Interview imaginaire avec Ramakrishna
par Charactorium · Ramakrishna (1836 — 1886) · Spiritualité · Philosophie · 6 min de lecture

Fin d'après-midi à Dakshineswar, le long du Gange. Dans la petite chambre attenante au temple de Kâlî, un homme maigre, vêtu d'un simple dhotî de coton, sourit entre deux silences. Il vient de sortir d'un ravissement soudain, et accepte de répondre, à voix basse, comme on chante.
—Vous souvenez-vous de la première fois où le monde vous a échappé, où vous avez perdu conscience de tout ?
J'étais un enfant de Kamarpukur, six ans peut-être, marchant sur une digue entre les rizières. Un vol de grues blanches a traversé un ciel lourd d'orage, si blanches sur ce noir que quelque chose en moi a cédé. Je suis tombé, on m'a ramené inconscient à la maison, et l'on a cru à un malaise d'enfant. Ce n'était pas un malaise. C'était la beauté qui entre comme une lame et coupe le fil qui te retient à toi-même. Plus tard, on a mis un nom sur cela : samadhi. Mais à six ans je n'avais pas de nom, seulement le ciel, les grues, et une joie qui faisait mal. Depuis, la Mère me reprend ainsi, sans prévenir, au milieu d'un chant ou d'une parole.
La beauté entre comme une lame et coupe le fil qui te retient à toi-même.
—Comment en êtes-vous venu à saisir l'épée du sanctuaire devant l'image de la déesse ?
J'étais prêtre au temple, et je ne supportais plus de réciter les prières comme un perroquet devant une pierre. Où était-Elle ? Je passais mes nuits à pleurer devant la Statue de Kâlî, à me tordre les mains, à crier vers la Mère. Un jour l'attente est devenue insupportable : à quoi bon vivre encore une journée sans La voir ? J'ai couru vers le khadga, le sabre du sacrifice suspendu au mur du sanctuaire, décidé à m'en trancher la gorge. À l'instant où ma main s'est refermée sur la lame, tout a disparu — les murs, le fleuve, mon propre corps — dans un océan de lumière vivante. C'était Elle. Depuis, je sais qu'on n'obtient rien du divin en marchandant ; il faut vouloir Dieu comme le noyé veut l'air.
Il faut vouloir Dieu comme le noyé veut l'air.
—Que reste-t-il d'un homme après une telle vision de la Mère divine ?
Il ne reste presque rien, et c'est cela le trésor. Les jours qui ont suivi, je ne distinguais plus le jour de la nuit ; je posais des fleurs sur ma propre tête au lieu de la statue, car je ne voyais plus de différence. Un disciple a plus tard noté ma prière : « Ô Mère, j'ai jeté à Tes pieds le bien et le mal, donne-moi la pure dévotion. » C'est tout ce que je voulais. Le prêtre qui allume la lampe d'ârtî au coucher du soleil croit servir la déesse ; moi, ce soir-là, la déesse me servait, me tenait comme une mère tient l'enfant qui a trop pleuré. On me croyait fou à Dakshineswar. On avait raison : je suis devenu fou d'Elle, et je n'ai jamais guéri.
—Pourquoi un prêtre de Kâlî a-t-il voulu vivre en musulman, puis prier devant le Christ ?
Parce qu'un jour je me suis demandé : si la Mère est partout, comment ne serait-Elle pas dans la prière de l'homme au turban qui se prosterne vers La Mecque ? Alors, en 1866, j'ai vécu quelques jours comme un musulman ; je répétais le nom d'Allah, je mangeais leur nourriture, j'oubliais presque le temple. Et Dieu est venu, par ce chemin-là aussi. Plus tard, devant une image du Christ, une lumière est sortie du tableau et m'a envahi ; pendant des jours je n'ai pensé qu'à Lui. J'en ai tiré une certitude simple, que j'ai dite ainsi : « Autant de croyances, autant de chemins. On peut atteindre Dieu par tous les chemins, comme on peut atteindre le toit par un escalier de pierre, de bois ou de bambou. »
Autant de croyances, autant de chemins ; on atteint le toit par un escalier de pierre, de bois ou de bambou.
—Comment répondiez-vous à ceux qui trouvaient scandaleux qu'un hindou embrasse ainsi d'autres religions ?
Je ne discutais pas avec eux ; je leur racontais l'eau. Vois : dans un même étang, l'un puise avec une jarre et appelle cela jal, un autre avec une outre et dit pani, un troisième dit water — c'est la même eau. Se battre pour le nom, c'est mourir de soif au bord de l'étang. Les hommes du Brahmo Samaj, ces réformateurs de Calcutta venus me voir vers 1875, aimaient discuter de Dieu comme d'un théorème ; moi je leur disais qu'on ne goûte pas le miel en lisant le mot « miel ». J'avais bu à plusieurs jarres, celle de Kâlî, celle d'Allah, celle du Christ, et l'eau avait partout le même goût de Mère. Ce n'était pas de la tolérance polie : c'était une chose que ma langue avait réellement goûtée.
On ne goûte pas le miel en lisant le mot « miel ».

