Interview imaginaire avec Margherita Hack
par Charactorium · Margherita Hack (1922 — 2013) · Sciences · 6 min de lecture

Trieste, un après-midi de printemps. Dans un appartement encombré de livres et de revues où trois chats somnolent sur les rebords de fenêtre, une vieille dame à la chevelure blanche nous accueille en pantoufles, un vélo appuyé contre le mur de l'entrée. Depuis la colline, on devine au loin la coupole de l'observatoire qu'elle a dirigé si longtemps. Margherita Hack s'installe, allume une lampe, et commence à parler des étoiles comme d'anciennes connaissances.
—Comment se présente-t-on, en 1964, pour prendre la tête d'un observatoire quand on est une femme dans l'Italie de cette époque ?
On ne se présente pas, on s'impose par le travail. Quand j'ai pris la direction de l'Observatoire astronomique de Trieste, en 1964, on m'a fait sentir de mille façons qu'une femme n'avait rien à diriger — surtout pas un institut de recherche. J'ai découvert des télescopes vieillissants, des budgets étriqués, et une réputation à construire de zéro. Alors j'ai fait venir des collègues étrangers, j'ai ouvert nos portes aux collaborations internationales, j'ai bataillé pour moderniser les instruments. Je n'ai jamais brandi le fait d'être la première femme à la barre d'un grand institut italien : cela m'aurait semblé une distraction. Ce qui comptait, c'était que l'observatoire compte enfin sur la carte du monde. Vingt-trois ans plus tard, quand je l'ai quitté, on venait de Hambourg et de Californie y travailler.
On ne se présente pas, on s'impose par le travail.
—Que retenez-vous de ces vingt-trois années passées à la tête de Trieste ?
Ce dont je suis le plus fière, ce ne sont pas les murs ni les coupoles, ce sont les visages. J'ai formé à l'Université de Trieste des générations d'astrophysiciens qui, aujourd'hui, tiennent des chaires un peu partout. Diriger, ce n'est pas commander : c'est protéger le temps de ceux qui cherchent, arracher les crédits, défendre la liberté d'un jeune de se tromper. En 1987, l'année où j'ai passé la main, le ciel nous a offert la supernova SN 1987A dans le Grand Nuage de Magellan — un cadeau d'adieu, comme si l'univers saluait la fin d'un chapitre. J'ai toujours pensé qu'un institut se juge non aux prix qu'il gagne, mais aux esprits qu'il libère.
—Vous avez consacré votre vie à lire la lumière des étoiles. Comment décririez-vous ce travail à quelqu'un qui n'y connaît rien ?
Imaginez qu'une étoile vous envoie une lettre, mais écrite dans une langue inconnue. La spectroscopie stellaire, c'est l'art de la déchiffrer. On fait passer sa lumière à travers un spectrographe, elle se décompose comme un arc-en-ciel, et dans cet arc-en-ciel apparaissent des lignes sombres, les raies d'absorption. Chaque élément chimique — l'hydrogène, l'hélium, le fer — y laisse sa signature, aussi personnelle qu'une empreinte digitale. J'ai passé des années penchée sur des plaques photographiques de verre, à mesurer ces raies à la loupe, à les comparer aux catalogues. Comme je l'ai souvent écrit, « la spettroscopia ci ha permesso di decifrare la composizione chimica delle stelle a milioni di anni luce di distanza » — une révolution aussi grande que l'invention du télescope. On touche du doigt la matière d'un astre qu'on n'atteindra jamais.
Imaginez qu'une étoile vous envoie une lettre, écrite dans une langue inconnue.
—Pourquoi ces étoiles particulières que l'on nomme les étoiles Be ont-elles autant retenu votre attention ?
Parce qu'elles trichent. Une étoile Be est une étoile chaude, bleutée, qui devrait n'offrir que des raies d'absorption bien sages — et voilà qu'apparaissent des raies d'émission, ce petit « e » qui signale une rébellion. Elle s'entoure d'un disque de gaz ionisé qui tourne autour d'elle à une vitesse folle, une enveloppe circumstellaire qui la ceint comme un anneau invisible. Dans les années 1960 et 1970, j'ai été parmi les premiers à documenter ces objets de façon systématique, à en dresser les catalogues. Ces étoiles perdent leur matière, elles vivent vite et intensément. On croit observer un point fixe, et l'on découvre un monde en mouvement, un vent stellaire qui redessine sans cesse l'astre. C'est cela qui m'a tenue éveillée tant de nuits : le vivant caché dans ce qu'on croyait figé.
—Vous auriez pu rester dans vos revues savantes. Pourquoi avoir tant tenu à parler d'astronomie au grand public ?
Parce que le ciel n'appartient à personne, donc il appartient à tous. Quand j'ai publié L'universo di Margherita Hack en 1988, je n'imaginais pas que des millions d'Italiens le liraient — des ouvriers, des lycéens, des grands-mères. J'ai reçu des milliers de lettres, et j'ai tenu à répondre moi-même à chacune, le soir, entre deux chats endormis sur mon bureau. La vulgarisation n'est pas une science au rabais : c'est traduire sans trahir, allumer une étincelle. J'aime dire que « siamo polvere di stelle che si è organizzata in forme sempre più complesse » — nous sommes faits de la même matière que les astres. Quand un enfant comprend cela, il ne regarde plus jamais la nuit de la même façon. Voilà ma plus belle expérience.
Le ciel n'appartient à personne, donc il appartient à tous.

