Imaginary interview

Imaginary interview with Evelyn Boyd Granville

by Charactorium · Evelyn Boyd Granville (1924 — 2023) · Sciences · Technology · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Evelyn Boyd Granville

Los Angeles, un après-midi de la fin des années 1980. Dans un bureau universitaire où le tableau noir garde encore la trace d'une démonstration effacée à la hâte, Evelyn Boyd Granville reçoit sans façon, une tasse de café à portée de main. La voix est posée, précise, celle d'une femme qui a passé sa vie à vérifier ses calculs deux fois plutôt qu'une.

Où commence votre histoire ?

Elle commence à Washington, en 1924, dans une ville coupée en deux sans qu'on ait besoin de le dire à voix haute. On savait quelles écoles étaient les nôtres, quels bancs, quelles portes. Ce qu'on appelait les lois Jim Crow n'étaient pas pour moi des lignes dans un livre, c'était la géographie de mes journées. Mais ma famille avait une conviction têtue : que l'esprit, lui, ne connaissait pas de barrière tracée à la craie. On m'a appris très tôt que les nombres ne demandaient jamais la couleur de vos mains avant de se laisser résoudre. C'est peut-être là, dans cette contradiction entre une ville qui me fermait des portes et une table de multiplication qui n'en fermait aucune, que tout a pris racine.

Les nombres ne demandaient jamais la couleur de vos mains avant de se laisser résoudre.

Comment se distinguait votre lycée dans cette ville séparée ?

Le lycée Dunbar était réservé aux élèves noirs, et pourtant on y trouvait des professeurs qui, ailleurs, auraient tenu des chaires d'université — des docteurs qu'aucune faculté blanche ne voulait engager. Ils reportaient sur nous toute l'ambition qu'on leur refusait. On appellera plus tard ce genre de lieu une université historiquement noire quand il s'agira du supérieur ; nous, nous vivions déjà cette intensité au lycée. J'en suis sortie major en 1941, non pas malgré ces murs, mais grâce à ce que ces murs contenaient d'exigence. C'est un paradoxe que je n'ai jamais oublié : on nous avait mis à part, et à part on nous avait donné le meilleur.

Racontez ce que représentait votre doctorat, obtenu à Yale en 1949.

Quand j'ai soutenu à Yale en 1949, ma thèse portait sur les séries de Laguerre dans le domaine complexe — de l'analyse fonctionnelle, une région des mathématiques aussi éloignée du quotidien qu'une étoile lointaine. Mon directeur, Einar Hille, ne s'intéressait qu'à la rigueur de ma démonstration, et c'est tout ce que je demandais. Cette année-là, nous étions deux femmes afro-américaines à franchir ce seuil, Marjorie Lee Browne et moi. Je ne l'ai pas vécu sur le moment comme un événement historique ; j'avais simplement une thèse à finir. Ce n'est qu'en me retournant, des années plus tard, que j'ai mesuré combien ce seuil avait été étroit — et combien peu l'avaient franchi avant nous.

J'avais simplement une thèse à finir ; l'Histoire, je l'ai vue après coup.

Avant l'espace, il y a eu l'enseignement à Fisk. Qu'en gardez-vous ?

Au début des années 1950, j'enseignais les mathématiques à l'université Fisk, à Nashville. J'y ai eu deux étudiantes qui, plus tard, sont devenues docteures à leur tour. Je ne connais pas de plus grande fierté. On croit qu'un mathématicien se mesure à ses résultats, à ses trajectoires calculées ; moi, je crois qu'il se mesure aussi à ce qu'il transmet devant un tableau noir, craie en main, quand une chose obscure devient soudain limpide dans le regard d'un autre. Enseigner ne m'a jamais paru inférieur à chercher. Les deux consistent à rendre visible ce qui ne l'était pas encore.

Comment êtes-vous passée de la salle de classe aux fusées ?

En 1956, IBM m'a recrutée, et je me suis retrouvée à calculer des trajectoires pour le programme Vanguard, puis pour Mercury et Apollo. Imaginez la scène : un ordinateur de la série 700 qui occupait une salle entière, ronronnant, et devant lui des paquets de cartes perforées où chaque trou était une instruction. Un seul programme, c'était parfois toute une brassée de cartes qu'il ne fallait surtout pas laisser tomber. Nous, les mathématiciens, nous restions les garants ; la machine calculait vite, mais elle ne savait pas si sa réponse avait un sens. Moi, je le savais. Je posais mes équations avant de lui confier le moindre chiffre.

