Interview imaginaire avec Robin des Bois
par Charactorium · Robin des Bois · Mythologie · 4 min de lecture
C'est au cœur de la forêt de Sherwood, sous le grand chêne creux qui sert de repaire à la bande, que Petit Jean vient s'asseoir près de Robin des Bois un soir de fin d'automne. Le feu de camp crépite, les flèches sèchent contre l'écorce, et l'odeur du gibier rôti monte dans l'air froid. Ils se battent côte à côte depuis tant de saisons que les mots n'ont plus besoin d'être complets pour être compris. Ce soir, le lieutenant veut entendre l'homme derrière le hors-la-loi.
—Robin, tu te souviens du jour où je t'ai rejoint sur le pont, après notre duel au bâton ? Pourquoi avoir fait de cette forêt de Sherwood ton seul royaume ?
Comment l'oublier, mon vieux Jean — tu m'as jeté à l'eau et je t'ai aussitôt voulu pour frère. Sherwood, ce n'est pas un repaire, c'est une muraille vivante. Le roi possède ses châteaux de pierre ; moi, je possède les chênes, les fourrés et les sentes que nul soldat du shérif ne sait suivre. Ici nous montons des huttes de branchages que l'on défait en une nuit, nous postons des guetteurs sur les routes, et la forêt nous rend invisibles. Tu le sais, toi qui places les pièges avec moi à l'aube. Sous ces frondaisons, un hors-la-loi redevient un homme libre, et la forêt royale qu'on nous interdit devient notre seule patrie.
Le roi possède ses châteaux de pierre ; moi, je possède les chênes que nul soldat ne sait suivre.
—On dit partout que tu voles aux riches pour donner aux pauvres. Mais toi qui partages chaque butin, dis-moi vraiment : pourquoi t'en prendre aux seigneurs ?
Parce que ce que je reprends, Jean, ils l'ont d'abord arraché. L'impôt féodal écrase le paysan jusqu'à l'os, la justice seigneuriale condamne sans procès le pauvre qui braconne un cerf pour nourrir ses enfants. Quand nous arrêtons un abbé bedonnant ou un collecteur du roi sur la route de Nottingham, nous ne faisons que rendre au village ce qu'on lui a volé. La bourse que je glisse dans la main d'une veuve vaut plus que tout l'or des coffres du shérif. Je ne suis pas un larron ordinaire — je suis l'impôt à l'envers. Ce que les puissants nomment vol, le peuple le nomme justice.
Ce que les puissants nomment vol, le peuple le nomme justice.
—Le shérif de Nottingham a juré ta perte. Quand tu te dresses contre lui, est-ce l'homme que tu combats, ou autre chose ?
Ce n'est pas l'homme, Jean — c'est ce qu'il porte sur les épaules. Le shérif n'est qu'un visage ; derrière lui se tient tout l'ordre qui prélève, qui pend, qui affame. Si je le couvre de ridicule à chaque tournoi d'archers, si je lui glisse entre les doigts comme l'eau, c'est pour que le plus humble paysan comprenne que cette autorité-là n'est pas invincible. Chaque fois qu'il rentre bredouille à son château, c'est une graine d'espoir semée dans les chaumières. Je ne hais pas cet homme ; je hais le carcan qu'il fait peser sur nous. Et tant que ce carcan tiendra, Sherwood lui répondra par la flèche et par le rire.
Chaque fois qu'il rentre bredouille, c'est une graine d'espoir semée dans les chaumières.
—Personne ne tend l'arc long comme toi. Apprends-moi : d'où te vient cette main qui ne tremble jamais devant la cible ?
De mille après-midi comme celui d'aujourd'hui, Jean, à décocher trait sur trait jusqu'à ce que les doigts saignent. L'arc long n'est pas une arme que l'on saisit, c'est une compagne que l'on apprend par cœur. Je connais le poids de chaque flèche, la façon dont le vent ploie sa course entre les troncs, l'instant où il faut lâcher sans y penser. Mais la véritable force n'est pas dans le bras — elle est dans le souffle qu'on retient. Quand je sonne le cor de chasse pour vous rassembler, et que vingt cordes se tendent d'un même geste, alors je sais qu'aucun mur, aucune lance ne vaut notre adresse. Un arc bien tendu vaut mieux qu'une armée.
L'arc long n'est pas une arme que l'on saisit, c'est une compagne que l'on apprend par cœur.
