Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Taytu Betul

par Charactorium · Taytu Betul (1851 — 1918) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Taytu Betul
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Nous retrouvons Taytu Betul dans les appartements du Guébi, le palais impérial d'Addis-Abeba qu'elle a elle-même fait bâtir, un soir où les azmari accordent leurs masenko dans la cour voisine. Une jarre de tej circule parmi les dignitaires tandis que l'impératrice, croix orthodoxe au cou, accepte de revenir sur les moments qui ont façonné son règne.

Racontez-nous ce jour où vous avez découvert l'emplacement de la future Addis-Abeba.

Ce jour de 1886, l'air sentait le froid sec des hauteurs et la fumée des feux de camp. Nous étions montés avec Ménélik vers les crêtes d'Entotto, où sa cour tenait alors ses quartiers, et j'ai voulu pousser plus loin, vers des sources chaudes qui fumaient au creux de la vallée. L'eau y jaillissait presque brûlante ; j'y ai trempé la main comme on éprouve un présage. J'ai regardé les collines, l'abri que formait le terrain contre les vents du nord, et j'ai su que c'était là. J'ai dit à mon époux : « Je veux une maison ici. » Il n'a pas discuté longtemps — il connaissait ce ton chez moi. Nous avons appelé le lieu Addis-Abeba, la fleur nouvelle, et j'ai vu grandir une capitale là où il n'y avait que des bergers et des sources chaudes.

J'ai dit à mon époux : Je veux une maison ici. Il n'a pas discuté longtemps.

Vous avez aussi supervisé la construction du palais impérial. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ?

Une capitale sans demeure digne de son rang n'est qu'un campement qui s'attarde. J'ai voulu que le Guébi dise, dans ses murs mêmes, que l'Éthiopie n'avait besoin d'aucune tutelle étrangère pour bâtir sa grandeur. J'ai choisi l'emplacement des appartements, l'orientation des salles de conseil, la place des icônes peintes à la manière éthiopienne, aux grands yeux qui regardent celui qui prie. Entre 1890 et 1900, j'ai suivi chaque charpente, chaque tenture brodée, comme on suit l'éducation d'un enfant. Ce palais n'était pas un décor : c'était une déclaration, faite de bois et de pierre, à l'intention de quiconque doutait qu'un royaume africain sache s'organiser et se défendre lui-même. Les ambassadeurs qui y furent reçus repartaient rarement avec l'idée que nous étions un peuple à mettre sous tutelle.

Que reteniez-vous de la matinée du 1er mars 1896, à Adoua ?

Le brouillard n'avait pas encore levé sur les collines quand les colonnes italiennes se sont trouvées séparées les unes des autres, chacune croyant affronter l'armée entière. Je n'étais pas restée à Mekele à attendre des nouvelles : j'avais mon propre corps de troupes, et je l'ai conduit vers l'aile où l'ennemi cherchait à se regrouper, pour fermer le passage. On m'avait donné, comme à tout chef de guerre, une épée de cérémonie, le gile à la lame recourbée — ce jour-là, elle n'avait rien d'un ornement. L'encerclement s'est fait dans le vacarme, la poussière rouge des collines du Tigré, les cris dans plusieurs langues de l'Empire à la fois. Quand le silence est revenu sur le champ, en fin de journée, une armée africaine avait brisé l'ambition d'un royaume européen. Je n'ai jamais oublié ce silence-là.

On raconte que les femmes qui vous accompagnaient jouaient un rôle décisif, loin des récits que retiennent les chancelleries. Qu'en dites-vous ?

Les chancelleries écrivent l'histoire des généraux ; elles oublient souvent celles qui portaient l'eau, pansaient les blessures, chantaient pour que les hommes ne tombent pas de fatigue avant même le combat. Dans la tradition de nos woyanit, on dit que je fus de celles qui « portèrent l'eau et l'esprit » sur les champs de bataille — et je ne renierai pas cette description. Une campagne ne se gagne pas seulement à la pointe des lances ; elle se gagne aussi dans les nuits où il faut convaincre un soldat épuisé qu'il reste une raison de se lever à l'aube. J'ai organisé le ravitaillement, veillé aux vivres, tenu conseil avec les épouses des ras qui avaient, elles aussi, leurs propres troupes à nourrir. Sans cette armée de l'ombre, aucune victoire à Adoua n'aurait été possible.

Une campagne ne se gagne pas seulement à la pointe des lances.

Comment avez-vous découvert la manipulation dans le traité de Wuchale ?

Les mots, en diplomatie, sont des armes aussi tranchantes qu'une lame — encore faut-il savoir les lire dans les deux langues à la fois. En 1889, on nous a présenté un texte en amharique et un texte en italien, censés dire la même chose sur nos rapports avec Rome. Ils ne le disaient pas. Là où notre version disait que l'Éthiopie pouvait recourir à l'Italie pour ses relations avec l'étranger, la version italienne affirmait qu'elle le devait — un seul mot, et c'est toute notre souveraineté qui glissait vers un protectorat sans que nous l'ayons signé. J'ai relu l'article dix fois avant d'être sûre de ne pas me tromper, puis j'en ai parlé à mon époux sans détour. On ne nous ferait pas sujets par une virgule mal traduite.

