Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Rosalind Franklin

par Charactorium · Rosalind Franklin (1920 — 1958) · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le laboratoire encombré de Birkbeck College que Maurice Wilkins retrouve Rosalind Franklin, par un après-midi gris de l'automne 1957. Sur la paillasse, des clichés de diffraction du virus de la mosaïque du tabac sèchent encore, et l'odeur âcre du révélateur flotte dans la pièce. Les deux chercheurs se connaissent depuis six ans, depuis le King's College où leur collaboration tourna vite à la défiance. Wilkins vient ce jour-là sans rivalité affichée, presque en paix, écouter celle qu'il a si mal comprise.

Rosalind, avant même nos disputes au King's, vous aviez appris la diffraction à Paris. Qu'est-ce que ce laboratoire français vous a réellement donné ?

Paris m'a faite cristallographe, Maurice. Au Laboratoire Central de Chimie Physique, entre 1947 et 1948, j'ai appris à apprivoiser les rayons X comme on apprend un instrument de musique — patiemment, par les doigts autant que par la tête. Jacques Mering m'a montré que l'on pouvait lire la matière désordonnée, le charbon, les fibres, sans la trahir. C'était une science exigeante mais joyeuse, débarrassée des hiérarchies qui m'étouffaient ailleurs. Je travaillais des journées entières sur mes diffractogrammes, et le soir je marchais le long de la Seine, libre. Tout ce que j'ai fait ensuite sur l'ADN repose sur ces gestes parisiens. Sans Paris, il n'y aurait eu ni Photo 51, ni rien.

Paris m'a faite cristallographe, comme on apprend un instrument de musique — par les doigts autant que par la tête.

Quand vous êtes arrivée dans notre laboratoire en 1951, je vous croyais mon assistante, vous vous saviez chef de votre propre recherche. Ce malentendu, le pardonnez-vous ?

Ce malentendu, Maurice, ne fut jamais le mien. On m'avait confié l'unité de diffraction de l'ADN, avec mes propres mains et mon propre jugement, et l'on m'a présentée à vous comme une auxiliaire. Comment voulez-vous bâtir une science à deux sur un quiproquo pareil ? Je ne suis pas venue au King's College pour servir, mais pour chercher. J'ai sans doute été raide, je le concède ; mais je défendais le seul terrain qu'une femme pouvait alors espérer tenir : la rigueur de ses propres données. Vous me trouviez difficile. J'étais simplement décidée à ne pas disparaître derrière le travail d'un autre.

Je défendais le seul terrain qu'une femme pouvait tenir : la rigueur de ses propres données.

Parlons d'elle, enfin. La Photographie 51, ce cliché de 1952 sur sa plaque — qu'avez-vous vu, vous, en la développant la première ?

J'ai vu une croix. Une grande croix nette au centre du cliché, et autour, ces taches disposées avec une régularité qui ne pardonne pas : la signature d'une hélice, Maurice. La fibre B était si bien hydratée, si bien orientée, que le motif criait sa géométrie. Mais je suis cristallographe, pas devineresse : je refusais de proclamer une structure que mes mesures ne démontraient pas encore entièrement. Il me fallait les chiffres, les espacements, la fonction de Patterson. Cette prudence qu'on m'a tant reprochée n'était pas de l'aveuglement — c'était de l'honnêteté. La Photographie 51 parlait clair ; moi, je voulais qu'elle parle juste.

La Photographie 51 parlait clair ; moi, je voulais qu'elle parle juste.

Vous savez que ce cliché a circulé jusqu'à Cambridge, jusqu'à Watson et Crick. Que ressentez-vous en sachant que d'autres ont bâti leur modèle sur votre image ?

Que mon travail ait nourri leur modèle ne me blesse pas en soi, Maurice — la science avance ainsi, de mains en mains. Ce qui me pèse, c'est la manière. On a regardé mes données sans que j'aie eu mon mot à dire, on a fait parler mes diffractogrammes avant que je les aie fait parler moi-même. J'avais mes propres calculs, mes propres conclusions vers la double hélice ; je n'étais pas une simple fournisseuse de matière première. Si nous avions vraiment collaboré, vous et moi, peut-être ce modèle eût-il porté nos quatre noms. Je ne réclame pas la gloire. Je réclame seulement qu'on n'efface pas la cristallographe derrière le cristal.

Je ne réclame pas la gloire. Je réclame qu'on n'efface pas la cristallographe derrière le cristal.

Au King's, on vous excluait du salon des professeurs, réservé aux hommes. Ces petites humiliations quotidiennes, comment les avez-vous portées ?

On ne porte pas ces choses, Maurice : on les contourne, jour après jour, jusqu'à l'épuisement. Le déjeuner se prenait entre hommes, les conversations décisives se nouaient là où je n'entrais pas. J'ai appris à faire sans, à concentrer ma vie dans le laboratoire, là où mes clichés, eux, ne me jugeaient pas sur mon sexe. Certains prenaient ma réserve pour de l'arrogance. Mais quand chaque mot peut être retenu contre vous, le silence devient une armure. Je n'étais pas froide ; j'étais sur mes gardes. Et croyez-moi, rien n'use davantage une chercheuse que de devoir prouver deux fois ce qu'un collègue affirme une seule.