—Vous ne saviez presque pas lire : comment enseigniez-vous les vérités les plus hautes ?
Justement parce que je ne savais pas lire, je n'ai jamais eu à désapprendre les livres. Je regardais autour de moi et le monde me tendait ses images. Une fourmi grimpe sur une montagne de sucre : elle en emporte un grain et croit être pleine — ainsi de nous devant l'infini de Dieu. La corde, dans la pénombre, que l'on prend pour un serpent et qui nous fait trembler : c'est le monde qui nous effraie tant qu'on ignore ce qu'il est vraiment. L'eau et la glace : Dieu sans forme et Dieu avec forme, une seule substance, refroidie par l'amour du dévot. Mes jeunes disciples notaient tout cela ; l'un d'eux, que nous appelions « M. », remplissait des cahiers. Moi je parlais comme la Mère m'ouvrait la bouche, avec du riz, des étangs, des fourmis.
Je n'ai jamais eu à désapprendre les livres.
—Que diriez-vous à celui qui croit qu'il faut d'abord tout comprendre avant de croire ?
Je lui répondrais qu'il ressemble à l'homme qui, arrivé dans un verger, s'assoit pour compter les feuilles et les branches au lieu de manger les mangues. À quoi bon savoir combien d'arbres, combien de jardiniers ? Mange ta mangue, sens le jus couler, et tu sauras plus de Dieu que tous les compteurs de feuilles. Les savants de Calcutta venaient avec leurs raisonnements bien pliés comme des dhotîs neufs ; je les laissais parler, puis je chantais le nom de la Mère, et souvent leurs beaux raisonnements fondaient comme le sel dans l'eau. Ce que j'appelle bhakti, la dévotion du cœur, n'attend pas la permission de la tête. L'enfant qui pleure ne récite pas à sa mère les preuves de son existence : il pleure, et elle vient.

—Vous souvenez-vous du jeune homme sceptique qui est venu vous demander si vous aviez vu Dieu ?
Narendranath. C'était vers 1881. Un garçon au front large, à la voix de chanteur, mais l'œil dur, qui doutait de tout. Il allait de saint en saint avec une seule question, la vraie, celle que les autres n'osaient pas poser : « Avez-vous vu Dieu ? » Les autres tergiversaient. Moi j'ai répondu simplement : « Oui, je Le vois comme je te vois ici, mais bien plus intensément. » Il en est resté muet. Car je ne lui parlais pas d'une opinion ni d'une écriture : je lui parlais comme on parle d'un homme qu'on a touché. Je l'attendais, cet enfant-là, sans le savoir ; la Mère me l'envoyait. J'ai su tout de suite qu'il était fait d'une autre étoffe, et qu'un jour il porterait loin ce que je n'avais fait que goûter.
Je ne lui parlais pas d'une opinion : je lui parlais comme d'un homme qu'on a touché.
—Qu'espériez-vous transmettre à ce cercle de jeunes disciples réunis autour de vous ?
À la fin, à Cossipore, le mal me rongeait la gorge et je ne pouvais presque plus avaler ; mais ces garçons ne me quittaient pas, ils veillaient, ils chantaient pour moi. Je ne leur ai pas laissé de livre, pas de doctrine bien close. Je leur ai laissé une soif. Je voulais qu'ils renoncent, qu'ils deviennent sannyâsî, non pour fuir le monde mais pour aimer Dieu sans partage, et pour dire ensuite aux hommes que toutes les jarres puisent la même eau. Ce que je ne pouvais plus dire avec ma voix éteinte, je le transmettais d'un regard, d'une main posée. Ils formeraient plus tard quelque chose autour de mon nom ; peu m'importait le nom. Ce que je voulais, c'est qu'après moi la Mère ait encore des bouches pour se dire.
—Vos ravissements soudains, en pleine conversation, effrayaient parfois vos visiteurs. Comment les viviez-vous de l'intérieur ?
De l'intérieur, il n'y a pas de « moi » pour les vivre — c'est bien cela, le secret. L'après-midi, sous les arbres, un dévot posait une question, je commençais à répondre, et au milieu d'un mot le nom de la Mère montait et m'emportait ; mon corps restait là, immobile, les yeux fixes, tandis que j'étais ailleurs, ou plutôt nulle part, fondu. Les gens s'inquiétaient, me touchaient l'épaule ; je revenais lentement, comme d'un fleuve, en balbutiant encore Son nom. On croit que le samadhi est un sommeil ; c'est le contraire, c'est l'unique fois où l'on est tout à fait éveillé, et où l'on découvre que la veille ordinaire était le vrai sommeil. La glace fond dans l'eau, disais-je : c'est exactement ce que devient l'homme quand la Mère le regarde en face.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ramakrishna. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