Taytu Betul
Taytu BetulWikimedia Commons, Public domain — Le Petit Journal - H. Meyer

Que s'est-il passé lorsque vous avez dénoncé publiquement cet article ?

Il a fallu des années avant que Rome comprenne que nous ne céderions pas sur ce point, malgré la fermeté qu'ils croyaient pouvoir nous refuser à cause de notre couleur ou de notre lointaineté. Des envoyés étrangers, dont le Français Alfred Ilg, ont assisté à nos conseils et rapporté, je crois, que je m'y montrais aussi résolue que l'empereur, sinon davantage. Entre 1889 et 1893, nous avons multiplié les correspondances, les mises en garde, jusqu'à ce que Ménélik dénonce formellement le traité. Je n'ai jamais compris pourquoi certains s'étonnaient qu'une impératrice se mêle de ces affaires : le trône d'Éthiopie n'appartenait pas qu'à un seul, et je n'allais pas regarder en silence qu'on nous vole notre indépendance sur un malentendu de traducteur.

Vous étiez aussi connue pour vos chants. Que racontaient-ils ?

Le soir, quand les affaires d'État se taisaient enfin, je composais des vers en amharique que les azmari de la cour reprenaient au son du masenko, leur vièle à corde unique. Je chantais nos victoires, la fierté d'un peuple qu'on avait cru facile à soumettre, la beauté aussi des collines du Choa et du Tigré. Un chant n'est pas un décret, mais il voyage plus loin et plus longtemps qu'un décret : les paysans qui n'entendront jamais parler d'un traité connaîtront par cœur le couplet qui célèbre Adoua. J'aimais cette idée que mes mots, portés par la voix d'un musicien ambulant, puissent continuer d'exister dans des bouches que je ne rencontrerais jamais. C'était une autre manière de gouverner, plus discrète que les conseils de guerre, mais tout aussi durable.

Un chant n'est pas un décret, mais il voyage plus loin et plus longtemps qu'un décret.

Qu'espériez-vous que ces chants transmettent, une fois que vous ne seriez plus là pour les chanter ?

Je n'ai jamais cru que l'écrit seul suffisait à garder la mémoire d'un peuple — chez nous, ce sont les voix qui portent l'histoire, de cour en village, d'azmari en azmari. Si mes chants de victoire survivent, je souhaite qu'ils rappellent moins mon nom que ce qu'ils célèbrent : qu'une armée africaine a tenu tête à une puissance d'Europe, et que cela s'est joué à Adoua, pas dans un livre. J'ai grandi dans les traditions du Lac Tana, où la parole chantée avait autant de poids que la loi écrite ; je n'ai fait que continuer, à ma manière, à la cour du Guébi. Que les musiciens changent les mots avec le temps, qu'ils ajoutent leurs propres couplets, cela ne m'inquiète pas — c'est ainsi qu'un chant reste vivant plutôt que de devenir une relique qu'on n'écoute plus.

Après la mort de Ménélik en 1913, comment avez-vous vécu votre éloignement progressif du pouvoir ?

On ne dépossède pas une impératrice de son titre du jour au lendemain ; on la dépossède mot par mot, conseil par conseil, jusqu'à ce qu'on ne l'invite plus. Après 1913, les régents ont placé le jeune Lij Iyasu sur le trône et ont peu à peu vidé mon rôle de sa substance, préférant que mes avis soient discutés en mon absence plutôt qu'en face. Je suis restée au Guébi, j'ai continué de recevoir qui voulait bien encore me consulter, mais le centre du pouvoir avait glissé ailleurs. Cela ne m'a pas rendue amère autant qu'on pourrait le croire : j'avais vu tomber Wuchale, j'avais vu tenir Adoua, je savais que les pouvoirs des hommes — et parfois des femmes — sont toujours provisoires. Ce qui ne l'était pas, c'est ce que nous avions bâti ensemble.

Si vous pouviez imaginer comment on parlerait de vous dans un siècle, que souhaiteriez-vous qu'on retienne ?

Je ne me risquerai pas à deviner ce que diront des générations que je ne verrai jamais — ce serait présomptueux pour une femme qui a déjà vu tant de certitudes se défaire en une seule bataille. Mais si l'on doit se souvenir de quelque chose, que ce soit ceci : qu'une reine née dans les traditions du Lac Tana a su lire un traité mieux que ceux qui l'avaient rédigé, commander des hommes sur un champ de bataille, et nommer de ses propres mots une ville qui n'existait pas encore. Qu'on retienne surtout qu'Adoua ne fut pas un miracle, mais le fruit d'une résistance patiente, commencée bien avant le premier coup de canon. Le reste — mon nom, mes titres — s'effacera comme s'efface toute chose humaine devant Dieu ; ce qui compte, c'est que l'Éthiopie soit restée elle-même.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Taytu Betul. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.