Interview imaginaire avec Nancy Wake
par Charactorium · Nancy Wake (1912 — 2011) · Militaire · 6 min de lecture

Londres, un après-midi gris du début des années 2000. Nancy Wake nous reçoit dans un salon d'hôtel, un verre de gin à portée de main, le regard vif malgré les décennies. Elle a le rire facile de ceux qui ont trop côtoyé la mort pour la craindre, et une manière brusque de couper court aux compliments.
—Comment une jeune journaliste néo-zélandaise élevée à Sydney s'est-elle retrouvée à Marseille au bord de la guerre ?
J'avais bourlingué en Europe dans les années 1930, plume à la main, et j'avais vu de mes yeux ce qui montait à Vienne, à Berlin — des brutes qui frappaient les gens dans la rue, en riant. Ça ne s'oublie pas. Puis j'ai épousé Henri Fiocca, un industriel de Marseille, en 1939, et je suis devenue pour un temps une mondaine élégante, robes et dîners, appartement bourgeois sur le Vieux-Port. Autant vous dire que je n'étais pas taillée pour rester assise à ce genre de table pendant que le pays s'effondrait. Quand l'armistice est tombé et que les Allemands ont posé leur botte sur la France, j'ai su tout de suite dans quel camp j'étais. Henri m'a laissée faire. Il savait que rien ne m'arrêterait.
J'avais vu ces brutes frapper les gens dans la rue, en riant. Ça ne s'oublie pas.
—Que faisiez-vous, concrètement, dans ces premières années de Résistance à Marseille ?
Je servais de courrier. On me confiait des messages, de l'argent, parfois un homme à cacher, et je circulais avec mes faux papiers et mon sourire de dame comme il faut — personne ne soupçonne une femme bien mise qui prend le tramway. J'ai travaillé pour ces filières d'évasion, ces réseaux qui faisaient passer les aviateurs alliés abattus et les prisonniers vers l'Espagne. Des centaines d'hommes, arrachés aux camps, remis sur la route de la liberté. Ce n'était pas de la gloire, c'était de la logistique et des nerfs solides : un rendez-vous manqué, un contrôle de trop, et c'était fini. La Gestapo me flairait déjà. Ils avaient compris qu'une femme leur filait entre les doigts, sans encore savoir laquelle.
—La Gestapo vous avait donné un surnom. Vous souvenez-vous de ce qu'il signifiait pour vous ?
Die weiße Maus. La souris blanche. Ils m'ont appelée comme ça parce que je leur échappais toujours, filant d'un trou à l'autre juste avant qu'ils ne referment la main. Franchement, ça me faisait plutôt plaisir. On avait mis ma tête à prix — cinq millions de francs, si vous imaginez ça, j'étais en tête de leur liste des personnes les plus recherchées du sud de la France. Une fortune. Je me disais parfois que si j'avais été moins bête, j'aurais pu me livrer moi-même et prendre l'argent ! Mais voyez-vous, plus ils me cherchaient, plus je savais que je les gênais. Une souris qu'on ne peut pas attraper finit par vous rendre fou. Et rendre la Gestapo folle, c'était déjà une petite victoire chaque matin.
Une souris qu'on ne peut pas attraper finit par vous rendre fou.
—En 1943, il a fallu fuir. Comment avez-vous franchi les Pyrénées ?
À pied, en plein hiver, dans la neige jusqu'aux genoux. Les Pyrénées ne pardonnent rien quand on les passe clandestinement, de nuit, en évitant les patrouilles allemandes. J'ai essayé plusieurs fois avant de réussir — refoulée, cachée, obligée de recommencer. On marchait le corps plié en deux, le froid vous entrant dans les os, sans droit à un feu, sans droit à un bruit. J'avais laissé Henri derrière moi à Marseille, en pensant le revoir bientôt. Je ne savais pas encore que la Gestapo l'arrêterait, le torturerait et le fusillerait parce qu'il avait refusé de dire où j'étais. J'ai appris sa mort après la guerre. Cette montagne, je l'ai franchie deux fois dans ma tête depuis : une fois avec mes jambes, une fois avec le poids de ce qu'elle m'a coûté.
—Après l'Angleterre et le SOE, vous êtes revenue en France par les airs. Racontez cette nuit.
Nuit du 29 au 30 avril 1944. On m'a larguée en parachute au-dessus de l'Auvergne, dans le Massif central, avec pour mission d'armer les maquis avant le Débarquement. Un parachute du SOE, la France noire en dessous, et moi qui tombais dedans comme une pierre. Je me suis retrouvée accrochée dans un arbre — un maquisard m'a lancé une galanterie idiote sur les fruits que la France recevait du ciel, je l'ai remis à sa place assez vite. Il fallait organiser ces hommes, des milliers, souvent courageux et mal armés, leur apprendre à se servir d'un Sten qu'on parachutait par caisses entières. Le maquis, ce n'était pas une armée régulière : c'étaient des gars des fermes et des villes, cachés dans les bois, qui attendaient qu'on leur donne les moyens de se battre. C'est ce que je suis venue faire.
La France noire en dessous, et moi qui tombais dedans comme une pierre.