—Et cette cape verte que tu ne quittes jamais, même quand le froid mordrait mieux dans la laine épaisse ? Que représente-t-elle pour toi ?
Elle est ma seconde peau, Jean, et la couleur de la forêt elle-même. Vêtu de ce vert, je me fonds dans les fougères et les feuillages ; un garde du shérif peut passer à trois pas sans me voir. Mais elle est plus qu'un camouflage. Quand un paysan aperçoit cette cape filer entre les arbres, il sait que l'espoir rôde encore dans le pays. Les seigneurs se parent d'écarlate et d'hermine pour qu'on les craigne ; moi je porte le vert des humbles et des bois pour qu'on me reconnaisse sans me trouver. Cette étoffe usée vaut tous les manteaux d'apparat de la cour.
Je porte le vert des bois pour qu'on me reconnaisse sans me trouver.
—Nous sommes une étrange famille, Will Écarlate, toi, moi et les autres. Qu'est-ce qui tient ensemble nos Joyeux Compagnons, selon toi ?
Le partage, Jean, rien d'autre. À la cour, le plus fort écrase le plus faible ; ici, chaque butin se divise en parts égales, le dernier arrivé mange autant que le premier. Nous n'avons ni seigneur ni vassal — seulement des frères liés par la parole donnée. Le soir, autour de ce feu, nous écoutons les nouvelles que nos espions rapportent, nous rions des déboires du shérif, nous chantons. C'est cela qui nous soude bien plus que la peur du gibet. Toi et Will, vous êtes plus que mes lieutenants : vous êtes la preuve qu'on peut vivre entre égaux. Une bande de proscrits, oui — mais la plus libre des fraternités.
Nous n'avons ni seigneur ni vassal, seulement des frères liés par la parole donnée.
—Lorsque la nuit tombe et que les hommes dorment, t'arrive-t-il de craindre pour eux ? Tu portes leur sort sur tes épaules.
Chaque nuit, Jean, je compte les ombres autour du feu pour m'assurer que nul ne manque. Ces hommes ont tout quitté pour me suivre — leur terre, leur nom, parfois leur famille. Si l'un d'eux tombe sous la flèche d'un garde, c'est moi qui l'ai mené là. Voilà le poids que nul ne voit derrière les ballades qu'on chantera peut-être. Mais je sais aussi que dehors, sous le joug du shérif, ils n'auraient eu que la faim et l'humiliation. Ici, au moins, ils meurent debout. Toi tu connais mes silences mieux que personne — c'est pour cela que je dors plus tranquille quand c'est toi qui veilles.
Dehors ils n'auraient eu que la faim ; ici, au moins, ils meurent debout.
—Robin, déjà les ménestrels chantent ton nom de village en village. Cela t'inquiète-t-il qu'on te raconte plus qu'on ne te connaît ?
Les chansons grandissent plus vite que les hommes, Jean. Sur les marchés, on dit déjà que mes flèches fendent celles des autres en plein vol, que je sors d'une lignée de nobles déchus, ou que je ne suis qu'un brigand sans foi — chacun me taille à sa mesure. Je laisse dire. Si une ballade chantée à Barnsdale donne du courage à un manant des Midlands, alors qu'importe qu'elle soit exacte. Ce qui compte n'est pas l'homme que je fus, mais l'espoir que mon nom porte. Peut-être qu'un jour nul ne saura plus si j'ai vraiment respiré. Tant mieux : une légende ne se pend pas.
Ce qui compte n'est pas l'homme que je fus, mais l'espoir que mon nom porte.
—Certains scribes prétendent que tu n'as jamais existé, que tu n'es qu'un conte. Que réponds-tu à ceux qui douteront de Robin des Bois ?
Qu'ils doutent, Jean ! Les clercs noircissent leurs chroniques en latin, ils m'appellent grand pillard et grand larron dans leurs parchemins de Walsingham ou de Froissart — et pourtant ils m'écrivent. C'est qu'on n'écrit pas le néant. Mais vois-tu, peu m'importe qu'on retrouve ou non ma tombe un jour. Robin des Bois n'est pas un seul homme : c'est tout paysan qui refuse de courber l'échine, tout archer qui vise plus juste que son maître. Tant qu'il y aura un impôt injuste et une forêt pour s'y cacher, quelqu'un reprendra l'arc. On peut tuer l'homme ; on ne tue pas ce qu'il a semé.
On peut tuer l'homme ; on ne tue pas ce qu'il a semé.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robin des Bois. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


