Interview imaginaire avec Robin des Bois
par Charactorium · Robin des Bois · Mythologie · 6 min de lecture
La nuit tombe sur la forêt de Sherwood, et un feu de camp crépite au creux d'une clairière que nul chemin n'indique. Adossé à un chêne, un arc long posé en travers des genoux, un homme à la cape verte fait signe de s'asseoir — mais de parler bas, car les guetteurs veillent sur les routes. Ce soir, exceptionnellement, il accepte de raconter.
—Comment décririez-vous cette forêt où vous vivez en marge de tout ?
Approche, et baisse la voix — ici les arbres ont des oreilles, et mes guetteurs aussi. La forêt de Sherwood n'est pas un refuge, c'est mon royaume, le seul où nul shérif ne porte couronne. Sous ces chênes, je me sens plus libre qu'un roi dans son donjon de pierre. Au matin, j'inspecte mes pièges et les hommes postés le long des routes marchandes ; au soir, nous nous rassemblons autour des braises, et mon cor de chasse suffit à faire surgir trente compagnons des fourrés. Ceux qui me traquent ne trouvent jamais que des huttes de branchages, déjà vides quand ils y arrivent. La forêt nous nourrit, nous cache, et se referme derrière nous comme une porte verte. Tant que je l'entends respirer au-dessus de ma tête, je ne crains ni soldat ni potence.
La forêt de Sherwood n'est pas un refuge, c'est mon royaume, le seul où nul shérif ne porte couronne.
—À quoi ressemble une journée ordinaire pour vous et vos hommes ?
Tu imagines peut-être des palais sous les frondaisons ? Détrompe-toi. Nous dormons dans des abris de feuillages qu'on lève et qu'on abandonne au gré des poursuites — un camp qui ne bouge pas est un camp déjà perdu. Au lever, le chant des oiseaux me sert de réveil et de sentinelle : s'ils se taisent soudain, c'est qu'un cheval approche. Nous mangeons le gibier du roi, cerf et sanglier pris dans ses bois interdits — voilà déjà un larcin, car un roturier qui chasse ici risque la corde. Du pain confisqué aux voyageurs trop gras, du miel sauvage, du poisson des ruisseaux : table rustique, mais nul seigneur ne nous l'a permise, et c'est ce qui lui donne son goût. La nuit venue, autour du feu, nous partageons le butin et les récits. C'est là, bien plus que dans l'or, que se forge la fraternité.
—On vante partout votre habileté à l'arc. D'où vous vient une telle maîtrise ?
Donne-moi un arc long d'if anglais, haut comme un homme, et je te décroche l'alouette en plein vol. C'est l'arme du pauvre qui terrasse le riche : il n'y faut ni cheval de bataille ni armure d'acier, seulement un bras patient et un œil sec. Chaque après-midi, beau temps ou pluie, je décoche mes flèches contre une branche fendue à cent pas, jusqu'à ce que mes doigts saignent — car un archer qui cesse de s'exercer n'est plus qu'un manchot qui se vante. On dit que mes traits trouvent une cible que nul ne voit ; la vérité, c'est qu'ils trouvent celle que j'ai visée mille fois. Le shérif de Nottingham a appris à ses dépens qu'entre sa garde et moi il y a toujours la portée d'une flèche — et que je la connais mieux que lui.
Un archer qui cesse de s'exercer n'est plus qu'un manchot qui se vante.
—Vous n'êtes pourtant pas seul dans ces bois. Qui sont ces hommes qui vous suivent ?
Seul, un homme dans les bois n'est qu'un proscrit qui attend sa corde ; à plusieurs, nous devenons une loi. Petit Jean — qui n'a de petit que le nom, car il me dépasse d'une tête — m'a rossé sur un pont à coups de bâton avant de devenir mon frère le plus sûr. Will Écarlate et les autres sont venus de même, chacun ayant fui une injustice qui lui collait aux talons. Nous nous nommons les Joyeux Compagnons, et ce n'est pas vaine bravade : on rit beaucoup quand on a déjà tout perdu. Entre nous, point de seigneur ni de vassal, point de justice seigneuriale qui pend l'un et gracie l'autre selon sa naissance. Le butin se partage à parts égales, et la première règle est qu'aucun laboureur, aucune veuve, ne sera jamais dépouillé. Voilà la seule féodalité que je reconnaisse : celle de la parole donnée.
—Beaucoup vous traitent de voleur. Que répondez-vous à cette accusation ?
On me dit voleur, et je ne le nie pas — mais demande-toi d'abord qui a volé le premier. Le seigneur qui presse le laboureur jusqu'à la dernière gerbe, l'abbé qui engraisse pendant que ses ouailles jeûnent, le collecteur qui vide la besace d'une veuve au nom de l'impôt féodal : ceux-là volent avec un sceau et dorment tranquilles. Moi, je rends. Quand mes hommes allègent un évêque trop gras de sa bourse, cet or ne moisit pas au fond d'un coffre : il retourne aux mains calleuses qui l'ont fait pousser. Je ne prends rien au pèlerin honnête ni au paysan ; mes proies portent velours et chaînes d'or. Le riche appelle cela brigandage, le pauvre appelle cela justice — et entre les deux mots, il n'y a que l'épaisseur d'une cotte de mailles.
