Interview imaginaire avec Te Puea Herangi
par Charactorium · Te Puea Herangi (1883 — 1952) · Politique · Société · 6 min de lecture

En cette fin d'après-midi de 1949, le fleuve Waikato glisse, calme, au pied du marae de Tūrangawaewae à Ngāruawāhia. Dans la salle de réunion Māhinarangi, dont les sculptures portent encore l'odeur du bois malgré les vingt années passées, Te Puea Herangi reçoit, assise sur les nattes tressées, avant de rejoindre un hui qui doit se tenir au coucher du soleil.
—Comment avez-vous pris la décision de vous opposer à la conscription des jeunes hommes du Waikato pendant la Première Guerre mondiale ?
Je n'ai pas décidé cela un matin, en me levant. C'est venu du souvenir posé sur nous depuis les guerres de 1863-1864, quand la Couronne a pris plus d'un million d'acres de nos terres du Waikato — ce que nous appelons le raupatu. Comment un peuple dépouillé enverrait-il ses fils mourir pour la couronne qui l'a dépouillé ? Notre Waikato n'a jamais apposé sa marque sur le Traité de Waitangi signé en 1840 : nous ne devions donc rien à cette Couronne, ni serment ni sang. J'ai écrit, en 1917, ce que je pensais sans détour : « We, the Waikato, have not forgotten the confiscation of our lands. We cannot send our sons to fight for a King whose government took what was ours. » Ces mots n'étaient pas de la colère gratuite. C'était une comptabilité tenue depuis cinquante ans, qu'il fallait enfin dire tout haut.
Comment un peuple dépouillé enverrait-il ses fils mourir pour la couronne qui l'a dépouillé ?
—Vous souvenez-vous des moments où vous avez dû cacher ces jeunes hommes pour les soustraire aux autorités ?
Oui, très bien. Il fallait connaître les marais et les forêts du Waikato mieux que les agents recruteurs envoyés depuis Wellington — et nous les connaissions mieux qu'eux, cela va sans dire. Des garçons de dix-huit, dix-neuf ans dormaient parfois plusieurs nuits loin de leur whare, nourris par leurs mères et leurs tantes qui portaient la nourriture en silence, par des sentiers que je leur indiquais moi-même. Les autorités m'ont menacée d'arrestation plus d'une fois ; je n'ai jamais reculé, car j'estimais porter une responsabilité plus ancienne que la loi de la conscription. Ma whakapapa remonte au roi Tāwhiao, mon grand-père, et cette lignée m'obligeait à protéger, non à livrer. Je n'ai jamais considéré cela comme un acte de bravoure — seulement comme un devoir qu'on ne pouvait pas refuser sans se renier.
—Qu'est-ce qui vous a poussée, en 1921, à entreprendre la construction du village de Tūrangawaewae ?
Je regardais mon peuple vivre dans une pauvreté qui n'avait rien de naturel — elle venait directement des terres qu'on nous avait prises. Je me suis dit qu'il fallait un lieu où tenir debout, et c'est exactement le sens de Tūrangawaewae. Nous avons commencé avec presque rien, à Ngāruawāhia, sur les rives du fleuve. J'ai porté des pierres et du bois comme n'importe quelle femme du chantier ; je crois que les gens travaillaient plus dur en me voyant les mains sales que si j'étais restée à donner des ordres depuis le marae de Waahi. Des familles entières sont venues, certaines presque sans rien à manger, et nous avons bâti ensemble une maison de réunion, puis une autre, jusqu'à ce que ce village devienne le cœur du Kīngitanga.
—En 1929, vous avez inauguré la maison de réunion Māhinarangi. Que représentait ce moment pour vous ?
Ce jour-là, je n'ai pas pu parler longtemps sans que ma voix tremble. Cette maison portait le nom de ma grand-mère, et chaque sculpture sur ses poutres racontait une part de notre whakapapa que je craignais de voir s'effacer. J'ai dit à ceux qui étaient rassemblés que cette maison n'était pas faite seulement de bois : « This house is not built of wood alone — it is built of the tears and labour of our people. » Je pensais aux familles qui avaient quitté leurs foyers pour venir sculpter, tresser, porter l'eau, pendant huit années. Ce n'était pas un monument à moi-même, loin de là — c'était la preuve, devant tout le pays, qu'on ne pouvait nous faire taire, ni par la guerre, ni par la maladie, ni par la loi.
On ne pouvait nous faire taire, ni par la guerre, ni par la maladie, ni par la loi.
—En 1918, l'épidémie de grippe a frappé durement les communautés maories. Comment avez-vous organisé les secours ?
Les autorités sanitaires du gouvernement se sont occupées des villes pākehā et nous ont pratiquement oubliés. Dans le Waikato, des familles entières tombaient malades en quelques jours, sans médecin ni infirmière envoyés jusqu'à nous. J'ai organisé moi-même ce qu'il fallait organiser : des femmes pour veiller les malades, des hommes pour transporter ceux qui ne pouvaient plus marcher, et, trop souvent, pour creuser les tombes. Je n'avais reçu aucune formation de médecin, seulement le sens qu'on ne pouvait pas laisser mourir les gens sans au moins les accompagner dignement. Ce fut l'une des périodes les plus dures de ma vie, mais aussi celle où mon peuple a compris que je resterais avec eux, dans le pire comme dans le reste, sans attendre la permission de Wellington.

