Imaginary interview

Imaginary dialogue between Billie Holiday and Hazel Scott

by Charactorium · Hazel Scott (1920 — 1981) · Music · Performing Arts · Politics · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Hazel Scott
Wikimedia Commons, Public domain — Trailer screenshot

C'est dans une petite boîte de la rive gauche, un soir d'automne 1957, que Billie Holiday, de passage à Paris pour une tournée, retrouve Hazel Scott tout juste installée dans la ville. Sur le piano droit du fond traîne encore une partition, et deux verres fument doucement dans la lumière rousse des lampes. Les deux femmes se connaissent depuis les nuits du Café Society, ce club où l'une lançait Strange Fruit pendant que l'autre faisait basculer Chopin dans le swing. Billie vient chercher, derrière la vedette, la femme qui a payé ses refus.

Hazel, tu te souviens du Café Society ? Moi je chantais mes peines, et toi tu commençais du Bach avant de tout faire chavirer. Comment te venait cette idée ?

Toi qui montais sur cette même scène, Billie, tu sais mieux que personne l'électricité de ces nuits-là. J'attaquais un prélude tout ce qu'il y a de sérieux, le public retenait son souffle, croyait entendre un concert de conservatoire — et soudain je faisais rouler la main gauche, et le boogie-woogie emportait tout. Ce n'était pas une farce : c'était ma manière de dire que la musique dite savante et la nôtre venaient du même sang. À la Juilliard, enfant, on m'avait appris Chopin. Dans les clubs, j'ai appris le swing. J'ai simplement refusé de choisir entre les deux. Le public, lui, comprenait avant les critiques.

J'ai simplement refusé de choisir entre la musique savante et la nôtre : elles venaient du même sang.

On raconte que tu jouais sur deux pianos à queue en même temps. Dis-moi, ce n'était pas qu'un tour de music-hall pour épater la galerie ?

Un tour, oui, je te l'accorde — mais un tour qui disait quelque chose. Deux pianos à queue face à face, une mélodie sur l'un, sa réponse sur l'autre, mes deux mains menant deux conversations à la fois. Le public riait de plaisir, et moi je savourais qu'une femme, une femme noire, tienne ce plateau entière, sans qu'on m'accompagne, sans qu'on me réduise. Le swing me servait de complice : il autorisait la virtuosité tout en gardant les corps en mouvement. Je crois que le glamour et le sérieux ne s'excluent pas. On peut faire danser une salle et lui imposer, dans le même geste, le respect.

Quand Hollywood t'a appelée, moi je me méfiais de ces studios. Toi tu y es allée. Qu'as-tu trouvé derrière les projecteurs ?

J'y suis allée les yeux ouverts, Billie. Je savais ce qu'on offrait aux femmes comme nous : le tablier, le plateau, la domestique qui roule les yeux au fond du cadre. J'ai fait inscrire dans mes contrats que je n'apparaîtrais que dans mon propre rôle, au piano, en robe, jamais en servante. Sur le tournage de The Heat's On, en 1943, on a voulu habiller des figurantes noires de tabliers sales. J'ai bloqué la production. J'ai tenu jusqu'à ce qu'on leur donne des costumes dignes. On m'a traitée de difficile. Mais une image reste, elle éduque des millions de regards. Je n'allais pas prêter mon piano à l'humiliation des miennes.

Une image reste, elle éduque des millions de regards : je n'allais pas prêter mon piano à l'humiliation des miennes.

Cette élégance que tu affiches, les robes longues, les bijoux — certains y voient de la coquetterie. Pour toi, c'était autre chose, n'est-ce pas ?

C'était une arme, tout simplement. Quand une femme noire montait sur scène drapée de soie, la tête haute, coiffée avec soin, elle contredisait tout ce que la ségrégation racontait sur nous. On voulait nous voir en tablier ou en haillons ? Je me présentais en reine. Chaque robe était une phrase adressée au public : regardez, tenez-vous droits, celle qui joue devant vous ne baissera pas les yeux. Toi qui portes ta fleur dans les cheveux, tu sais qu'un détail peut devenir une signature, presque un manifeste. Le raffinement n'était pas de la vanité. C'était la dignité rendue visible, à un moment où l'on nous la refusait partout ailleurs.

En 1950, tu as eu ton émission à la télévision, la première pour une femme comme nous. Ça a dû te paraître irréel ?

Irréel, oui, et fragile — je le sentais déjà. The Hazel Scott Show, mon nom, mon piano, dans les foyers de tout le pays, la première fois qu'une Afro-Américaine présentait son propre programme national. J'y voyais une porte qui s'ouvrait, pas seulement pour moi mais pour toutes celles qui viendraient après. Je choisissais mes morceaux, je parlais, j'existais en mon nom propre. C'était encore mieux que la scène : la télévision entrait chez les gens sans leur demander la couleur de leur peau ni celle de la mienne. J'ai cru, quelques semaines, que le pays changeait enfin. Je n'imaginais pas à quelle vitesse on pouvait tout refermer.

