Aboû Nouwâs

Aboû Nouwâs

756 — 814

califat abbasside

LettresMoyen ÂgeÉpoque abbasside, âge d'or de la civilisation islamique (VIIIe-IXe siècle)

Poète arabo-persan né vers 756, considéré comme l'un des plus grands poètes de langue arabe de l'époque abbasside. Il vécut à la cour de Bagdad sous les califes Haroun al-Rachid et Al-Amine, célébrant le vin, l'amour et la nature avec une liberté provocatrice.

Citations célèbres

« Accumulez les péchés, puis demandez pardon — vous trouverez un Seigneur qui pardonne et qui est miséricordieux. »

Faits marquants

  • Né vers 756 en Perse (actuel Iran ou Irak), de père arabe et de mère persane
  • Forma sa culture littéraire à Bassora et Koufa, centres intellectuels du monde islamique
  • Devint poète attitré à la cour du calife Haroun al-Rachid à Bagdad
  • Célèbre pour ses khamriyyât (poèmes bachiques) et ses ghazals amoureux
  • Décédé vers 814 à Bagdad ; cité dans Les Mille et Une Nuits

Œuvres & réalisations

Dîwân — Khamriyyât (Poèmes bachiques) (fin VIIIe – début IXe siècle)

Recueil de plus de 400 poèmes célébrant le vin, considéré comme le chef-d'œuvre absolu d'Abû Nouwâs. Ces poèmes révolutionnèrent la poésie arabe en faisant de la taverne et de l'ivresse un thème littéraire majeur.

Dîwân — Ghazaliyyât (Poèmes d'amour) (fin VIIIe – début IXe siècle)

Ensemble de poèmes lyriques amoureux d'une grande liberté formelle et thématique, célébrant la beauté humaine avec une audace qui scandalisa les gardiens de la morale de l'époque.

Dîwân — Madîh (Poèmes panégyriques) (fin VIIIe – début IXe siècle)

Poèmes de louange composés pour les califes Haroun al-Rachid et al-Amine, ainsi que pour de grands dignitaires. Ces pièces témoignent du talent d'Abû Nouwâs à manier l'éloge tout en y glissant parfois une ironie subtile.

Dîwân — Tardiyyât (Poèmes de chasse) (fin VIIIe – début IXe siècle)

Abû Nouwâs renouvela le genre des poèmes de chasse en y introduisant un sens aigu de l'observation de la nature et des animaux, rompant avec les conventions bédouines traditionnelles.

Dîwân — Zuhdiyyât (Poèmes de dévotion) (début IXe siècle)

Poèmes de repentir et de piété composés vers la fin de sa vie, représentant un contrepoint saisissant à ses œuvres bachiques et nourrissant le débat sur la sincérité de sa conversion tardive.

Anecdotes

Abû Nouwâs était si célèbre pour ses poèmes sur le vin qu'il fut emprisonné plusieurs fois par ordre des califes, dont Haroun al-Rachid lui-même. Pourtant, ce même calife le faisait régulièrement libérer, car il appréciait trop son génie poétique pour se passer de sa compagnie à la cour de Bagdad.

Le poète aurait un jour composé un poème en l'honneur d'un marchand de vin chrétien qui lui offrait ses meilleures amphores. Ce geste illustre bien l'esprit de Bagdad à l'époque abbasside : une ville cosmopolite où musulmans, chrétiens et juifs cohabitaient et partageaient parfois les mêmes tavernes.

Abû Nouwâs est l'un des rares poètes arabes classiques à être entré dans Les Mille et Une Nuits. Il y apparaît comme le bouffon espiègle du calife Haroun al-Rachid, jouant des tours et sortant toujours de mauvais pas grâce à son esprit vif et à ses vers improvisés.

Né d'un père arabe et d'une mère persane, Abû Nouwâs maîtrisait parfaitement les deux cultures. Il s'appuya sur la tradition poétique persane du vin et de l'amour pour renouveler profondément la poésie arabe classique, introduisant des thèmes et des images qui choquèrent les puristes de son époque.

À la fin de sa vie, on dit qu'Abû Nouwâs se serait repenti de ses excès et aurait composé des poèmes de dévotion religieuse sincère. Cette conversion tardive, réelle ou légendaire, alimenta longtemps les débats des lettrés sur la nature véritable du personnage.

Sources primaires

Dîwân d'Abû Nouwâs — Khamriyyât (Poèmes bachiques) (fin VIIIe – début IXe siècle)
Verse-moi du vin et dis-moi que c'est du vin, ne me le cache pas sous des voiles d'allégorie. Le vin des joues du bien-aimé et le vin de la coupe sont deux vins, mais celui de la coupe est le plus noble.
Al-Aghânî (Le Livre des Chansons) — Abû al-Faraj al-Isfahânî (Xe siècle (compilé vers 967))
Il est rapporté qu'Abû Nouwâs récita devant le calife Haroun al-Rachid un poème si audacieux que celui-ci ordonna son emprisonnement, puis le fit libérer le lendemain, incapable de résister à son talent.
Les Mille et Une Nuits — Recueil de contes (compilation IXe-XVe siècle)
Abû Nouwâs se presenta devant le Commandeur des croyants et improvisa des vers qui firent rire toute la cour, si bien que le calife lui remit une bourse d'or et lui pardonna ses frasques passées.
Wafayât al-Ayân (Nécrologies des notables) — Ibn Khallikân (XIIIe siècle (compilé vers 1256))
Abû Nouwâs al-Hasan ibn Hânî al-Hakamî était originaire d'Ahvaz. Il fut le poète le plus doué de son époque pour les poèmes bachiques et les poèmes libertins, et aucun ne l'égala dans cet art.

Galerie

Abu Nuwas

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Confessions of Abu Nuwas 3

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Confessions of Abu Nuwas 5

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Abu Nuwas fi mabadhilih

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Abū Nuwās, Sayr mulhimah min al-Sharq wa-al-Gharb

Abū Nuwās, Sayr mulhimah min al-Sharq wa-al-Gharb

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Voir aussi