La machine calculait vite, mais elle ne savait pas si sa réponse avait un sens.

Que ressentait-on à calculer le chemin d'un objet lancé vers le ciel ?

Une trajectoire orbitale, c'est un chemin qu'un engin suivra autour de la Terre sans que personne ne tienne le volant — tout est décidé à l'avance, par les nombres. Je remplissais des tables de trajectoires, colonnes de chiffres donnant à chaque instant la position et la vitesse d'une capsule. Une erreur de virgule, et l'engin manquait le ciel qu'on lui avait promis. Quand Spoutnik est passé au-dessus de nos têtes en 1957, tout le pays a compris l'urgence ; nous, dans nos centres de calcul, nous la vivions déjà. Il y avait quelque chose de vertigineux à penser qu'une ligne de mon carnet devenait, quelques mois plus tard, la route d'un objet réel dans le vide.

Une erreur de virgule, et l'engin manquait le ciel qu'on lui avait promis.

On a longtemps prétendu que les femmes n'avaient pas la bosse des mathématiques. Que répondiez-vous ?

Je souriais, tout simplement. Que voulez-vous répondre d'autre à une idée que votre vie entière dément ? On me disait que les femmes ne pouvaient pas exceller dans cette discipline, et j'avais derrière moi un doctorat de Yale et des trajectoires calculées pour la NASA. Je n'avais pas besoin de discourir ; il me suffisait de raconter mon propre parcours. Dans un texte que j'ai écrit à la fin des années 1980, My Life as a Mathematician, j'ai voulu poser cette existence noir sur blanc, non pour me vanter, mais parce qu'une jeune fille quelque part avait peut-être besoin de lire qu'on pouvait le faire. Le meilleur démenti d'un préjugé, c'est une vie qui l'ignore.

Le meilleur démenti d'un préjugé, c'est une vie qui l'ignore.

Pourquoi avoir écrit un manuel destiné aux professeurs, en 1975 ?

En 1975, j'ai coécrit un ouvrage, Theory and Application of Mathematics for Teachers. L'idée n'était pas de former des chercheurs, mais ceux qui forment les autres — les professeurs. Car un enfant qui prend en horreur les mathématiques a presque toujours croisé, un jour, un adulte qui ne savait pas les lui rendre vivantes. Je voulais donner à ces enseignants de quoi transformer une matière réputée froide en quelque chose qu'on manipule, qu'on comprend, qu'on aime. C'était, d'une certaine manière, prolonger le tableau noir de Fisk à l'échelle d'un pays. On ne calcule pas des trajectoires toute sa vie ; mais on peut, par un manuel, mettre des outils entre bien des mains.

Vous avez vu naître l'informatique. Comment jugiez-vous ces machines ?

Ces ordinateurs des années 1950 étaient à la fois prodigieux et rudimentaires. Prodigieux, parce qu'ils abattaient en une nuit ce qui m'aurait pris des semaines avec ma règle à calcul, cet instrument coulissant que je gardais toujours à portée de main. Rudimentaires, parce qu'ils ne comprenaient rien : il fallait tout leur dicter, trou par trou, sur des cartes perforées. Le mot computer, d'ailleurs, désignait d'abord une personne — quelqu'un qui calculait à la main. Puis la machine a hérité du nom. J'ai vécu ce basculement de l'intérieur, entre la craie et le circuit. Je n'ai jamais cru que la machine remplacerait le mathématicien ; elle exécute, mais c'est encore l'humain qui décide de la question.

La machine exécute, mais c'est encore l'humain qui décide de la question.

Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous transmettre ?

Si l'on devait me lire dans cent ans, j'aimerais qu'une jeune fille — peu importe d'où elle vient, peu importe ce qu'on lui aura dit de ses capacités — referme le livre en pensant : alors c'était possible. Non pas parce que j'aurais été exceptionnelle, mais parce que rien, dans un esprit, ne dépend de la couleur d'une peau ou de l'époque des lois Jim Crow. J'ai appris jusque dans mon grand âge, longtemps après ma retraite, persuadée qu'on ne cesse jamais de comprendre du nouveau. C'est peut-être cela, mon seul message : que l'intelligence n'a pas de date de péremption, et que le monde a tort chaque fois qu'il ferme une porte devant un esprit qui voulait entrer.

L'intelligence n'a pas de date de péremption.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Evelyn Boyd Granville's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.