—Comment se passait une journée dans ce camp, au cœur de la forêt ?
On se levait tôt, dans un campement de fortune, sous les arbres du Massif central. Le matin, je vérifiais les positions, j'organisais les réceptions de parachutages — car tout dépendait des largages nocturnes, armes, explosifs, matériel. L'après-midi, on entraînait les hommes, on distribuait les Sten et le plastic, on planifiait les sabotages : dépôts, voies ferrées, tout ce qui pouvait immobiliser les Allemands loin de la Normandie. Je me déplaçais beaucoup, souvent à vélo, pour relier les groupes. Et le soir, on écoutait la BBC cracher ses messages personnels codés qui annonçaient les largages. La nourriture était frugale — du pain, du fromage, une soupe, ce que les fermes voulaient bien nous donner. Je partageais volontiers un verre avec les hommes. Ils m'ont respectée le jour où ils ont compris que je tenais l'alcool et la fatigue mieux qu'eux.
—On raconte un épisode brutal, une sentinelle SS abattue de vos mains. Que s'est-il vraiment passé ?
On m'a entraînée pour ça, à Londres, avant de me parachuter : le combat rapproché, tuer vite et sans bruit. Lors d'un raid contre une usine, il y avait une sentinelle SS qui aurait donné l'alerte et fait échouer toute l'opération, coûtant la vie à mes hommes. Je l'ai réglé d'un coup à la gorge, à mains nues, comme on me l'avait appris. Est-ce que ça me hante ? Non. Je ne suis pas de celles qui font semblant de regretter. C'était la guerre, lui ou nous, et je n'ai jamais confondu la pitié avec la faiblesse. Les gens s'attendent à ce qu'une femme frémisse en racontant ça. Moi, je vous dis la vérité crue : j'aurais recommencé sans hésiter le lendemain matin.
Je n'ai jamais confondu la pitié avec la faiblesse.

—Vous avez dit un jour qu'une certaine course à vélo était votre plus grande fierté. Pourquoi celle-là ?
Parce qu'elle a failli me tuer plus sûrement que n'importe quelle balle. On avait perdu nos codes radio pendant un combat — sans codes, plus de contact avec Londres, plus de parachutages, le maquis coupé du monde. Il fallait rejoindre un autre opérateur et rapporter le nécessaire. Alors j'ai enfourché une bicyclette et j'ai pédalé, à travers les barrages allemands, quelque chose comme cinq cents kilomètres en quelques jours. Une femme seule à vélo, ça n'éveille pas les soupçons — encore une fois, mon meilleur déguisement, c'était d'être ce qu'ils croyaient inoffensif. Quand je suis arrivée, je ne pouvais presque plus m'asseoir, ni marcher, ni pleurer. Mais le message est passé. De toute ma guerre, c'est de ça que je suis la plus fière : pas d'avoir tué, mais d'avoir tenu sur cette selle jusqu'au bout.
Mon meilleur déguisement, c'était d'être ce qu'ils croyaient inoffensif.
—Cette radio clandestine, ce poste que vous protégiez tant, que représentait-elle pour vous ?
Le poste émetteur-récepteur était notre cordon ombilical. Un maquis sans radio, c'est un homme qui crie dans le désert : personne ne l'entend, personne ne lui envoie d'armes. Chaque transmission était un risque — les Allemands avaient des camions gonio qui repéraient les émissions, alors on parlait vite, on déménageait sans cesse. C'est pour ça que perdre les codes fut une catastrophe, et pour ça que j'ai pédalé jusqu'à l'épuisement. Les gens imaginent la Résistance comme des fusillades héroïques. La vérité, c'est que la moitié de notre survie tenait à des ondes courtes, à des piles, à un opérateur penché sur ses cadrans dans une grange, traduisant les messages personnels que la BBC lançait dans la nuit. Sans ces fréquences fragiles, nous n'étions rien.
—Après tout cela, les décorations sont venues. Quel regard portez-vous sur ces médailles ?
Oh, on m'en a couvert la poitrine — la George Medal britannique, la Médaille de la Résistance et la Légion d'honneur françaises, la Medal of Freedom américaine. On m'a dit que j'étais l'une des femmes les plus décorées de la guerre. Je ne cracherai pas dessus, mais je vais vous confier quelque chose : les médailles ne ramènent pas Henri, ni les gars du maquis qui sont tombés dans les bois d'Auvergne. J'ai demandé, pour la fin, qu'on disperse mes cendres là-bas, près de Montluçon, sur les terres où nous avons combattu ensemble. C'est ma vraie décoration, celle-là. Le reste, ce sont des bouts de métal. Ce qui compte, c'est d'avoir fait ma part quand tant d'autres détournaient les yeux — et de pouvoir le dire sans mentir.
Les médailles ne ramènent pas les gars du maquis tombés dans les bois d'Auvergne.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nancy Wake. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


