Les enfants interrogent Kösem Sultan
par Charactorium · Kösem Sultan (1589 — 1651) · Politique · Société · 5 min de lecture

Deux jeunes visiteurs de douze ans franchissent les portes du palais de Topkapi lors d'une classe découverte. Dans une salle couverte de faïences bleues, une vieille dame en caftan de soie les attend. C'est Kösem Sultan, et elle a mille histoires à leur raconter.
—C'était comment, votre enfance, avant d'arriver ici au palais ?
Ah, mon enfant, je ne m'appelais pas Kösem au début. Je m'appelais Anastasia. Je suis née vers 1589, sans doute sur une petite île grecque de la mer Égée, l'île de Tinos. Imagine un endroit avec des oliviers, la mer partout, et le bruit des vagues. Et puis un jour, tout a basculé : on m'a capturée, on m'a vendue comme esclave. J'étais une enfant, comme toi. On m'a emmenée loin, jusqu'à Istanbul, dans le harem du sultan. C'était effrayant, tu sais. Mais j'ai appris à regarder, à écouter, à comprendre les gens. C'est ça qui m'a sauvée.
J'ai appris à regarder, à écouter, à comprendre les gens. C'est ça qui m'a sauvée.
—Pourquoi on vous appelait Kösem ? Ça veut dire quoi ?
C'est le sultan Ahmed Ier qui m'a donné ce nom. Il m'a remarquée très vite au harem — le harem, c'est le quartier des femmes du palais. Kösem, dans notre langue, ça veut dire « guide du troupeau ». Le bélier qui marche devant et que tous les autres suivent. Joli, non ? Mais tu vas rire : lui pensait sans doute que j'étais douce comme une brebis. En vérité, ce nom disait autre chose. J'allais vraiment devenir celle qui marche devant. Je lui ai donné plusieurs enfants, dont Murad et Ibrahim, qui régneraient un jour sur l'Empire.
« Kösem », ça veut dire guide du troupeau : celle qui marche devant.
—Mais si vous étiez enfermée dans le harem, comment vous faisiez pour gouverner ?
Bonne question, ça ! Une femme ne pouvait pas entrer au Divan — c'est le grand conseil où les ministres décident de tout. Alors j'ai trouvé un autre chemin. Le matin, après la prière, des hommes de confiance venaient me faire des rapports. On les appelait les eunuques : ils pouvaient circuler entre le harem et le reste du palais. Je les écoutais, je réfléchissais, puis je donnais mes ordres au grand vizir par leur bouche. Imagine que tu diriges tout un royaume sans jamais sortir de ta chambre, juste en envoyant des messagers. C'était ça, ma manière à moi de gouverner.
Je dirigeais un empire sans jamais sortir de ma chambre, par la bouche de mes messagers.
—Vous avez été cheffe combien de fois en vrai ?
Trois fois, mon enfant ! On appelait ça être régente : gouverner à la place d'un roi trop jeune. La première fois, en 1623, pour mon fils Murad IV — il n'avait que onze ans, à peine plus que toi. Puis pour mon autre fils, Ibrahim Ier, en 1640. Et enfin, en 1648, pour mon petit-fils Mehmed IV, qui avait sept ans ! Tu imagines ? Un tout petit garçon sur le trône, et sa grand-mère qui convoque le conseil, reçoit les ambassadeurs et signe les décrets. On m'appelait alors la Valide Sultan — la sultane mère. Plus de trente ans à tenir les rênes.
Trois fois régente, plus de trente ans à tenir les rênes de l'Empire.
—Vous aviez peur des soldats ? Ils étaient dangereux ?
Oh oui, très dangereux, et j'avais raison d'être prudente. On les appelait les janissaires : des soldats d'élite, redoutables. Le problème, c'est qu'ils pouvaient renverser un sultan quand ça leur chantait. Écoute cette histoire terrible : en 1621, ils ont assassiné le jeune sultan Osman II. Et en 1648, ils ont fait tomber mon propre fils Ibrahim. Alors j'ai compris une chose. Un chef qui a peur de son armée doit s'en faire un ami. Je veillais à ce qu'ils touchent leur solde à temps, je leur offrais des cadeaux. On ne caresse pas un lion, mais on le nourrit bien pour qu'il ne te dévore pas.
On ne caresse pas un lion, mais on le nourrit bien pour qu'il ne te dévore pas.