La télévision entrait chez les gens sans leur demander la couleur de leur peau ni celle de la mienne.
Hazel Scott 1947
Hazel Scott 1947Wikimedia Commons, Public domain — James J. Kriegsmann

Puis ton nom a paru dans ce pamphlet, Red Channels. Tu es allée t'expliquer devant le HUAC. Où as-tu trouvé ce courage ?

Le courage, Billie ? La colère, plutôt. Red Channels m'avait rangée, sans une preuve, parmi cent cinquante artistes soupçonnés de je ne sais quelles sympathies. Une brochure, quelques lignes, et une carrière brisée. Je n'allais pas me taire. J'ai demandé à témoigner, de moi-même, devant ce comité, en septembre 1950. Je leur ai dit que les artistes de ce pays ne rêvaient que de servir, et qu'on ne devait pas les rayer des listes par les calomnies d'hommes petits et mesquins. Quelques jours plus tard, DuMont annulait mon émission. J'avais parlé haut, et on m'a fait payer. Mais je préfère avoir parlé et perdu que m'être tue pour durer.

Je préfère avoir parlé et perdu que m'être tue pour durer.

Tu as toujours refusé les salles où l'on séparait les nôtres des Blancs. Moi j'ai souvent dû jouer là où on me disait de jouer. Comment as-tu tenu ?

Je l'ai mis noir sur blanc dans mes contrats, Billie : pas de salle séparée, ou pas de Hazel Scott. C'était ma seule façon de dormir la nuit. À quoi bon jouer une musique de liberté devant un public qu'on parque comme du bétail selon sa couleur ? Je sais bien que tout le monde n'avait pas ce pouvoir de refuser — j'avais un nom, une renommée, ils me donnaient un levier. Alors je m'en suis servie. Chaque fois qu'un directeur cédait et laissait les gens s'asseoir où ils voulaient, c'était une petite victoire arrachée sans une pancarte ni un discours, juste au bas d'un contrat.

Hazel Scott in Israel on December 2, 1962 - D796-100 (39283268700) (cropped)
Hazel Scott in Israel on December 2, 1962 - D796-100 (39283268700) (cropped)Wikimedia Commons, Public domain — Fritz Cohen

On m'a dit qu'un jour, dans l'Ouest, on t'a refusé un repas à cause de ta peau. Qu'as-tu fait, toi, ce jour-là ?

C'était à Pasco, dans l'État de Washington, en 1949. J'entre dans un restaurant, on refuse de me servir — mon visage, ma couleur, rien d'autre. Une humiliation que tu connais aussi bien que moi, on l'a toutes avalée cent fois. Mais ce jour-là, j'ai décidé de ne pas l'avaler. J'ai porté plainte. Je voulais qu'un tribunal, des mots officiels, actent que cela n'était pas normal, que cela avait un nom et devrait un jour avoir un tort. On ne gagne pas toujours ces batailles-là. Mais une plainte déposée, c'est une trace, c'est dire tout haut : je ne consens pas. Le silence, lui, ratifie l'injure.

Le silence ratifie l'injure : une plainte déposée, c'est dire tout haut que je ne consens pas.

Et te voilà à Paris, comme moi ce soir. Dis-moi vrai, Hazel : tu es venue chanter l'Europe, ou tu es venue fuir l'Amérique ?

Les deux, Billie, et je ne m'en cache pas. Après le HUAC, après l'émission perdue, l'air de mon pays m'était devenu irrespirable. Ici, on m'écoute sans regarder la couleur de la salle. Je monte sur scène et personne, dans le public, n'a été assigné à sa rangée selon sa peau. Tu ne peux pas savoir ce que cela repose, de jouer enfin sans cette épine plantée dans le dos. Paris ne m'a pas guérie de l'Amérique — je la porte partout, mes combats sont là-bas. Mais ici, quelques années, je vais pouvoir n'être qu'une musicienne. Rien qu'une musicienne. C'est un luxe que je n'avais plus connu depuis longtemps.

Toi qui as tant lutté chez nous, ça ne te ronge pas un peu d'être partie, de jouer loin des tiens qui restent là-bas ?

Ça me ronge, oui, je ne vais pas te mentir à toi. Il y a des matins où je me sens en fuite, comme une déserteuse pendant que les miens encaissent encore les coups. Puis je me raisonne. J'ai passé des années à me défendre au lieu de créer ; ici je peux enfin travailler mon piano en paix, enregistrer, exister. Un artiste vidé de sa musique ne sert plus personne, ni les siens ni lui-même. Alors je reprends des forces sur ces scènes européennes, devant ces publics libres. Et le jour où l'Amérique sera prête à nous entendre autrement, sois tranquille, Billie : je saurai retrouver le chemin de la maison.

See the full profile of Hazel Scott

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hazel Scott's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.