Interview imaginaire avec Zhou Enlai
par Charactorium · Zhou Enlai (1898 — 1976) · Politique · 6 min de lecture

Zhongnanhai, fin d'après-midi. Dans un bureau sobre où s'entassent télégrammes et rapports, une théière fume sur un plateau tandis que Zhou Enlai, encore vêtu de son costume boutonné jusqu'au col, referme un dossier avant de recevoir son visiteur. Rien ne presse en apparence, sinon le temps lui-même, qu'il semble compter avec la discipline d'un fonctionnaire et la mémoire d'un homme ayant traversé cinquante ans d'histoire chinoise.
—Qu'est-ce qui vous a conduit, jeune homme, à quitter la Chine pour la France puis l'Allemagne au début des années 1920 ?
Je n'avais pas vingt-cinq ans quand j'ai posé mes valises à Paris, dans le cadre de ce que l'on appelait alors le programme travail-études. La Chine que j'avais quittée était livrée aux seigneurs de la guerre, sans boussole ; je cherchais ailleurs des réponses que mon pays ne me donnait pas encore. Entre les usines de la Ruhr allemande et les cafés du Quartier latin, j'ai lu Marx pour la première fois, avec d'autres étudiants chinois aussi affamés que moi. Nous n'étions qu'une poignée, mais c'est là, loin de chez nous, que nous avons posé les fondations de la branche européenne du Parti communiste chinois. Je suis reparti d'Europe convaincu qu'un peuple aussi vieux que le nôtre pouvait encore choisir sa route.
—Comment est née, concrètement, cette branche européenne du parti dont vous fûtes l'un des fondateurs ?
Ce n'est pas né d'un discours ni d'un manifeste solennel, mais de réunions modestes, tenues dans des chambres louées, entre étudiants chinois dispersés entre Paris, Berlin et Bruxelles. Nous recopiions des tracts, nous correspondions, nous discutions jusqu'à tard dans la nuit de ce que la Chine deviendrait, une fois libérée des seigneurs de la guerre et des puissances étrangères. J'ai appris là une discipline que je n'ai plus quittée : celle du travail collectif, où l'organisation compte autant que la conviction. Ce noyau européen, minuscule à l'époque, a fourni au Parti certains de ses cadres les plus utiles dans les décennies qui ont suivi. Je garde de ces années une tendresse certaine, teintée de l'impatience propre à la jeunesse.
—En 1955, vous arrivez à Bandung au milieu de délégations qui se méfient de la Chine communiste. Comment avez-vous abordé cette rencontre ?
On m'avait prévenu que plusieurs délégations arrivaient à Bandung pleines de soupçons à l'égard de cette Chine nouvelle, qu'on peignait volontiers en épouvantail. J'ai choisi de ne pas répondre aux accusations par des accusations. Devant l'assemblée afro-asiatique, j'ai dit en substance que nous n'étions pas venus chercher la querelle, mais un terrain d'entente entre peuples d'Asie et d'Afrique, quitte à réserver nos différends pour plus tard. Ce choix de ton, plus que tel ou tel argument, a fait basculer la salle : des délégués venus prudents sont repartis convaincus que la Chine pouvait être une alliée du monde décolonisé plutôt qu'une menace. Les cinq principes de la coexistence pacifique, que j'avais déjà formulés avec l'Inde l'année précédente, ont trouvé là leur véritable tribune.
Nous n'étions pas venus chercher la querelle, mais un terrain d'entente.
—Ces cinq principes de la coexistence pacifique, que recouvrent-ils exactement pour vous ?
Ils tiennent en peu de mots : le respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, la non-agression, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l'égalité et le bénéfice réciproque, la coexistence pacifique elle-même. Je les ai formulés avec l'Inde en 1954, la même année où je négociais à Genève la fin de la guerre d'Indochine, et je crois que les deux exercices se sont nourris l'un l'autre. Un pays qui sort à peine de la guerre civile et de l'occupation étrangère, comme le nôtre, n'a pas intérêt à imposer un modèle unique au reste du monde ; il a intérêt à ce qu'on le laisse tranquille pendant qu'il se reconstruit. J'ai vu dans ces principes moins une théorie qu'une nécessité pratique, presque une politesse d'État entre nations blessées.
—On raconte qu'à Genève, en 1954, le secrétaire d'État américain Foster Dulles a refusé de vous serrer la main. Que s'est-il passé ?
C'est exact, et je n'ai jamais cherché à l'effacer de ma mémoire. À Genève, en marge des discussions sur l'Indochine, je me suis avancé vers Foster Dulles, la main tendue ; il a tourné les talons. Sur le moment, l'humiliation était nette, devant témoins, dans une salle où nous négociions pourtant d'égal à égal le sort de millions de gens. Je n'ai rien dit, je n'ai rien montré : j'ai appris très tôt qu'un diplomate qui perd son sang-froid perd son dossier. Je me suis contenté de retenir la scène, avec la certitude tranquille qu'un jour l'histoire rétablirait les proportions entre un geste de mépris et le poids réel d'un pays de plusieurs centaines de millions d'âmes.

