Imaginary interview with Yaa Akyaa
by Charactorium · Yaa Akyaa (1840 — ?) · Politics · Culture · 6 min read
Nous la retrouvons dans sa modeste demeure de l'île de Mahé, aux Seychelles, où l'exil a fini par ressembler à une seconde vie. Le fils qu'elle a suivi jusqu'ici, l'Asantehene Prempeh Ier, loge non loin ; elle reçoit peu de visiteurs, mais accepte ce soir de reparler de Kumasi. Sa voix garde l'autorité de la cour, même à des milliers de kilomètres du trône d'or.
—Que signifiait vraiment, pour vous, porter le titre d'Asantehemaa au sein du royaume ashanti ?
On croit souvent que la mère du roi se contente de veiller sur son fils. Ce n'est pas ainsi qu'on l'entend à Kumasi. L'Asantehemaa nomme les candidats au trône, et sans son assentiment, nul ne peut être installé sur le dwa sacré. Chez nous le sang royal se transmet par les femmes — c'est ce que les savants appellent la matrilinéarité — si bien que je n'ai jamais tenu mon autorité de mon fils : je la tenais de ma propre lignée, avant même qu'il ne règne. Je recevais les rapports des chefferies dès le matin, après les libations aux ancêtres, et l'après-midi je tranchais des différends que l'Asantehene lui-même n'osait trancher seul. Ce n'est pas un rôle d'ombre. C'est un pouvoir plein, simplement enveloppé de silence.
Je n'ai jamais tenu mon autorité de mon fils : je la tenais de ma propre lignée.
—Racontez-nous la dispute de succession de 1887 et 1888, lorsque plusieurs prétendants se disputaient le trône.
Après la mort de Mensa Bonsu, en 1884, la confédération s'est trouvée sans tête, et les prétendants se comptaient par poignées. On m'a pressée de plusieurs côtés, avec des présents, des promesses, des menaces polies. J'ai regardé mon fils Agyeman Prempeh, encore jeune, et j'ai su qu'il fallait un roi capable de tenir tête à ce qui montait de la côte — les Anglais rôdaient déjà autour de nos frontières commerciales. J'ai porté sa candidature devant le conseil, chefferie après chefferie, jusqu'à ce que les voix se rassemblent. En 1888, il fut intronisé Asantehene, et moi officiellement Asantehemaa. Ce n'était pas un cadeau de mère à fils. C'était un choix politique, pesé comme on pèse l'or, pour qu'un royaume ne se brise pas au moment où il en avait le moins les moyens.
—Que représentait pour vous le Sika Dwa Kofi, le trône d'or ?
On ne s'assoit pas dessus. Voilà ce que les Britanniques n'ont jamais compris, même après qu'on le leur a répété à Kumasi comme aux Seychelles. Le Sika Dwa Kofi n'est pas un siège, c'est l'âme du peuple ashanti tout entier, apparue dit-on du haut du ciel au temps d'Osei Tutu. Un roi peut être capturé, exilé, humilié — on peut me faire baisser la tête devant un gouverneur — mais tant que le trône reste caché, intact, non souillé par un postérieur étranger, le royaume respire encore quelque part. J'ai appris plus tard, ici en exil, qu'on avait exigé de s'y asseoir et que cela avait soulevé tout le pays derrière une femme, Yaa Asantewaa. Je n'en ai pas été surprise. On peut nous prendre nos terres. On ne prend pas si facilement une âme.
On peut nous prendre nos terres. On ne prend pas si facilement une âme.
—Vous portiez le kente et l'or lors des cérémonies royales. Que disaient ces parures de votre rang ?
Le kente que je drapais n'était pas un tissu qu'on choisit au marché : certains motifs, certaines couleurs assemblées en bandelettes m'étaient réservés, à moi seule, distincts de ceux de l'Asantehene. On y ajoutait les bracelets épais, les colliers, les sandales dorées — notre sous-sol donne tant d'or que les étrangers ont fini par nommer nos rivages la Côte-de-l'Or. Mais ce n'était pas de la vanité. Quand j'entrais sous mon propre grand parasol d'apparat, le peuple savait, avant même que j'ouvre la bouche, qu'une autorité distincte de celle du roi venait de s'asseoir. Ici, à Mahé, je n'ai plus ni kente ni or aux poignets. Je porte encore, je crois, la même droiture dans le dos.
—On raconte que les officiers britanniques s'étonnaient de vous voir prendre la parole lors des audiences diplomatiques. Que leur répondiez-vous ?
Ils arrivaient persuadés de ne discuter qu'avec un roi entouré de conseillers muets. Ils découvraient une femme assise près de l'Asantehene, qui parlait, qui contredisait, dont l'avis pesait autant que le sien sinon davantage. Je crois qu'un journal de Londres a même noté la scène, en février 1896, cette soumission où l'on me voyait aux côtés de mon fils comme si ma présence allait de soi. Elle allait de soi, en effet : chez nous, l'Asantehemaa et l'Asantehene ne se séparent jamais dans les affaires qui touchent au royaume. Je ne prenais pas la parole par audace. Je la prenais parce que c'était ma fonction depuis l'après-midi de mes audiences à Kumasi, bien avant qu'un uniforme anglais n'entre dans la pièce.
