Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Kourmangazy

par Charactorium · Kourmangazy (1823 — 1896) · Musique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

On dit qu'il faut suivre la Volga jusqu'à ce que les roseaux remplacent les collines pour trouver la yourte du vieux küishi, près de Sakhma, dans la région d'Astrakhan. Kourmangazy y a posé sa selle après une vie entière de routes et de campements. Ce soir-là, la dombra repose contre son genou, et il accepte, entre deux gorgées de koumis, de raconter.

Qu'est-ce qui vous a poussé, enfant, à quitter le foyer familial pour suivre un maître musicien ?

Je n'ai pas choisi, on ne choisit pas ce genre de chose, c'est la dombra qui m'a choisi. Dans notre aoul de la région de Bökey, il y avait un vieil homme, Uzak, dont le nom seul faisait taire les enfants. La première fois que je l'ai entendu jouer, quelque chose en moi s'est déplacé, comme une pierre qu'on retourne. Je suis parti derrière lui sans dire au revoir à personne, avec pour tout bagage mes deux mains vides. Ma mère a dû croire que je m'étais perdu dans la steppe. J'étais perdu, oui, mais dans le bon sens : j'avais trouvé ce qui allait remplir ma vie entière.

Je n'ai pas choisi la dombra, c'est elle qui m'a choisi.

Comment appreniez-vous les mélodies auprès d'Uzak ?

Il ne m'a jamais rien écrit, il n'existait pas d'écriture pour cela. Il jouait un küi une fois, parfois deux s'il était de bonne humeur, et il fallait que mes doigts sachent déjà le refaire. On m'a raconté plus tard que j'apprenais en une seule écoute, je ne sais pas si c'est vrai ou si la mémoire des gens embellit les jeunes küishi comme elle embellit les chevaux morts. Ce que je sais, c'est que chaque mélodie entrait par l'oreille et ressortait par les mains, sans jamais passer par un carnet. C'est ainsi que tout notre art se transmet, de maître à élève, comme le feu qu'on se passe de tente en tente.

D'où vous est venue l'idée de faire parler le galop des chevaux à travers deux cordes de boyau ?

J'ai passé tant d'heures à cheval, dans le vent de la steppe de Saryarka, que le rythme des sabots a fini par vivre sous ma peau avant même de vivre sous mes doigts. Un jour, en accordant mes cordes en boyau, j'ai frappé le manche d'un certain geste, et le martèlement est sorti tout seul, comme s'il attendait depuis toujours d'être libéré. Je n'ai rien inventé, j'ai seulement écouté ce que la terre faisait déjà et je l'ai laissé passer par l'instrument. C'est ainsi qu'est né Saryarka : le vent, les crinières, l'horizon qui n'en finit pas, tout cela tient sur deux cordes si on sait où poser la main.

Je n'ai rien inventé, j'ai seulement écouté ce que la terre faisait déjà.

Que représente pour vous cette steppe dorée dont vous avez fait le titre de votre plus célèbre küi ?

Elle représente tout ce que je suis, et tout ce que je risque de perdre. Quand on chevauche depuis l'aube sans rencontrer une seule colline, on comprend qu'on appartient à quelque chose de plus vaste que soi. Aujourd'hui, des villages de colons s'installent où couraient nos troupeaux, et chaque année les pâturages rétrécissent un peu. Alors quand je joue Saryarka, ce n'est pas seulement de la beauté que je dépose sur la dombra, c'est une terre entière que je veux garder vivante dans l'oreille de ceux qui m'écoutent, même le jour où elle ne sera plus tout à fait à nous.

Comment décririez-vous votre dombra à quelqu'un qui n'en a jamais vue ?

C'est un long manche de bois qui se termine par deux cordes seulement, deux, pas une de plus, faites de boyau de mouton tendu avec soin. On croirait un instrument pauvre à le voir, mais je vous assure qu'il contient plus de voix qu'un troupeau entier. Je la garde dans un étui de cuir pour la protéger du froid continental et de la poussière des longues chevauchées, car sans elle je ne suis rien qu'un homme de plus sur un cheval. Elle m'accompagne de aoul en aoul comme d'autres portent une arme, sauf que la mienne ne blesse jamais, elle console.