Le riche appelle cela brigandage, le pauvre appelle cela justice.
—Vous souvenez-vous d'une capture qui vous ait marqué plus que les autres ?
Il y eut ce chevalier que mes hommes arrêtèrent sur la route de Nottingham, persuadés de tenir un gros poisson. Sa bourse était vide : il avait gagé ses terres pour payer la rançon de son fils, prisonnier au loin. Au lieu de le détrousser, je lui prêtai de quoi racheter son honneur, et il repartit la mine basse, ne sachant s'il avait été volé ou sauvé. Voilà ce que les ballades oublient parfois de dire : redistribuer, ce n'est pas seulement vider les riches, c'est savoir lire le cœur de celui qu'on arrête. Un roturier affamé, je le nourris ; un puissant qui pleure ses paysans, je le laisse passer. L'or n'est qu'un outil ; la vraie monnaie, c'est de rendre à chacun la part de dignité que la féodalité lui a confisquée.
—Le shérif de Nottingham apparaît comme votre ennemi de toujours. Pourquoi cet acharnement entre vous ?
Le shérif de Nottingham et moi, nous sommes les deux faces d'une même pièce jetée en l'air — lui le droit, moi l'envers, et le peuple attend de voir laquelle retombera. Il tient la ville, les geôles, la potence dressée sur la place ; je tiens la forêt et le cœur des gens. Il me croit gibier ; je suis le chasseur. Que de fois a-t-il tendu des embuscades, organisé des concours de tir pour m'attirer hors des bois, juré devant le roi de me pendre avant la Saint-Michel ! Et que de fois est-il rentré bredouille, la barbe pleine de feuilles, raillé par ses propres gardes. Il incarne un ordre qui pèse sur les épaules courbées ; tant qu'il dressera ses clés et son sceau contre les humbles, il me trouvera toujours en travers de sa route, une flèche déjà encochée.
Il me croit gibier ; je suis le chasseur.
—Votre révolte vise-t-elle la couronne d'Angleterre elle-même ?
On raconte que je suis devenu hors-la-loi le jour où le bon roi Richard Cœur de Lion partit guerroyer en Terre sainte, laissant le trône à la merci des loups. En son absence, Jean sans Terre et ses sbires ont pressuré le royaume comme un fruit, multipliant les prélèvements et les confiscations. Pourtant je n'ai jamais levé l'arc contre la couronne elle-même — je révère le roi légitime, et je rêve du jour où Richard reviendra remettre de l'ordre dans sa maison. Mais entre un trône vacant et un peuple écrasé, fallait-il croiser les bras ? J'ai choisi la forêt plutôt que la servitude. Que le vrai roi revienne, et je dépose mes armes à ses pieds ; qu'un usurpateur règne, et Sherwood restera la dernière terre libre d'Angleterre. Ma rébellion ne vise pas l'ordre, mais ceux qui le pervertissent.
—Comment savoir ce qui, dans votre histoire, est vrai et ce qui ne l'est pas ?
Tu veux savoir si tout cela est vrai ? Écoute plutôt le ménestrel qui passe : « Lythe and listin, gentilmen, That be of frebore blode; I shall you tel of a good yeman, His name was Robyn Hode. » Voilà comment l'on me garde vivant — non dans les parchemins des clercs, mais dans la bouche des gens, de veillée en veillée. Les chroniqueurs me traitent de grant pillart et grant larron ; les paysans, eux, chantent mes exploits en battant le blé. Chaque conteur ajoute son grain, change une flèche en miracle, déplace ma forêt d'un comté à l'autre. Suis-je un homme ou une chanson ? Peut-être les deux — et peut-être la chanson durera-t-elle plus longtemps que ne l'eût fait l'homme. On ne pend pas une ballade, vois-tu : c'est là tout mon secret.
On ne pend pas une ballade, vois-tu : c'est là tout mon secret.
—Que diriez-vous à l'idée qu'on chanterait encore votre nom dans un lointain avenir ?
M'imaginer conté dans cent ans ? L'idée me fait sourire sous ma cape verte. Je ne sais ni lire ni écrire, et voilà que des clercs coucheraient mon nom dans leurs livres ! Si pareille chose advenait, je gage qu'on me déguiserait à chaque génération selon ses besoins : tantôt noble déchu, tantôt simple brigand, tantôt champion du petit contre le grand. Qu'importe le costume — pourvu qu'on retienne l'essentiel : qu'un homme du peuple, avec un arc et du courage, peut tenir tête à tout un comté. Les puissants bâtissent des tombeaux de pierre pour qu'on se souvienne d'eux ; moi, je n'aurai qu'une forêt et des chansons. Mais demande aux enfants de Nottingham quel nom ils crient en jouant dans les taillis. Ce n'est pas celui du shérif. Voilà mon vrai monument.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robin des Bois. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