—Entre 1891 et 1895, le conseil royal refusa à plusieurs reprises le protectorat que proposaient les Britanniques. Quel rôle y avez-vous joué ?
Ils appelaient cela un protectorat, un mot doux pour dire qu'ils voulaient décider de nos guerres et de nos alliances à notre place. J'ai siégé à ces délibérations, année après année, et j'ai vu mon fils repousser l'offre chaque fois qu'elle revenait, habillée différemment. En 1895, nous avons même envoyé une délégation jusqu'à Londres pour plaider notre indépendance devant leurs propres ministres — elle est revenue sans rien obtenir, sinon la certitude que la décision était déjà prise ailleurs. Je n'ai jamais soutenu qu'on cède. Un royaume qui accepte qu'on gouverne ses relations avec l'étranger n'est plus un royaume, c'est une antichambre. Nous préférions rester debout, même si rester debout allait bientôt nous coûter très cher.
—Que s'est-il passé le jour où le gouverneur Maxwell exigea la soumission de votre fils, en janvier 1896 ?
On nous a fait venir devant lui, à Kumasi même, comme si notre propre capitale n'était plus tout à fait la nôtre. Il exigeait que Prempeh s'incline publiquement devant la Couronne. Moi, j'ai d'abord refusé de baisser la tête — une reine-mère ne s'incline pas sur commande, ce n'est écrit dans aucune loi akan. Mais j'ai regardé mon fils, seul devant cette exigence, et j'ai fini par baisser la tête à ses côtés. Je l'ai appris plus tard, les Anglais ont noté la scène dans leurs dépêches comme une simple formalité administrative, une prise en charge du roi et de sa mère. Pour nous, ce n'était pas une formalité. C'était la première fois qu'on voyait le sommet du royaume plier en public.
Une reine-mère ne s'incline pas sur commande, ce n'est écrit dans aucune loi akan.
—Comment avez-vous vécu, intérieurement, ce moment d'humiliation publique devant le gouverneur ?
Je n'ai pas pleuré, si c'est ce qu'on imagine. On ne pleure pas devant l'ennemi, on garde son visage comme on garde un objet précieux, sans fissure visible. J'ai pensé au trône d'or qu'on n'avait pas encore osé toucher, à toutes les reines-mères avant moi qui avaient tenu leur rang dans des moments plus calmes que le mien. Baisser la tête n'était pas céder l'âme du royaume — cela, aucun gouverneur ne peut l'exiger, aucun papier signé ne peut le contenir. C'était accepter, pour un instant, que le corps plie afin que l'essentiel survive ailleurs, caché. J'ai gardé cette dignité contrainte comme on garde une braise sous la cendre : invisible, mais pas éteinte.
—Pouvez-vous nous décrire le chemin qui vous a menée de Kumasi jusqu'aux Seychelles ?
D'abord le fort d'Elmina, où l'on nous a gardés après notre arrestation, dans des murs bâtis par des Européens venus avant même les Anglais. Puis Freetown, en Sierra Leone, une étape que je n'avais jamais imaginé connaître, plus loin encore de Kumasi que je ne l'aurais cru possible. Et enfin cette île, Mahé, où l'océan n'a plus rien de commun avec les rivières de chez nous. Chaque étape m'éloignait un peu plus de la terre où reposent nos ancêtres, et je sentais, à chaque traversée, qu'on essayait de couper le fil entre le royaume et ceux qui l'incarnaient. Ils ont réussi à déplacer nos corps. Je ne suis pas certaine qu'ils aient déplacé autre chose.
—Après tant d'années loin de Kumasi, que représente pour vous la continuité que vous avez cherché à préserver ?
J'aurais pu rester seule au pays, soumise, et laisser mon fils partir en exil sans moi. Je ne l'ai pas fait. Une Asantehemaa ne se sépare pas de son Asantehene, même quand l'un et l'autre n'ont plus de royaume visible à administrer. Tant que nous sommes restés ensemble, ici, la lignée n'était pas rompue — elle était seulement déplacée, comme un feu qu'on transporte d'une case à l'autre sans le laisser mourir. Je ne reverrai sans doute pas Kumasi de mon vivant, je le sais. Mais la matrilinéarité ne s'arrête pas à une frontière coloniale : le sang continue de couler par les femmes de ma famille, où qu'elles se trouvent, et j'aime croire qu'un jour ce fil retrouvera le chemin du palais.
Le sang continue de couler par les femmes de ma famille, où qu'elles se trouvent.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Yaa Akyaa's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


