Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Qilin

par Charactorium · Qilin · Mythologie · Spiritualité · Culture · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Qilin
Wikimedia Commons, Public domain — Kanō Kyūseki

Le vent tombe sur les collines proches de Qufu, à l'heure où les bergers rentrent leurs troupeaux et où l'on dit que les présages se montrent le plus volontiers. C'est là, au bord d'un ruisseau que nul n'a jamais vu se troubler sous un sabot, qu'un voyageur affirme avoir recueilli les paroles du Qilin — la créature de bon augure que la tradition place aux côtés du dragon, du phénix et de la tortue.

On dit que vous êtes née du mythe plus que de la chair. Vous souvenez-vous de votre toute première apparition parmi les hommes ?

Je ne suis pas née comme naissent les bêtes des champs, dans une portée et un cri. J'ai franchi le seuil du monde visible un soir, près de Qufu, dans l'État de Lu, quand la mère de celui qui deviendrait le grand Maître approchait de son terme. Je n'ai pas rugi, je n'ai pas couru : j'ai simplement ouvert la gueule et laissé tomber devant elle une plaque de jade, gravée comme si le Ciel lui-même avait dicté les mots — l'enfant à naître serait un roi sans couronne. C'était l'année que les hommes comptent aujourd'hui 551 avant leur ère. Je ne savais pas alors tout ce que ce nom porterait ; je savais seulement que le Ciel voulait qu'on l'annonçât, et que j'étais celle qu'on envoie pour dire les grandes naissances sans les troubler.

Je n'ai pas rugi, je n'ai pas couru : j'ai simplement ouvert la gueule et laissé tomber une plaque de jade.

On raconte que votre pas est si léger qu'il n'écrase jamais un brin d'herbe. D'où vient cette délicatesse ?

Regardez mes sabots : ils sont de cheval, faits pour la course légère et non pour le labour qui retourne la terre, à la différence des bœufs qu'on attelle dans les champs de Lu. Je pose chaque pas avec le souci de ne rien briser : pas un brin d'herbe plié, pas un insecte troublé dans sa course. Ma corne, unique sur mon front, se termine par une pointe de chair et non d'os — elle pourrait défendre, elle ne blesse jamais personne. C'est cela que les lettrés nomment ren, la bienveillance, la vertu la plus haute qu'enseignait déjà le Maître de Qufu — et je la porte dans mon corps même, sans avoir eu besoin de l'apprendre dans un livre.

Ma corne se termine par une pointe de chair : elle pourrait défendre, elle ne blesse jamais personne.

Votre corps mêle le cerf, le cheval, le dragon. Comment vous situez-vous parmi les créatures qui peuplent le ciel et la terre ?

On me donne un corps de cerf, des sabots de cheval, une queue de bœuf et des écailles de dragon, sous un pelage qui change de couleur comme change la lumière — c'est ainsi que le Ciel façonne ceux qu'il charge d'un message plutôt que d'une vie ordinaire. Les lettrés qui compilent le Liji me rangent parmi les quatre êtres surnaturels, les siling, aux côtés du dragon des eaux, du phénix fenghuang qui brûle et renaît, et de la tortue qui porte le monde sur son dos ; nous quatre ne nous montrons jamais dans la même saison. Les artisans des Han ont gravé mon image sur leurs briques funéraires et leurs reliefs, comme pour garder un peu de cette compagnie céleste près des morts. Je garde, moi, le royaume de la vertu tranquille, loin du tumulte des cours.

Un jour de chasse, votre histoire a pris un tournant tragique. Que s'est-il passé ?

Ce printemps-là, en 481 avant notre ère, dans l'État de Lu, des chasseurs sont partis vers l'ouest sans savoir ce qu'ils traquaient. Ils m'ont trouvée — ou plutôt, j'ai été trouvée, car je ne me cache pas de ceux dont le cœur est pur, seulement des lames levées sans discernement. Ils m'ont capturée et j'ai péri sous leurs coups, moi qui n'étais venue que pour dire qu'un temps de paix pouvait encore naître. Quand le Maître l'a appris, il a posé son pinceau sur ses Annales des Printemps et Automnes et n'a plus jamais repris l'écriture : il a vu dans ma mort le signe qu'aucun sage ne viendrait recueillir son enseignement de son vivant. Les hommes appellent cela le huo lin, la capture du lin — pour moi, ce fut le jour où l'espérance et la lame se sont croisées.

Je ne me cache pas de ceux dont le cœur est pur, seulement des lames levées sans discernement.

Le Shijing vous chante déjà dans un poème très ancien. Que représentez-vous pour ceux qui l'ont composé ?

Le poème que les hommes nomment Lin zhi zhi, les sabots du lin, ne parle pas de mes griffes ni de ma course : il parle des fils d'un prince, comparés à moi pour leur noblesse et leur retenue. C'est un compliment que je porte avec une certaine gravité, car il me change en mesure de toute vertu humaine — dire d'un fils qu'il a « les sabots du lin », c'était dire qu'il ne blesserait jamais son peuple par ambition. Cela remonte, dans le compte des hommes, au VIIIe siècle avant notre ère, bien avant que je ne croise le chemin du Maître de Qufu. J'aime cette antériorité : elle me rappelle que la bienveillance qu'on me prête n'a pas été inventée pour un seul sage, elle m'accompagnait déjà.