—Cette épreuve a-t-elle changé votre manière de concevoir votre rôle auprès de votre peuple ?
Beaucoup, oui. Avant la grippe, j'étais surtout connue pour mon opposition à la conscription — une posture de refus. Après 1918, j'ai compris qu'il ne suffisait pas de refuser ce qu'on nous imposait ; il fallait aussi construire ce qu'on nous refusait. Personne ne viendrait soigner nos malades à notre place, personne ne viendrait relever nos maisons à notre place. C'est de cette leçon, plus que de toute autre, qu'est né mon désir de bâtir Tūrangawaewae trois ans plus tard. Le mana d'une cheffe, à mes yeux, ne se prouve pas dans les discours mais dans la présence, au chevet des malades comme sur un chantier. Mon grand-père Tāwhiao avait uni les tribus par la parole ; moi, j'ai appris qu'il fallait aussi les unir par les mains.
—Vous avez consacré une grande partie de votre vie à recueillir les chants traditionnels. Pourquoi ce combat vous semblait-il aussi urgent ?
Parce que je voyais les anciens mourir les uns après les autres, et avec eux, des waiata que plus personne ne savait chanter en entier. Une chanson perdue, pour nous, ce n'est pas seulement une mélodie : c'est un morceau de whakapapa, un nom, un lieu, un chagrin ancien qui disparaît avec elle. Je notais ce que les vieilles femmes du marae de Waahi voulaient bien me confier, dans un cahier usé que je gardais toujours près de moi, et j'enseignais ensuite ces chants aux jeunes, en formant des groupes qui les portaient d'un hui à l'autre, à travers tout le pays. Ce n'était pas du folklore pour distraire les visiteurs pākehā, même si certains l'ont cru. C'était une manière de dire : nous sommes toujours là, notre mémoire n'a pas été confisquée comme nos terres.
—Comment enseigniez-vous ces chants et ces danses aux plus jeunes ?
Le soir, après les travaux du jour, nous nous rassemblions dans la grande salle et je reprenais, phrase par phrase, un waiata ou les mouvements d'un haka, jusqu'à ce que les corps et les voix les retiennent ensemble. J'insistais aussi sur le tressage — le kete qu'on façonne avec le lin de nos champs, le harakeke — car une jeune fille qui sait tresser un panier tient déjà un savoir que la colonisation n'a pas pu lui enlever entièrement. Je crois que ces soirées comptaient autant que mes lettres aux ministres, peut-être davantage à la longue : un ministre change, un traité se discute pendant des décennies, mais un enfant qui connaît son waiata le transmettra à son tour. C'est une victoire plus lente, mais plus sûre.
—Depuis 1926, vous négociez avec le gouvernement la compensation des terres confisquées en 1863. D'où vient votre patience dans ce combat ?
Elle vient de ce que je n'ai jamais eu le choix d'être impatiente : vingt ans de lettres, de rendez-vous à Wellington, de promesses reportées d'un gouvernement à l'autre, cela apprend une forme de patience qui n'est pas de la résignation. En 1946, j'ai écrit une fois de plus au premier ministre Fraser, presque dans les mêmes termes que dix ans plus tôt : « I write to you once more on the matter of the Waikato lands... My people are patient, but patience without justice is only silence imposed upon us. » Cette même année, nous avons enfin obtenu un premier versement — partiel, loin de réparer un million d'acres perdus, mais c'était la première fois qu'une Couronne reconnaissait, même à demi-mot, que le raupatu avait été une injustice. J'ai pris cela comme un commencement, non comme une fin.
La patience sans justice n'est qu'un silence qu'on nous impose.
—En 1940, au centenaire du Traité de Waitangi, vous avez pris la parole devant tout le pays. Que vouliez-vous que l'on retienne ce jour-là ?
Je voulais qu'on cesse de parler du Traité comme d'une fondation heureuse et partagée par tous, alors que mon Waikato ne l'avait jamais signé et continuait de payer, cent ans plus tard, pour des terres prises par la force en 1863. C'était une tribune que je n'aurais peut-être plus jamais, avec des journalistes venus de tout le pays, et j'ai choisi de ne pas flatter l'occasion. J'ai rappelé qu'une fête du siècle ne referme pas une blessure tant qu'elle n'est pas soignée. Si l'on me demandait aujourd'hui ce que je souhaite qu'on retienne de toute cette vie — les fils cachés dans les marais, la maison bâtie à Tūrangawaewae, les chants sauvés de l'oubli — je répondrais simplement que le mana d'un peuple ne se négocie pas, il se prouve, jour après jour, jusqu'à ce que justice vienne.
Le mana d'un peuple ne se négocie pas, il se prouve, jour après jour.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Te Puea Herangi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


