Interview imaginaire avec Nzinga Mbandi
par Charactorium · Nzinga Mbandi · Politique · Militaire · 5 min de lecture

Matamba, une soirée de la saison sèche, vers la fin de son règne. Sous le toit de chaume du grand enclos royal, les tambours viennent de se taire et une reine octogénaire, encore droite, accepte de dérouler le fil de sa vie. Autour d'elle, des dignitaires mbundu et deux missionnaires capucins écoutent en silence.
—Comment s'est réellement passée votre première entrevue avec le gouverneur portugais à Luanda ?
C'était en 1622. J'étais venue à Luanda au nom de mon frère, pour parler de paix, et le gouverneur João Correia de Sousa m'a reçue dans une salle où l'on n'avait dressé qu'un seul fauteuil — le sien. On m'avait laissée debout, comme on laisse debout une captive qui attend son prix. J'ai compris qu'il ne s'agissait pas d'un oubli mais d'un message. Alors j'ai fait signe à l'une de mes suivantes de s'agenouiller à quatre pattes, et je me suis assise sur son dos, le regard à la hauteur du sien. Je ne voulais pas d'une chaise qu'on m'aurait prêtée : je voulais qu'il comprenne qu'une souveraine du Ndongo n'emprunte pas sa dignité, elle l'apporte avec elle.
Une souveraine du Ndongo n'emprunte pas sa dignité, elle l'apporte avec elle.
—Vous vous êtes fait baptiser lors de ce même voyage. Que représentait vraiment ce sacrement pour vous ?
Le jour de mon baptême, on m'a nommée Ana de Sousa, et mon parrain n'était autre que le gouverneur lui-même. Beaucoup ont cru voir là une âme conquise ; ils se trompaient d'objet. L'eau versée sur mon front était une clé, non une conversion. Pour parler d'égale à égale avec des hommes qui ne juraient que par leur Dieu et leur roi, il fallait entrer dans leur langue, prendre leur nom, porter leur chapelet. J'ai accepté ce nom comme on accepte une arme qu'on retournera plus tard. Et quelques années plus tard, je l'ai bel et bien retournée, les armes à la main. La foi affichée fut d'abord une porte que j'ouvrais et refermais selon le besoin de mon peuple.
L'eau versée sur mon front était une clé, non une conversion.
—On vous décrit menant vos troupes en habits de guerre. Pourquoi choisir de combattre vous-même, l'arme au poing ?
Parce qu'une reine qui reste assise pendant qu'on saigne son peuple n'est qu'un ornement. Quand je marchais sur l'ennemi, je quittais les étoffes de raphia teintes d'ocre et d'indigo pour la tenue des guerriers, arc et carquois en travers de l'épaule, et la vieille hache de guerre de nos rois à la ceinture — celle que le peuple mbundu appelle du même nom que le titre royal, ngola. Mes soldats me voyaient tenir la même arme qu'eux, dormir dans la poussière comme eux. Je commandais encore mes hommes au combat passé soixante ans, quand d'autres reines auraient depuis longtemps confié leur épée à un neveu. Le pouvoir, chez nous, se prouve dans la boue avant de se proclamer sous le chaume.
Une reine qui reste assise pendant qu'on saigne son peuple n'est qu'un ornement.
—Chassée du Ndongo, vous avez fait du royaume de Matamba tout autre chose qu'un simple refuge. Qu'aviez-vous en tête ?
Vers 1629, les Portugais m'ont arrachée à Kabasa, la maison où j'avais grandi, et je me suis emparée du Matamba voisin. J'aurais pu m'y terrer et attendre la mort en exilée. J'ai préféré en faire une forge. J'ai ouvert mes portes à tous ceux que la traite jetait sur les routes : esclaves échappés des convois, soldats déserteurs qui fuyaient les fortins portugais, guerriers sans roi. Chez moi, un homme en fuite retrouvait un nom et une lance. Ce que j'ai bâti là a tenu plus de trente ans, non comme une cachette, mais comme un État debout au milieu d'un continent qu'on vidait de ses vivants.
Chez moi, un homme en fuite retrouvait un nom et une lance.
—Vous parlez de vos soldats venus de partout. Comment teniez-vous ensemble une armée aussi disparate ?
Par le kilombo. C'est un mot que vous devriez retenir : un camp fortifié où l'on n'entre pas par le sang mais par le serment. J'y mêlais des fils de chef et des esclaves d'hier, des Mbundu et des transfuges du camp adverse, tous soumis à la même discipline, tous nourris à la même pombe de sorgho lors des grandes cérémonies. Un homme n'était pas jugé sur le ventre qui l'avait porté mais sur son courage devant le presídio portugais. C'est ce qui a rendu ma résistance si difficile à briser : on peut vaincre une lignée, on ne vainc pas si aisément une famille qu'on a choisi de devenir. Le tambour, le ngoma, réglait nos marches comme il rythmait nos danses.
Un camp où l'on n'entre pas par le sang mais par le serment.

