires. Je n'ai jamais connu d'autre vie que celle-là, et je n'en aurais pas voulu d'autre.
—Pourquoi avez-vous refusé le titre de khân qu'on vous offrait après la mort de votre père ?
Le kurultai s'est réuni dans le désordre, chacun regardant son voisin pour savoir qui oserait réclamer le siège de mon père. On m'a proposé ce siège, à moi qui avais chevauché à sa droite plus souvent que ses fils. Je l'ai refusé, non par crainte, mais parce que je sais où va l'ordre des choses : le titre revient au sang mâle, et le contester eût déchiré ce que mon père avait bâti dans la douleur des campagnes. J'ai porté mon appui vers mon frère Orus, comme khatun je pouvais peser sur les affaires sans en porter le poids visible. Le pouvoir que je tiens ne se voit pas dans un titre, il se voit dans les conseils qu'on écoute.
Le pouvoir que je tiens ne se voit pas dans un titre.
—Quel a été votre rôle exact dans ces années de succession incertaine ?
J'ai parlé pour Orus dans chaque conseil où sa légitimité était mise en doute, rappelant à qui voulait l'entendre les campagnes qu'il avait menées aux côtés de notre père. D'autres prétendants, plus impatients, cherchaient à profiter du trouble pour s'emparer du khanat sans attendre l'assentiment des noyans. Je n'ai pas levé l'épée dans cette querelle-là, j'ai levé la voix, ce qui parfois pèse davantage. Cette période fut plus âpre que bien des batailles que j'ai menées dans la steppe : contre un ennemi qui porte l'armure, on sait où frapper ; contre l'ambition d'un cousin, il faut choisir ses mots comme on choisit ses flèches.
—On dit que votre père vous consultait sur les affaires de guerre et de diplomatie. Est-ce vrai ?
C'est vrai, et je ne m'en cache pas. Avant chaque grande décision, avant d'envoyer un tümen contre telle vallée ou de négocier avec tel envoyé, mon père me faisait asseoir près de lui et demandait mon avis, comme il l'aurait demandé à ses meilleurs noyans. Ce n'était pas faveur de père à fille, c'était jugement de chef à guerrière qui avait fait ses preuves sur le champ comme au conseil. Les scribes qui consignent ces choses en gardent trace, et je ne m'en étonne pas : dans les steppes, une khatun qui a versé son sang pour son khanat gagne le droit d'être entendue autrement que par les femmes des cours immobiles.
—Si l'on ne devait retenir qu'une seule chose de votre vie, que souhaiteriez-vous que ce soit ?
Non les chevaux, non les prétendants vaincus, quoiqu'on s'en souvienne toujours en premier. Je voudrais qu'on retienne que j'ai servi mon père jusqu'à son dernier souffle sur le champ de bataille, et que j'ai su, après sa mort, protéger ce qu'il avait bâti sans en réclamer la couronne pour moi-même. Le soir, quand nous partagions le koumiss sous sa ger et qu'il me demandait conseil comme à l'un de ses officiers, je savais que ma place n'était écrite dans aucune coutume ancienne — je l'avais gagnée moi-même, ceinture après ceinture, campagne après campagne. C'est cela, je crois, qui mérite de traverser les générations, plus que le compte de mes chevaux.
J'avais gagné ma place moi-même, ceinture après ceinture, campagne après campagne.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Khutulun. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

