Interview imaginaire avec Sameera Moussa
par Charactorium · Sameera Moussa (1917 — 1952) · Sciences · 6 min de lecture

Le Caire, au début des années 1950. Dans un laboratoire de l'Université du Caire où crépite un compteur Geiger, une jeune physicienne en blouse blanche relève à peine la tête de ses cahiers de mesures. Samira Moussa, première femme à enseigner les sciences dans cette faculté, accepte de poser un instant ses instruments pour parler de l'atome, de sa mère, et de l'Égypte qu'elle rêve de guérir.
—Vous souvenez-vous du moment où votre vocation s'est décidée ?
Quand ma mère fut emportée par le cancer, j'étais encore une enfant du Caire, impuissante devant une maladie que nul médecin ne savait vaincre. Je me suis juré ce jour-là de ne pas rester les mains vides face à la douleur. C'est pourquoi j'ai orienté toute ma recherche vers l'usage médical des rayonnements : non pour l'abstraction des équations, mais pour la chair souffrante. La radiothérapie m'apparaissait comme une promesse — l'idée qu'un faisceau invisible pût brûler la tumeur sans détruire le malade. Chaque fois que je manipule une source de radium dans son étui plombé, je pense à elle. La science, pour moi, n'a jamais été une carrière ; elle est une dette que je paie à une morte.
La science n'a jamais été une carrière ; elle est une dette que je paie à une morte.
—Que vouliez-vous dire en promettant de rendre le traitement nucléaire accessible à tous ?
J'ai coutume de dire une phrase qui fait sourire mes confrères : « Je ferai en sorte que le traitement nucléaire soit aussi accessible et bon marché que l'aspirine. » Ils y voient une naïveté ; j'y vois un programme. À quoi bon dompter l'atome si seuls les riches peuvent en guérir ? Dans les hôpitaux du Caire, j'ai vu des paysans venus du delta repartir sans soin, faute d'un gramme de radium hors de prix. Mon travail vise précisément à rendre la radiothérapie efficace et abordable, à multiplier les isotopes bon marché plutôt que de réserver l'énergie du noyau aux laboratoires fortunés. Une découverte qui ne descend pas jusqu'au plus humble des malades n'est à mes yeux qu'une demi-découverte.
—Comment avez-vous vécu le fait de devenir la première femme à enseigner les sciences à l'Université du Caire ?
En 1939, je fus diplômée première de ma promotion en radiologie. Peu après, on m'a confié un poste à la faculté des sciences de l'Université du Caire — la première femme à y enseigner. Je n'en mesurais pas toujours l'audace ; j'étais trop occupée à préparer mes cours et mes expériences. Mais je sentais les regards, dans les couloirs, sur cette jeune femme en blouse blanche qui traçait des équations atomiques au tableau. Cette blouse, je l'ai portée comme une armure autant que comme un vêtement de travail. Chaque étudiante qui me voyait devant le tableau noir apprenait, sans un mot, qu'une place lui était désormais possible. Ouvrir cette porte-là valait bien quelques murmures.
—Quel rôle a joué le physicien Mostafa Mosharafa dans votre parcours ?
Mostafa Mosharafa fut plus qu'un professeur : il a cru en moi avant que je n'ose y croire moi-même. C'était un physicien de premier ordre, l'un des rares en Égypte à comprendre où menait la physique du noyau. Il voyait, disait-il à qui voulait l'entendre, une chercheuse d'exception dans l'étudiante que j'étais. C'est lui qui m'a poussée vers la radiation atomique, ce domaine tout neuf où presque rien n'était écrit, quand j'aurais pu me contenter d'une carrière plus tranquille. J'ai préparé mon doctorat dans ce sillage, avec le sentiment vertigineux de défricher une terre vierge. Sans son encouragement, jamais je n'aurais osé toucher à l'atome ; on ne devient savante qu'à condition que quelqu'un, un jour, vous tende la main.
—À quoi ressemble une de vos journées au laboratoire ?
Le matin appartient à l'enseignement ; l'après-midi, au laboratoire. Là, tout devient cliquetis et patience. Le compteur Geiger égrène sa crépitation dès qu'une source s'approche — c'est le pouls de l'ère atomique, ce bruit sec qui trahit la présence de l'invisible. J'aime m'installer devant la chambre de Wilson, ce petit théâtre de brouillard où les particules laissent enfin une trace visible, filaments fugaces d'un monde que nul œil ne perçoit. Autour, les tubes à rayons X, les étuis plombés, les cahiers de mesures. Puis vient l'heure de la bibliothèque, où je lis les publications venues d'Europe et d'Amérique, car la physique du noyau court plus vite qu'aucun de nous. Une bonne journée, pour moi, c'est une trajectoire de plus déchiffrée dans le brouillard.
