Interview imaginaire avec Saladin
par Charactorium · Saladin (1138 — 1193) · Politique · 6 min de lecture
C'est sous la tente de campagne dressée dans la plaine de Ramla, en cet automne 1192, que Richard Cœur de Lion retrouve le sultan Saladin alors que les pourparlers de trêve s'éternisent. Le roi d'Angleterre, fiévreux et las de deux années de croisade, a fait demander cette entrevue d'homme à homme — sans hérauts ni notaires. Sur le tapis, des coupes de neige du mont Hermon sucrée de sirop, présent du sultan à son adversaire malade. Ils ne se sont jamais vus en face, mais leurs émissaires ont tant porté de messages que chacun croit déjà connaître l'autre.
—Sultan, on dit chez les Francs que tu n'es pas né prince. D'où viens-tu vraiment, toi qui me tiens tête depuis deux ans ?
Tu as bien entendu, roi Richard : je ne suis pas né dans la pourpre. Je suis venu au monde en 1138 à Tikrit, sur les bords du Tigre, dans une maison kurde où l'on apprenait à monter avant de savoir lire. Mon père et mon oncle servaient de grands émirs, l'épée au poing, et c'est à leur ombre que j'ai grandi. On m'a formé aux armes, mais aussi à la jurisprudence et au Coran, car un guerrier sans loi n'est qu'un brigand. Toi qui es fils de roi, tu peines peut-être à le concevoir : tout ce que je possède, je l'ai d'abord servi chez d'autres avant de le commander. C'est pourquoi je ne méprise jamais l'homme qui obéit — j'ai obéi longtemps.
Tout ce que je possède, je l'ai d'abord servi chez d'autres avant de le commander.
—Avant de m'affronter, tu as soumis l'Égypte et la Syrie. Tes propres coreligionnaires t'ont-ils accusé d'ambition en te voyant grandir ainsi ?
Ils l'ont fait, et plus durement que tes barons ne me critiquent. Quand je suis devenu vizir du Caire en 1169, puis que j'ai mis fin au califat fatimide en 1171, on a murmuré que le Kurde s'emparait de l'Égypte pour lui seul. À la mort de mon maître Nur ad-Din en 1174, j'ai pris Damas, et là on a crié à l'usurpation contre l'héritier. Mais comprends ceci, Richard : tant que nos princes se déchiraient, vos forteresses tenaient bon entre eux. Un monde divisé ne pouvait rien contre vos chevaliers. J'ai passé près de vingt ans à rassembler ce que la discorde avait brisé. L'unification ne fut pas mon ambition : ce fut le prix à payer avant même de songer à Jérusalem.
Un monde divisé ne pouvait rien contre vos chevaliers.
—Parlons de Hattin. Mes barons en tremblent encore. Comment as-tu brisé là, en un seul jour, toute l'armée du royaume ?
Ce ne fut pas un seul jour, roi Richard, mais une longue patience. En cet été 1187, j'ai laissé vos chevaliers quitter leurs points d'eau pour me suivre dans les collines arides au-dessus de Tibériade. La soif a fait plus que mes archers : leurs montures s'effondraient, leurs cottes de mailles devenaient des fournaises. J'ai fait incendier les broussailles pour que la fumée les aveugle. Au soir, l'armée du royaume n'existait plus. J'ai capturé le roi Gui de Lusignan et, dans ses bagages, cette Vraie Croix que vos prêtres portaient comme une bannière. Quand tu interrogeras tes survivants, ils te diront que ce n'est pas la valeur qui leur a manqué — c'est l'eau. Trois mois plus tard, Jérusalem m'ouvrait ses portes.
La soif a fait plus que mes archers.
—Et cette Vraie Croix que tu m'as prise à Hattin ? Mes hommes la réclament dans chaque message. Que comptes-tu en faire ?
Je sais combien ce bois vous est cher, Richard, et c'est précisément pourquoi je le garde. Pour vous, c'est la relique du supplice de votre prophète ; pour nous, ce n'est qu'un objet, mais un objet qui vous fait marcher par milliers depuis la mer. Tant que je le tiens, je tiens aussi un gage dans nos pourparlers. Tes envoyés m'en ont offert de l'or, des places fortes, des prisonniers — tu vois bien que ce n'est pas une simple poutre. Je ne le brûlerai pas, car je n'insulte pas ce que des hommes vénèrent ; mais je ne le rendrai pas sans que la paix entière soit scellée entre nous. Un sultan ne brade pas ce que tout un peuple voudrait racheter au prix du sang.
Je n'insulte pas ce que des hommes vénèrent ; mais je ne le rendrai pas sans la paix.
—Quand Jérusalem est tombée, tu n'as pas massacré ses habitants. Mes chroniqueurs s'en étonnent. Pourquoi cette clémence envers tes ennemis ?
Tes chroniqueurs s'étonnent parce qu'ils se souviennent de 1099. Quand vos pères ont pris Jérusalem, ils ont pataugé dans le sang jusqu'aux chevilles, juifs et musulmans égorgés sans distinction. Moi, en octobre 1187, j'ai fixé une rançon : tant pour un homme, moins pour une femme, moins encore pour un enfant. Ceux qui ne pouvaient payer, j'en ai libéré beaucoup de ma propre bourse, et mon frère al-Adel en a affranchi des milliers. Ce n'est pas faiblesse, Richard : un vainqueur qui épargne inspire plus de crainte qu'un boucher. Et puis ma loi me l'ordonne — le jihad n'autorise pas la cruauté envers le vaincu désarmé. Je voulais qu'on dise des chrétiens : le sultan fut plus fidèle à leur Évangile qu'ils ne l'avaient été eux-mêmes.