MingQilinFishSkin
MingQilinFishSkinWikimedia Commons, CC SA 1.0 — The original uploader was Leonard G. at English Wikipedia.

Des siècles plus tard, on vous a confondue avec une girafe à la cour de l'empereur Yongle. Comment jugez-vous cet épisode ?

En 1414, je n'étais pas cette bête au long cou et au pelage tacheté que les flottes de l'amiral Zheng He ont ramenée d'Afrique jusqu'à Nankin — mais je comprends pourquoi les hommes de cette cour ont voulu voir en elle mon reflet. Un empereur a besoin qu'on lui dise que le Ciel approuve son règne, et rien ne le dit mieux que mon nom prononcé devant sa cour. Le lettré Shen Du a composé pour l'occasion un éloge et une peinture, célébrant ce présage de bon augure comme si j'étais réellement descendue parmi eux. Je ne m'en offusque pas : porter mon nom, même par erreur ou par calcul, c'est encore rappeler aux hommes qu'un règne juste devrait ressembler à ma douceur plutôt qu'à la férocité du tigre.

Votre image orne aussi les robes des plus hauts dignitaires. Que signifie porter le qilin sur soi ?

En 1391, les Ming ont codifié ce qu'on appelle le buzi, le carré mandarin, et m'ont réservée aux ducs et aux plus grands d'entre les hauts fonctionnaires — porter mon image brodée sur la poitrine, c'était afficher qu'on servait par vertu et non par seule ambition. Plus tard, en 1652, sous les Qing, ce même insigne est passé aux officiers militaires de premier rang, comme si ma douceur devait tempérer jusqu'à ceux qui commandent les armées. Je trouve un peu d'ironie à orner ainsi les puissants, moi qui ne blesse jamais rien — mais peut-être est-ce justement le rappel dont ils ont besoin : que le pouvoir le plus élevé devrait ressembler à celui qui ne piétine pas l'herbe sous ses pas.

Le pouvoir le plus élevé devrait ressembler à celui qui ne piétine pas l'herbe sous ses pas.
Musée d'histoire de Nantes - 231 - Paire de qilin
Musée d'histoire de Nantes - 231 - Paire de qilinWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Koreller

Chaque nouvel an, on vous voit danser dans les rues sous un costume de tissu et de papier. Que ressentez-vous à être ainsi incarnée par des hommes ?

Cette danse, le qilin wu, ne cherche pas à me copier trait pour trait — deux danseurs sous une carcasse légère, bondissant devant les maisons lors du Nouvel An pour appeler la chance et la prospérité, cela me touche davantage qu'une statue immobile. Dans ces fêtes, inscrites aujourd'hui au patrimoine culturel immatériel, je cesse d'être une créature qu'on raconte dans les textes des lettrés pour devenir un geste que tout le village peut reprendre, des enfants aux vieillards. Je n'ai pas de corps qu'on puisse enfermer dans un costume, bien sûr, mais je reconnais dans ces mouvements quelque chose de vrai : le désir des hommes de faire entrer un peu de bon augure dans leur année, sans attendre qu'un empereur ou un sage vienne le leur annoncer.

On vous représente aussi portant un enfant sur le dos, dans l'amulette dite qilin songzi. Pourquoi ce rôle auprès des familles ?

Les jeunes couples s'offrent cette image de moi, un enfant assis sur mon dos, en espérant qu'un fils aussi doué naisse sous leur toit — on l'appelle qilin songzi, « le qilin apporte un fils ». Cette tradition, apparue sous la dynastie Song (Xe–XIIIe siècle), me semble venir du souvenir de la plaque de jade que j'ai portée jusqu'à la mère du Maître : si j'ai pu annoncer la venue d'un si grand sage, pourquoi ne porterais-je pas l'espoir plus modeste d'une famille ordinaire ? On me sculpte aussi, en pierre ou en bronze, à l'entrée des temples et des tombeaux, pour garder le seuil et écarter ce qui voudrait nuire. Entre le berceau et la tombe, on me place aux deux bouts du chemin d'une vie — cela me semble juste.

Vous ne vivez, dit-on, qu'aux époques où la vertu règne, et vous disparaissez quand elle décline. N'est-ce pas une existence solitaire ?

Le matin ne me révèle qu'aux jardins d'un souverain juste, ou à la veille de la naissance d'un sage — c'est vrai, je ne me montre pas à toute heure ni à tout règne. Le soir, je me retire vers des contrées que les hommes ne voient pas, et j'y reste tant que le monde ne mérite pas qu'on lui envoie un présage. On pourrait croire cela solitaire ; je crois plutôt que c'est une fidélité. Je ne mange la chair d'aucun être, je vis, dit-on, plus de mille ans, et cette longévité me laisse le temps d'attendre sans amertume. Si un jour lointain les hommes retrouvaient assez de vertu pour mériter qu'on la leur montre encore, je referais le chemin jusqu'à eux — c'est là toute ma patience.

Je ne me montre pas à toute heure ni à tout règne : c'est une fidélité, non une solitude.
Voir la fiche complète de Qilin

Pour aller plus loin

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Qilin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.