—Vous leur donniez de l'argent pour qu'ils soient gentils ?
Pas pour être gentils, mon enfant — pour être fidèles ! Ce n'est pas pareil. Je faisais rédiger des ordres impériaux, ce qu'on appelait des firmans, avec le sceau du sultan dessus. Dans l'un d'eux, j'ai exigé que les janissaires reçoivent leur paie « sans délai », et que l'argent des provinces arrive au trésor sans qu'un seul aspre ne disparaisse en route. Tu vois, un soldat mal payé, c'est un soldat qui gronde, et un soldat qui gronde peut te trahir. En les payant bien, je m'attachais leurs chefs. C'est comme ça que j'ai tenu si longtemps face à des hommes en armes.
Un soldat mal payé, c'est un soldat qui gronde — et qui trahit.
—C'est vrai que vous donniez de l'argent aux gens pauvres ?
C'est tout à fait vrai, et j'en suis fière. Je gardais toujours près de moi des bourses remplies de pièces d'or. Dès que je croisais la misère, je donnais. Un voyageur de mon temps, Evliya Çelebi, a même écrit que je rachetais la liberté des prisonniers endettés — ceux qui étaient en prison simplement parce qu'ils ne pouvaient pas rembourser leur dette. Imagine un pauvre père de famille, enfermé pour quelques pièces qu'il n'a pas. Moi, je payais, et il rentrait chez lui. Chaque année, je distribuais des aumônes considérables aux pauvres d'Istanbul. Ce n'était pas seulement de la bonté : un peuple qu'on nourrit, c'est un peuple qui vous aime.
Un peuple qu'on nourrit, c'est un peuple qui vous aime.

—Vous avez construit des choses qu'on peut encore voir aujourd'hui ?
Oui ! Va sur la rive asiatique d'Istanbul, dans le quartier d'Üsküdar. Vers 1640, j'y ai fait bâtir la mosquée Çinili. On l'appelle « la mosquée aux faïences », parce que ses murs sont couverts de magnifiques carreaux de céramique bleus et blancs, comme un jardin de fleurs peintes. Autour, il y avait une école et un bain public. Ce genre de complexe, on appelait ça un külliye. Et j'ai créé des dizaines de fondations, des vakıfs, pour financer des mosquées, des fontaines et des cuisines qui nourrissaient les pauvres partout dans l'Empire. Une pierre qui abrite une prière ou un repas, elle te survit des siècles.
Une pierre qui abrite une prière ou un repas te survit des siècles.
—Vous parliez vraiment avec des chefs de pays étrangers ?
Oui, et c'était très rare pour une femme, à mon époque ! Je correspondais en secret avec les ambassadeurs de Venise, qu'on appelait les bailos. On négociait des échanges de prisonniers, on discutait de paix et de commerce. L'un d'eux, Alvise Contarini, a écrit sur moi en 1641 — il disait que je gouvernais les affaires du royaume avec une habileté que peu de princes savaient exercer. Tu te rends compte ? Un diplomate européen qui reconnaît qu'une femme dirige un empire ! Je ne baissais jamais les yeux devant eux. Je leur parlais comme une égale, d'État à État. Ça les surprenait toujours.
Je parlais aux diplomates comme une égale, d'État à État.
—Comment ça se finit, votre histoire ? Vous étiez triste à la fin ?
Ah, mon enfant... ma fin fut aussi sombre que ma vie fut haute. Quand mon petit-fils Mehmed IV est monté sur le trône, sa mère à lui, Turhan Hatice Sultan, voulait le pouvoir pour elle seule. Une autre femme, ma rivale. Dans la nuit du 2 septembre 1651, ses partisans sont entrés dans mes appartements du palais de Topkapi, et ils m'ont étranglée. Triste ? Non. Regarde ce que j'ai vécu : petite esclave devenue la femme la plus puissante de l'Empire, à une époque où l'on n'attendait rien des femmes. Souviens-toi de ça : ce n'est pas d'où tu pars qui compte, mais jusqu'où tu marches.
Ce n'est pas d'où tu pars qui compte, mais jusqu'où tu marches.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kösem Sultan. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