—Quand vous écrivez un livre comme Dove nascono le stelle, à qui pensez-vous en tenant votre plume ?
Je pense à celui qui n'a pas fait d'études, mais qui lève les yeux le soir et se demande d'où tout cela vient. Dans Dove nascono le stelle, publié en 2004, j'ai voulu raconter la naissance des étoiles, les trous noirs, l'origine de l'univers, sans jamais prendre le lecteur pour un ignorant ni pour un savant. Des lycées italiens l'ont adopté, et c'est pour moi la plus belle des récompenses — bien plus que l'astéroïde 8558 Hack qu'on a baptisé de mon nom, même si je plaisantais volontiers en disant que j'avais enfin un pied dans les étoiles. Écrire pour tous, c'est refuser que la connaissance soit le privilège d'une caste. La science est une conquête collective, ou elle n'est rien.
—On vous imagine l'œil rivé au télescope. Pourtant votre jeunesse fut d'abord celle d'une athlète. Racontez-nous.
Avant les étoiles, il y a eu les stades ! En 1941, j'ai remporté les championnats italiens universitaires de saut en hauteur et en longueur, à Florence. J'ai toujours pensé qu'on entraîne l'esprit comme on entraîne le corps — par la discipline, la répétition, le goût de franchir la barre un centimètre plus haut. Cette rigueur physique, je l'ai transposée à la recherche : se lever tôt, s'astreindre, ne jamais se contenter de l'à-peu-près. Plus tard, la bicyclette a pris le relais du sprint. Elle fut ma compagne quotidienne dans les rues de Trieste, au point que je lui ai consacré un livre entier, La mia vita in bicicletta. Comme j'y ai écrit, « ho pedalato tutta la vita, sia in senso letterale che figurato ». Pédaler, chercher : c'est le même mouvement obstiné vers l'avant.
On entraîne l'esprit comme on entraîne le corps — par le goût de franchir la barre un centimètre plus haut.

—Vos chats, votre végétarisme, votre engagement pour les animaux : d'où vient cet attachement si constant au monde du vivant ?
D'une conviction simple : nous ne sommes pas les seuls habitants sensibles de cette planète. J'ai été végétarienne dès ma jeunesse, par éthique, bien avant que cela ne devienne une mode dans les dîners italiens. Refuser de manger un être qui souffre me paraissait aussi évident que respirer. Mon appartement de Trieste a toujours débordé de chats recueillis, qui dormaient sur mes revues d'astronomie et sur mes brouillons. Il y a une cohérence là-dedans, voyez-vous : celui qui contemple l'immensité de l'univers, qui sait que nous sommes poussière d'étoiles au même titre que le moindre moineau, ne peut mépriser aucune forme de vie. Le télescope apprend l'humilité. On y comprend notre petitesse, et donc notre fraternité avec tout ce qui vit.
—Vous êtes née en 1922, l'année même de la marche sur Rome. Quel poids cette ombre du fascisme a-t-elle laissé sur votre vie de scientifique ?
Je suis née la même année que le fascisme, en 1922, et j'ai grandi dans son étau. J'avais seize ans quand furent promulguées les lois raciales, en 1938 — j'ai vu des professeurs chassés de l'université, des esprits brillants réduits au silence parce qu'ils étaient juifs. On n'oublie pas cela. J'ai obtenu ma licence de physique à Florence en 1945, tout juste après la Libération, et j'ai compris très tôt qu'une science soumise à une idéologie n'est plus une science. Cette conviction ne m'a jamais quittée. La recherche a besoin d'air libre comme les poumons ont besoin d'oxygène. Étouffez la liberté de penser, et vous étouffez la vérité elle-même. Mon enfance sous la dictature fut ma première leçon d'astronomie : elle m'a appris à ne jamais confondre le dogme et le réel.
—Dans votre essai Libera scienza in libero stato, vous vous êtes battue pour une recherche affranchie des dogmes. Que défendiez-vous exactement ?
Je défendais une idée que je crois vitale : la science ne peut avancer que dans la pleine liberté de la pensée. Dans Libera scienza in libero stato, paru en 2010, j'ai écrit noir sur blanc que « ogni ingerenza ideologica o religiosa nel lavoro scientifico è una minaccia alla verità ». Que l'on veuille imposer au chercheur ce qu'il doit trouver, au nom d'une religion, d'un parti ou d'une morale, et l'on tue la recherche dans l'œuf. J'ai toujours été athée, franchement, sereinement, et j'ai toujours pensé que le rôle du savant n'est pas de plaire aux puissants mais de dire ce qui est. Un État libre doit garantir une science libre — les deux tiennent debout ensemble, ou tombent ensemble. C'est le combat de toute ma vie, aussi tenace que ma passion des étoiles.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Margherita Hack. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