—Que diriez-vous de cette alliance surprenante que vous avez nouée avec les Hollandais ?
Quand la Compagnie hollandaise des Indes occidentales a pris Luanda aux Portugais en 1641, j'ai vu s'ouvrir une brèche que j'attendais depuis vingt ans. Ces Hollandais étaient chrétiens d'une autre sorte, ennemis de Lisbonne — et l'ennemi de mon ennemi valait bien un traité. Nous avons décidé de frapper les Portugais des deux côtés à la fois : eux depuis la côte, moi depuis l'intérieur, avec mes guerriers du kilombo. Certains à ma cour s'étonnaient qu'une reine mbundu tende la main à des hommes venus de la mer du Nord. Je leur répondais qu'on ne choisit pas ses alliés dans un royaume assiégé : on choisit ceux qui tiennent l'autre bout de la corde qui étrangle votre adversaire.
L'ennemi de mon ennemi valait bien un traité.
—Cette alliance n'a pourtant pas duré. Comment avez-vous vécu le retrait des Hollandais ?
En 1648, les Portugais ont repris Luanda avec les navires et les hommes venus de leur Brésil, et mes alliés de la mer ont plié bagage sans un regard en arrière. En un été, je me suis retrouvée seule, la brèche refermée, la corde relâchée. C'est la leçon la plus amère de ma longue vie : une puissance venue de loin ne se bat jamais pour vous, elle se bat à côté de vous tant que cela sert son commerce, puis elle remonte à bord. Je n'ai pas déposé les armes pour autant. J'ai repris la guérilla depuis Matamba, seule maîtresse de ma terre, et j'ai continué à harceler ceux qui croyaient m'avoir enfin isolée.
Une puissance venue de loin se bat à côté de vous tant que cela sert son commerce, puis elle remonte à bord.

—À la fin de votre règne, vous avez rappelé les missionnaires et écrit jusqu'à Rome. Reniez-vous la stratège d'autrefois ?
Nullement. La femme qui a fait bâtir une chapelle à Matamba et invité les capucins à sa cour est la même que celle qui s'était assise sur le dos d'une servante à Luanda. J'ai adressé une lettre au pape Innocent X pour me dire souveraine chrétienne et alliée de Rome — et, dans le même souffle, pour dénoncer les marchands portugais qui violaient nos accords et raflaient mes gens. Voyez-vous, écrire à Rome, c'était placer un roi au-dessus du roi du Portugal, quelqu'un devant qui ses colons devaient rendre des comptes. La croix, sur ma poitrine, n'a jamais cessé d'être un instrument de gouvernement autant qu'un objet de prière. Je meurs réconciliée, oui, mais lucide.
La croix, sur ma poitrine, fut un instrument de gouvernement autant qu'un objet de prière.
—Vous avez régné et guerroyé dans un monde d'hommes. Vous êtes-vous jamais sentie contestée en tant que femme au pouvoir ?
Toujours. Lorsque mon frère est mort, en 1624, les Portugais ont refusé de me reconnaître reine et sont allés chercher un homme, un rival, pour me disputer le trône. Chez nous, la légitimité tient à des insignes anciens, comme le lukano, ce bracelet des rois du Ndongo ; on m'a longtemps opposé que je n'avais pas ma place à leur tête. Ma réponse a été de gouverner mieux qu'eux et de me battre plus longtemps qu'eux. J'ai porté les habits de guerre des hommes, non par déguisement, mais parce que le pouvoir n'a pas de sexe dans la main qui tient fermement la hache. Ceux qui doutaient de moi sont morts avant moi.
Le pouvoir n'a pas de sexe dans la main qui tient fermement la hache.
—Si l'on devait garder une seule image de vous dans un siècle, laquelle souhaiteriez-vous que ce soit ?
Si je pouvais imaginer qu'on me lise longtemps après ma mort, en cet hiver 1663 où je sens mes forces me quitter, je ne demanderais pas qu'on retienne la chrétienne d'Ana de Sousa, ni même la guerrière aux haches. Je voudrais qu'on se souvienne de la femme qui, à Luanda, a refusé de rester debout. Nos conteurs mbundu chantent déjà que je n'ai pas fui devant les hommes aux cheveux rouges, que j'ai tenu la terre de mes pères. Que cette image demeure : une reine qui, faute de siège, s'en est fabriqué un de sa propre volonté, et qui a passé quarante ans à refuser qu'on assoie qui que ce soit sur le dos de son peuple.
Une reine qui, faute de siège, s'en est fabriqué un de sa propre volonté.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Nzinga Mbandi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