—Dix-huit ans plus tard, c'est vous qui accueillez Richard Nixon à Pékin. Qu'avez-vous ressenti au bas de cet avion ?
Quand la porte de l'avion s'est ouverte à Pékin, en février 1972, et que le président Nixon a descendu la passerelle la main déjà tendue, j'ai pensé, je l'avoue, à cette autre main refusée dix-huit ans plus tôt à Genève. Je la lui ai serrée longuement, devant les caméras, sachant que ce geste valait davantage que n'importe quel communiqué. Nous avions préparé ce moment dans le plus grand secret, par les canaux discrets ouverts avec Henry Kissinger, loin des micros et des ambassades. Le texte que nous avons signé ensuite, qu'on a appelé le Communiqué de Shanghai, reconnaissait que deux pays de systèmes opposés pouvaient se traiter en égaux, souveraineté contre souveraineté. Vingt ans d'hostilité ne se dissolvent pas en une poignée de main, mais il faut bien un premier geste pour commencer à les dissoudre.
—On vous a surnommé « le survivant » pour avoir traversé vingt-sept années de purges sans jamais perdre votre poste. Comment expliquez-vous cette longévité ?
Vingt-sept ans à la tête du gouvernement, à travers les campagnes, les purges, le Grand Bond en avant puis la Révolution culturelle : je n'ai pas de recette miracle à offrir, seulement une règle que je me suis fixée très tôt, celle de rester utile plutôt que de chercher à briller. Quand les gardes rouges parcouraient les rues en brandissant leur petit livre, j'ai choisi mes combats avec soin : je ne me suis pas opposé de front à ce vent, mais j'ai protégé, en coulisses, des cadres, des savants, des œuvres qu'on menaçait de détruire au nom de la pureté révolutionnaire. On m'a parfois reproché ma prudence ; je préfère l'appeler endurance. Rester en place, quand tout autour de vous s'effondre, ce n'est pas une victoire, c'est un service qu'on continue de rendre à son pays.
Rester en place, quand tout autour de vous s'effondre, ce n'est pas une victoire, c'est un service.

—Le petit livre rouge de Mao était partout pendant ces années. Quel rapport entreteniez-vous avec cet objet devenu si envahissant ?
Ce petit volume rouge, chacun le portait, le brandissait, le récitait dans les usines comme dans les écoles ; il était devenu une sorte de talisman collectif, et je ne me suis jamais permis de le traiter avec légèreté en public. Mais dans mon bureau, autour d'une théière plutôt que d'un slogan, je continuais de recevoir des visiteurs étrangers, de négocier, d'administrer un pays qui ne pouvait pas fonctionner uniquement à coups de citations. Je servais Mao Zedong avec une loyauté que je n'ai jamais reniée, tout en sachant que ma tâche consistait aussi à empêcher que l'État tout entier ne se dissolve dans le culte. Il fallait tenir les deux bouts à la fois : la ferveur qu'on exigeait de tous, et la marche concrète des affaires, des récoltes, des ambassades. C'est un exercice d'équilibriste dont je ne suis pas toujours sorti sans blessures.
—On dit que vous travailliez souvent tard dans la nuit, annotant des rapports pendant que Pékin dormait. À quoi ressemblaient ces heures-là ?
Mes journées ne s'arrêtaient pas avec le banquet du soir. Une fois les invités officiels partis du Grand Palais du Peuple, je rentrais à Zhongnanhai et je reprenais les dossiers qu'on avait empilés sur mon bureau pendant la journée : rapports d'agriculture, télégrammes d'ambassades, demandes de ministères qui attendaient ma signature ou mon arbitrage. Une tasse de thé refroidissait à côté de la lampe pendant que j'annotais, corrigeais, tranchais, souvent jusqu'aux petites heures. Je n'ai jamais considéré cela comme un sacrifice : diriger un pays aussi vaste que le nôtre, sortant de tant de bouleversements, exige qu'on lise tout, qu'on vérifie tout, qu'on ne délègue pas à la légère. Mes collaborateurs se plaignaient parfois de mon rythme ; je leur répondais que le sommeil pouvait attendre, pas les récoltes.
—Vers la fin de votre vie, malade, vous avez continué de travailler depuis votre lit d'hôpital. Que représentait pour vous ce refus de vous arrêter ?
Quand la maladie m'a cloué au lit, je n'ai pas cessé pour autant de faire venir mes dossiers ; on continuait de m'apporter les rapports, et je continuais de les annoter, d'une main sans doute moins sûre qu'auparavant. Je pensais beaucoup, ces derniers mois, au programme que j'avais présenté devant l'Assemblée nationale populaire, celui des quatre modernisations de l'agriculture, de l'industrie, de la défense et de la science : je savais que je ne verrais pas son achèvement, mais je voulais poser les jalons avant de partir. Ce n'est pas de l'entêtement, c'est simplement que je n'ai jamais su séparer ma vie de ma charge. Un pays qui a tant souffert pour se relever ne mérite pas qu'on économise ses dernières forces ; il mérite qu'on les lui donne jusqu'au bout.
Je n'ai jamais su séparer ma vie de ma charge.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Zhou Enlai. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