Un vainqueur qui épargne inspire plus de crainte qu'un boucher.

—On raconte pourtant qu'à Acre, le sang a coulé des deux côtés. La clémence a-t-elle des limites, même pour toi ?
Elle en a, et tu le sais mieux que personne, Richard, car c'est toi qui as fait exécuter mes prisonniers sous les murs d'Acre quand la rançon tardait. Je ne te le reproche pas comme à un lâche — la guerre a ses fureurs, et j'ai moi aussi fait trancher des têtes, celles des Templiers et des Hospitaliers pris à Hattin, parce que ces ordres ne vivaient que pour nous combattre. La clémence que j'accorde au paysan ou au pèlerin, je la refuse au soldat qui a juré ma perte. Un sultan doit savoir quand sa douceur protège son peuple et quand elle le trahit. Mais crois-moi : chaque fois que j'ai pu épargner sans me mettre en danger, je l'ai fait. La cruauté gratuite ne nourrit que la haine, et la haine est une mauvaise conseillère pour qui veut régner.
La clémence que j'accorde au pèlerin, je la refuse au soldat qui a juré ma perte.
—Toi et moi nous battons depuis deux ans sans nous être jamais vus. Dis-moi franchement : quel adversaire suis-je à tes yeux ?
Un adversaire que je n'ai pas sous-estimé un seul jour, roi Richard. Quand tu as débarqué et repris Acre, j'ai compris que les autres rois francs n'étaient rien à côté de toi. Tu charges comme un lion — le nom qu'on te donne ne ment pas — et tu connais la guerre mieux qu'aucun prince que j'aie affronté. Lorsque mes espions m'ont rapporté que tu gisais malade de fièvre, je t'ai envoyé des fruits et de la neige du mont Hermon, non par ruse, mais parce qu'un brave qui meurt de maladie déshonore son vainqueur. Nous nous faisons la guerre, et pourtant je préférerais perdre Jaffa que de te voir tomber autrement que les armes à la main. Il est rare, en ce monde, de rencontrer un ennemi qu'on puisse estimer.
Je préférerais perdre Jaffa que de te voir tomber autrement que les armes à la main.
—Mes conseillers m'ont proposé une étrange alliance : marier ma sœur à ton frère al-Adel, pour partager cette terre. Y as-tu seulement songé sérieusement ?
J'y ai songé plus sérieusement que ta sœur ne l'aurait souhaité, je crois ! L'idée était hardie : ma maison et la tienne unies, Jérusalem gouvernée à deux, la croix et le croissant sous un même toit. Mon frère al-Adel y voyait la fin des tueries, et moi j'y voyais la paix sans déshonneur pour aucun de nous. Mais nos prêtres et tes évêques ont crié au scandale, et tu le savais aussi bien que moi en la proposant. Peut-être n'était-ce qu'une manœuvre de ta part pour gagner du temps, comme c'en était une de la mienne. Pourtant, Richard, je veux croire qu'au fond nous étions deux hommes fatigués de la guerre, cherchant une porte que nos peuples nous fermaient. Les rois proposent ce que les peuples refusent.
Nous étions deux hommes fatigués de la guerre, cherchant une porte que nos peuples nous fermaient.
—Si nous signons cette trêve, les pèlerins chrétiens pourront-ils vraiment prier dans la ville sainte sans craindre tes soldats ?
Sur ma parole de sultan, oui. Que la paix soit scellée, et Jérusalem restera mienne, mais ses portes s'ouvriront à tes pèlerins désarmés. Qu'ils viennent au Saint-Sépulcre, qu'ils prient, qu'ils repartent en sûreté — mes gardes les protégeront comme ils protègent les marchands de Damas. Je ne combats pas votre foi, Richard, je combats vos armées. Le pèlerin qui dépose son épée n'est plus mon ennemi, c'est un hôte sur ma terre, et l'hospitalité est sacrée chez nous comme chez vous. Toi, tu repartiras vers ton royaume d'Occident où l'on dit que ton frère s'agite en ton absence ; moi, je veillerai sur les lieux saints de tous. Que chacun serve son Dieu en paix : voilà ce que ni toi ni moi n'avons pu obtenir par le fer en deux années entières.
Je ne combats pas votre foi, je combats vos armées.
—Une dernière chose, sultan. Quand tu ne seras plus, que restera-t-il de tout cela — de ta dynastie, de tes conquêtes ?
Voilà une question de roi, Richard, et nul ne connaît la réponse hors de Dieu. J'ai fondé en 1174 une maison, celle des Ayyoubides, et j'ai placé mes fils et mon frère à la tête de l'Égypte, de la Syrie, de la Mésopotamie. Survivront-ils unis, ou se déchireront-ils comme se déchiraient les princes que j'ai dû soumettre ? Je l'ignore. Les empires bâtis par un seul homme tiennent rarement plus longtemps que sa mémoire. Mais si l'on doit retenir une chose de moi, je ne souhaite pas que ce soit Hattin ni le sang versé — plutôt qu'un homme né sans royaume a rendu aux croyants leur ville sainte sans la souiller. Le reste, les pierres et les frontières, le temps les défera. La manière dont on a régné, lui, il la garde.
Les empires bâtis par un seul homme tiennent rarement plus longtemps que sa mémoire.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Saladin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


