Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Marie d'Oignies

par Charactorium · Marie d'Oignies (1177 — 1213) · Spiritualité · Société · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Marie d'Oignies
Wikimedia Commons, Public domain — Lafond, Paul, 1847-1918

Sur les bords de la Sambre, près du prieuré d'Oignies, une cellule de pierre à peine plus grande qu'un tombeau abrite une femme au visage marqué de larmes. Nous sommes en l'an 1213, quelques mois avant sa mort. Marie, la fileuse de Nivelles que l'on dit inspirée, accepte de parler entre deux oraisons.

Comment en êtes-vous venue à quitter la vie de mariage à laquelle on vous destinait ?

On m'avait mariée à quatorze ans, comme il se doit pour une fille de bonne maison de Nivelles. Mais dès les premières nuits, le monde m'a paru une prison dorée que je devais fuir. J'ai supplié mon époux, longuement, jusqu'à ce qu'il consente à vivre avec moi dans la continence — non pas contre lui, mais avec lui, comme deux serviteurs d'un même Maître. Mon entourage a crié au scandale : quelle femme renonce au lit conjugal du vivant de son mari ? Mais je savais que l'amour du Christ ne se partage pas à moitié. Nous avons alors quitté le confort pour la léproserie de Willambroux, et là seulement mon cœur a trouvé son assise.

Le monde m'a paru une prison dorée que je devais fuir.

Qu'alliez-vous chercher auprès des lépreux, ces malades que tous fuyaient ?

Le Christ lui-même s'est fait rebut des hommes ; où le trouver, sinon parmi ceux qu'on chasse hors des murs ? À Willambroux, mon mari et moi lavions les plaies que nul ne voulait toucher, nous portions le pain à des bouches défigurées. Beaucoup me tenaient pour folle, car j'y trouvais une joie que je n'avais jamais goûtée dans la maison de mon père. Servir ces corps ruinés, c'était toucher la chair même de mon Seigneur. Je crois que ces années-là, à respirer l'odeur de la pourriture sans me détourner, m'ont enseigné plus que tous les sermons : la charité n'est pas un mot, c'est une main qui ne recule pas.

La charité n'est pas un mot, c'est une main qui ne recule pas.

On dit que vous pleuriez sans fin pendant la messe. D'où venaient ces larmes ?

Quand je me tenais devant le crucifix et que je méditais la Passion, il m'était impossible de retenir mes pleurs. Ce n'était pas tristesse d'un chagrin ordinaire : c'était le cœur qui débordait, embrasé par l'amour de Celui qui a tant souffert pour nous. Les larmes coulaient si abondamment que le sol de l'église en était mouillé, et nul ne pouvait m'en empêcher tant je brûlais. Certains prêtres s'en agaçaient, croyant à quelque comédie ; ils me priaient de cesser. Mais on ne commande pas à une source. Ces larmes étaient ma prière lorsque les mots me manquaient, un langage que Dieu seul entendait.

On ne commande pas à une source.

Que représentait pour vous le moment de communier au sacrement ?

Chaque matin, avant même que l'aube ne blanchisse ma cellule, je me levais pour la messe. Recevoir l'hostie consacrée, c'était toucher au ciel : rien de ce que le monde offre ne pouvait s'y comparer. Ma faim de ce pain était telle que les jours sans communion me semblaient une famine. Je sais que cette dévotion au sacrement gagne aujourd'hui tout le diocèse de Liège, que d'autres femmes brûlent du même feu. Si le Seigneur veut qu'un jour l'Église honore ce mystère par une fête, j'en pleurerais de joie — mais cela, je ne le verrai pas de mes yeux. Je me contente de l'adorer dans le silence, chaque aurore.

Pourquoi vous être enfermée dans une cellule de recluse au bord de la Sambre ?

Après les années de service, j'ai éprouvé le besoin de me retirer tout entière, de n'avoir plus entre Dieu et moi que quatre murs. Le prieuré d'Oignies offrait cette solitude, sur les rives de la Sambre. Là, j'ai fait de mon corps une offrande : jeûnes rigoureux, veilles où le sommeil ne prend que quelques heures, et sous ma robe grise, le cilice de crin qui rappelle sans cesse à la chair sa faiblesse. On ne se mortifie pas par haine du corps, mais pour le dompter, comme on bride un cheval fougueux. Beaucoup pourtant venaient frapper à ma porte, cherchant conseil ; je ne pouvais leur refuser ma parole, quoique j'eusse préféré le silence.

On ne se mortifie pas par haine du corps, mais pour le dompter.
Gobelet dit de "sainte Marie d'Oignies"
Gobelet dit de "sainte Marie d'Oignies"Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Okapi07

Vous nourrissez-vous vraiment de si peu que le dit la rumeur ?