Rien n'use davantage une chercheuse que de devoir prouver deux fois ce qu'un collègue affirme une seule.
Rosalind Franklin
Rosalind FranklinWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — MRC Laboratory of Molecular Biology

On oublie souvent qu'avant l'ADN, vous étudiiez le charbon pendant la guerre. Ce travail si lointain vous semble-t-il appartenir à la même vie ?

À la même vie, oui, et à la même méthode. Pendant la guerre, à Londres, j'ai étudié la microstructure du charbon, sa porosité, la façon dont il se transforme à la chaleur — des recherches utiles à l'effort de défense, sur les masques à gaz notamment. Cela paraît humble à côté de l'ADN, mais c'est là que j'ai compris comment les rayons X révèlent l'ordre caché des substances les plus ternes. Le charbon m'a enseigné la patience devant la matière imparfaite. La molécule de la vie ou un morceau de houille : pour la cristallographe, c'est le même œil, la même exigence. Rien dans mon parcours n'est un détour ; tout converge.

Le charbon m'a enseigné la patience devant la matière imparfaite.

Ici, à Birkbeck, vous avez quitté l'ADN pour les virus. Pourquoi ce virage vers le virus de la mosaïque du tabac après tant de batailles ?

Parce qu'à Birkbeck, enfin, on m'a laissée respirer. John Bernal m'a accueillie avec confiance, sans me demander de me justifier d'exister. Le tobacco mosaic virus est un objet magnifique pour la diffraction : régulier, hélicoïdal, presque docile sous les rayons. J'ai pu montrer que son ARN n'était pas au centre, comme on le croyait, mais enroulé dans la coque protéique. C'est une découverte dont je suis fière, autant que de l'ADN. Et puis ce travail me délivrait des rancœurs du King's. Ici, mon équipe est soudée, mes clichés parlent, on m'écoute. J'ai retrouvé le plaisir pur de chercher — celui de Paris, celui de mes débuts.

Le virus m'a délivrée des rancœurs ; j'ai retrouvé le plaisir pur de chercher.
Rosalind Franklin (retouched)
Rosalind Franklin (retouched)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — MRC Laboratory of Molecular Biology

Toutes ces années penchée sur le diffractomètre, exposée aux rayons sans grande protection — y pensiez-vous, au prix que cela pouvait coûter ?

On n'y pensait pas, Maurice, ni vous ni moi. Les rayons X étaient nos outils quotidiens, on travaillait des heures près des tubes sans s'effrayer. Aujourd'hui je m'interroge, forcément. Mon corps a payé un tribut que je n'avais pas vu venir. Mais je ne tiens pas à transformer ma science en remords : nous avancions avec les moyens et la prudence de notre temps, pas davantage. Si j'ai abrégé quelque chose, c'est en faisant exactement ce que j'aimais. Bien des hommes meurent vieux d'une vie qu'ils n'ont pas choisie ; j'ai vécu chaque jour dans la recherche que j'avais voulue. Cela aussi, c'est une forme de chance.

Si j'ai abrégé quelque chose, c'est en faisant exactement ce que j'aimais.

Depuis votre maladie, déclarée l'an dernier en 1956, vous n'avez pas quitté la paillasse. D'où vient cette obstination à travailler encore ?

De ce que le travail est la seule chose que la maladie ne m'a pas prise. On m'a opérée, soignée, et entre les hospitalisations je reviens ici, à mes virus, à mes clichés. Mes mains tiennent encore, mon œil lit toujours les diffractogrammes : tant que cela dure, pourquoi m'arrêter ? Je ne veux pas de pitié, Maurice, surtout pas de la vôtre. La recherche me donne un horizon quand la médecine ne m'en promet aucun. Mon équipe compte sur moi, le TMV n'a pas livré tous ses secrets, et il me reste tant à comprendre. Tant qu'il y a une question ouverte sur la paillasse, je ne suis pas vraiment malade — je suis occupée.

Tant qu'il y a une question ouverte sur la paillasse, je ne suis pas malade — je suis occupée.

Si l'histoire devait un jour se souvenir de cette femme de science que vous êtes, qu'aimeriez-vous qu'elle retienne, au-delà de nos querelles ?

Qu'elle retienne les données, Maurice, pas les querelles. Que l'on dise simplement : voici une chercheuse qui n'a jamais affirmé plus que ce que ses clichés démontraient. Je n'ai pas besoin qu'on me peigne en martyre ni en héroïne ; ces images-là trahissent toujours la vérité d'une vie. Je voudrais qu'on regarde mes diffractogrammes du charbon, de l'ADN, des virus, et qu'on y reconnaisse une même rigueur, une même honnêteté devant la matière. Le reste — les salons fermés, les torts partagés entre vous et moi — appartient à notre petitesse d'humains. La science, elle, ne ment pas. C'est à elle que je confie mon nom, pas aux rancunes.

Qu'elle retienne les données, pas les querelles : je n'ai jamais affirmé plus que ce que mes clichés démontraient.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Rosalind Franklin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.