Vous avez connu la prison à plusieurs reprises. Pourquoi les autorités s'en sont-elles prises à vous ?

Parce qu'un küishi qui chante la mémoire du peuple gêne toujours ceux qui préfèrent qu'on l'oublie. On m'a accusé de soutenir les paysans révoltés contre l'administration, et je ne vais pas prétendre que mon cœur penchait ailleurs. J'avais grandi dans l'ombre de la révolte d'Isatay Taïmanov, j'avais entendu parler des réformes qui grignotaient peu à peu le pouvoir de nos khans depuis ma naissance même. Alors on m'a enfermé, plus d'une fois, comme si des murs pouvaient retenir une mélodie. Chaque fois, j'en suis ressorti avec une corde de plus tendue sur ma colère et sur ma dombra.

Des murs ne peuvent pas retenir une mélodie.

Le küi Kişkentay est né de quelle douleur exactement ?

De celle qu'on n'oublie pas, même quand on est enfant au moment des faits. Isatay Taïmanov et Makhambet Ötemisuly s'étaient dressés contre le pouvoir du khan et contre l'administration qui resserrait son emprise sur nos terres, et leur révolte s'est terminée dans le sang, comme presque toujours. Makhambet lui-même est mort peu après, poète-guerrier sacrifié. J'ai composé Kişkentay pour que cette douleur ne se dissolve pas dans le silence des steppes, pour qu'un jour un enfant, en entendant ce küi, demande qui étaient ces hommes et pourquoi ils se sont battus.

On raconte que vous vous êtes évadé de prison. Qu'en est-il vraiment ?

Les légendes grandissent plus vite que les faits, mais je ne les dément pas toutes. J'ai connu ces murs plus d'une fois, et j'ai toujours cherché la faille, la porte mal gardée, la nuit sans lune. J'ai fini par nommer cette expérience dans un küi, Türmeden qaşqan, l'évasion de prison, pour que même ma captivité devienne musique plutôt que honte. Un homme du peuple libre ne peut pas rester longtemps entre quatre murs sans que quelque chose en lui se mette à chercher la sortie, que ce soit avec ses jambes ou avec ses doigts sur les cordes.

Comment se déroulait une journée pour un küishi itinérant comme vous ?

Au réveil, j'accordais ma dombra avant même de saluer qui que ce soit, comme on salue d'abord le ciel avant les hommes. Puis je repartais souvent à cheval, l'instrument en bandoulière sous mon chapan, vers un aoul qui m'attendait ou que je découvrais par hasard. L'après-midi se passait en rencontres avec d'autres küishi, on échangeait des mélodies comme d'autres échangent du bétail. Le soir venu, sous la yourte ou près du feu, je jouais pour les familles rassemblées, et elles écoutaient les batailles, les chevauchées et les douleurs de notre peuple racontées sans un seul mot.

Que cherchez-vous à transmettre à vos disciples, comme la jeune Dina Nourpeïssova ?

Je leur transmets ce qu'on m'a transmis, sans papier ni encre, seulement l'oreille et la patience. J'ai composé une soixantaine de küis dans ma vie, et aucun n'existerait encore si je les gardais pour moi seul. Dina apprend vite, plus vite que je n'apprenais peut-être, et je sais qu'un jour ce sera elle qui portera ces mélodies vers des oreilles que je ne connaîtrai jamais. C'est cela, être küishi : accepter qu'on n'est qu'un maillon, une corde tendue entre celui qui nous a enseigné et celui qui nous survivra.

Être küishi, c'est accepter qu'on n'est qu'un maillon.

Si vous deviez imaginer ce que deviendra votre musique longtemps après vous, que diriez-vous ?

Je n'ai pas la prétention de savoir ce que le temps fera de mes küis, je sais seulement qu'ils ne m'appartiennent déjà plus vraiment. Chaque disciple qui les rejoue les emporte un peu plus loin de moi, et c'est très bien ainsi. Si l'on pouvait m'assurer qu'un jour, quelque part, un enfant entendra Saryarka et sentira le vent de notre steppe sans jamais l'avoir foulée, je crois que je partirais tranquille. Une mélodie bien transmise voyage plus loin et plus longtemps qu'un homme à cheval, même le plus rapide.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kourmangazy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.