Ma table n'a rien qui puisse tenter : du pain noir, quelques herbes, de l'eau, et de longs jeûnes entre les deux. La viande, les mets délicats, je les ai laissés au monde que j'ai quitté. Ce n'est pas mépris de la nourriture — Dieu a créé les fruits de la terre bons — mais je veux que mon corps se souvienne qu'il ne vit pas de pain seul. La nuit, je prolonge mes oraisons et la méditation des Écritures jusqu'à ce que la fatigue me terrasse. Certains me trouvent trop dure envers moi-même. Peut-être. Mais l'âme qui a goûté le pain des anges supporte mal les banquets des hommes.

Comment est né votre lien avec le prédicateur Jacques de Vitry ?

Jacques de Vitry est venu jusqu'à ma cellule, vers 1210, poussé par la curiosité qu'inspiraient, dit-on, les saintes femmes de Liège. C'était un homme de grand savoir, promis à la chaire et aux honneurs. Et pourtant, c'est lui qui a voulu que je devienne son guide, moi la fileuse sans lettres. Nous parlions de l'amour de Dieu, de la pénitence, du feu qui doit consumer le prédicateur avant qu'il n'enflamme les foules. Je crois qu'il a trouvé auprès de moi ce que les livres ne donnent pas : la chose vécue. Qu'un tel homme s'assoie aux pieds d'une recluse, cela dit assez que l'Esprit ne choisit pas selon le rang.

L'Esprit ne choisit pas selon le rang.
Beaker said to have belonged to Marie D'Oignieslabel QS:Len,"Beaker said to have belonged to Marie D'Oignies"label QS:Lfr,"Gobelet dit de Marie"label QS:Lnl,"Zogenaamde drinkbeker van Maria van Oigni
Beaker said to have belonged to Marie D'Oignieslabel QS:Len,"Beaker said to have belonged to Marie D'Oignies"label QS:Lfr,"Gobelet dit de Marie"label QS:Lnl,"Zogenaamde drinkbeker van Maria van OigniWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Attributed to Hugo d'Oignies

Que ressentez-vous à l'idée qu'on écrira le récit de votre vie ?

Je sais que Jacques de Vitry veut, après ma mort, coucher ma vie par écrit. L'idée me trouble : que reste-t-il d'une pauvre pénitente qui vaille l'encre ? Mais il ne cherche pas ma gloire — il veut défendre les femmes pieuses, ces béguines que d'aucuns soupçonnent d'hérésie et confondent avec les errants du Midi. Une Vita, un récit de vie, c'est une arme douce : elle montre que la sainteté peut fleurir hors des cloîtres, dans une femme laïque qui file sa laine. Si mon nom doit servir à protéger mes sœurs des bûchers et des soupçons, alors qu'on écrive. Pour le reste, je préfère qu'on m'oublie et qu'on se souvienne de Dieu.

Une Vita, c'est une arme douce.

Ces femmes qui vivent comme vous, sans entrer au couvent, forment-elles un ordre nouveau ?

Un ordre ? Non, nous ne prononçons pas de vœux perpétuels, nous ne portons pas la règle d'un saint fondateur. Nous sommes des béguines : des femmes laïques qui choisissent la chasteté, la prière et le travail de leurs mains, sans quitter le monde tout à fait. Notre habit de laine grise, non teint, dit assez notre pauvreté volontaire — ce choix d'imiter le Christ pauvre et les apôtres. Beaucoup se rassemblent maintenant dans les villes, à Liège, à Nivelles, pour prier et s'entraider. On nous regarde avec méfiance parce que nous ne rentrons dans aucune case. Mais faut-il un mur et une grille pour aimer Dieu ? Il me semble que non.

Faut-il un mur et une grille pour aimer Dieu ?

En quoi le travail de vos mains, ce filage quotidien, fait-il partie de votre chemin spirituel ?

On imagine parfois que la sainte passe ses jours en extase. La vérité est plus humble : chaque après-midi, je prends mon fuseau et ma quenouille, et je file la laine pour gagner mon pain. Je ne veux dépendre de personne, ni mendier ce que mon travail peut me donner. Il y a dans le geste répété du fil qui se forme une prière silencieuse, aussi vraie que l'oraison de la nuit. Les mains occupées, l'esprit demeure libre pour Dieu. C'est là toute la voie des béguines : ni oisiveté du cloître richement doté, ni avidité du siècle, mais le pain gagné, partagé, et le cœur tourné vers le ciel. Le travail n'abaisse pas l'âme ; il la garde droite.

Les mains occupées, l'esprit demeure libre pour Dieu.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Marie d'Oignies. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.