—En dehors des instruments, comment se prolongent vos soirées de savante au Caire ?
Le laboratoire ne s'éteint jamais tout à fait en moi. Le soir venu, de retour dans mon logement du Caire, je poursuis mes lectures et j'écris à des chercheurs d'Europe et d'Amérique — cette correspondance est mon véritable laboratoire nocturne, celui des idées. La ville, en ces années-là, bruit de débats ; l'élite savante s'y retrouve, on discute d'atomes entre deux verres de thé. Je prépare mes conférences, je relis mes mesures sur les rayons X, je rêve d'appareils que nos hôpitaux n'ont pas encore. Femme instruite, je vis simplement, entre les livres et les cahiers. On m'imagine austère ; je me sens surtout pressée, comme si le temps m'était compté et qu'il fallût tout comprendre avant que la nuit ne tombe.
—Pourquoi avoir organisé, vers 1951, une rencontre pour l'énergie atomique au service de la paix ?
Comment ne pas y penser ? En 1945, deux villes japonaises se sont évanouies sous des champignons de feu, et le monde a compris d'un coup ce que le noyau pouvait détruire. J'avais choisi ce domaine pour guérir, non pour anéantir. Alors, vers 1951, j'ai réuni des savants pour défendre l'idée que l'atome pouvait servir la santé et la paix plutôt que la guerre. On me trouvait présomptueuse, moi, l'Égyptienne, de vouloir que le monde arabe accède à cette science naissante. Mais je refusais que l'énergie du noyau restât aux seules mains des faiseurs de bombes. La même force qui rase une ville peut irradier une tumeur : tout dépend de la main qui la tient, et de l'intention qui la guide.
La même force qui rase une ville peut irradier une tumeur ; tout dépend de la main qui la tient.
—Croyez-vous vraiment que l'Égypte et le monde arabe puissent prendre part à cette révolution atomique ?
On me le demande souvent, avec un sourire poli qui signifie non. Je réponds que la fission nucléaire a été découverte en 1938 par des Européens, mais que les lois du noyau n'appartiennent à aucune race ni à aucun empire. Pourquoi l'Égypte, qui traça la géométrie au bord du Nil, serait-elle condamnée à n'être que cliente de la science des autres ? Il nous faut des isotopes, des instruments, des chercheurs formés — et surtout la volonté de ne pas attendre qu'on nous fasse l'aumône d'un savoir. J'ai grandi sous une tutelle étrangère, j'ai vu mon pays réclamer son indépendance : la science est l'autre nom de cette émancipation. Un peuple qui maîtrise l'atome pour guérir n'est plus tout à fait un peuple soumis.
—Que représentait pour vous ce séjour de recherche aux États-Unis ?
Recevoir une bourse Fulbright en 1951, c'était pouvoir enfin toucher de la main ce que je n'avais lu que dans les revues. J'ai visité plusieurs centres de recherche atomique, jusqu'aux laboratoires de Berkeley, où l'Amérique concentrait alors ce que la physique du noyau avait de plus avancé. J'y allais non comme une élève quémandant un savoir, mais comme une envoyée de mon pays, décidée à rapporter chez nous ce que l'on m'apprendrait. Chaque instrument que je découvrais, je l'imaginais déjà dans un hôpital du Caire. On croit souvent que la science n'a pas de patrie : c'est vrai des lois de la nature, faux des laboratoires qui les servent. Je voulais que l'Égypte eût les siens, et que le monde arabe ne restât pas spectateur de l'ère atomique.
—On raconte qu'on vous a proposé de rester en Amérique. Pourquoi refuser une telle offre ?
On m'a offert, là-bas, de devenir citoyenne américaine, de demeurer parmi les meilleurs laboratoires du monde. J'ai refusé sans hésiter. À quoi bon toute cette science si je ne la ramène pas là où ma mère est morte, là où les malades du delta attendent encore un soin ? Mon pays m'a formée, il m'attend ; je lui dois mon retour. Je sais que ce voyage a ses ombres — une route de Californie, une voiture, des chemins que l'on connaît mal. Dans un domaine où l'on manie des forces plus grandes que soi, on apprend à ne pas trop trembler pour sa propre personne. Ce que je crains, c'est de mourir les mains vides, avant d'avoir rendu à l'Égypte le savoir qu'elle a semé en moi.
Ce que je crains, c'est de mourir les mains vides, avant d'avoir rendu à l'Égypte le savoir qu'elle a semé en moi.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sameera Moussa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


