Al-Ghazali(1056 — 1111)

Al-Ghazali

Empire seldjoukide

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LettresPhilosophiePhilosopheMoyen ÂgeMoyen Âge islamique — âge d'or de la civilisation arabo-musulmane (XIe-XIIe siècle)

Théologien, philosophe et mystique musulman d'origine persane, Al-Ghazali est l'une des figures intellectuelles les plus influentes de l'islam médiéval. Il opère une synthèse entre la théologie sunnite, la philosophie et le soufisme dans son œuvre maîtresse, la Revivification des sciences religieuses.

Questions fréquentes

Al-Ghazali (1058-1111) est un théologien, philosophe et mystique persan qui a opéré une synthèse décisive entre la théologie sunnite, la philosophie et le soufisme. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a réconcilié la dimension intérieure de la foi avec la rigueur intellectuelle, rendant le soufisme acceptable pour l'orthodoxie sunnite. Son œuvre maîtresse, Ihya 'Ulum al-Din (Revivification des sciences religieuses), est considérée comme l'un des textes fondateurs de la spiritualité islamique. Pour comprendre son importance, il faut se rappeler qu'il a vécu à l'époque de l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane, sous les Seldjoukides, et qu'il a enseigné à la prestigieuse madrasa Nizamiyya de Bagdad.

Citations célèbres

« La connaissance sans action est folie, et l'action sans connaissance est néant. »
« Aie confiance en Dieu, mais attache ton chameau. »

Faits marquants

  • Né vers 1058 à Tus, en Perse (actuel Iran)
  • Enseigne à la prestigieuse madrasa Nizamiyya de Bagdad à partir de 1091
  • Rédige Tahafut al-Falasifa (L'Incohérence des philosophes) vers 1095, critique d'Aristote et d'Avicenne
  • Traverse une crise spirituelle vers 1095 et abandonne l'enseignement pour se consacrer au soufisme
  • Compose l'Ihya Ulum al-Din (Revivification des sciences religieuses), sa somme majeure, vers 1097-1105
  • Décède en 1111 à Tus

Œuvres & réalisations

Ihya 'Ulum al-Din (Revivification des sciences religieuses) (vers 1096-1097)

Son chef-d'œuvre en quarante volumes, rédigé pendant sa retraite à Damas, qui synthétise théologie, jurisprudence, éthique et mystique soufie. Considéré comme l'une des cinq œuvres les plus importantes de la littérature islamique, il est encore étudié dans les universités religieuses du monde entier.

Tahafut al-Falasifa (L'incohérence des philosophes) (vers 1095)

Critique radicale des philosophes aristotéliciens (Ibn Sina, al-Farabi) qui, selon Al-Ghazali, tombent dans l'hérésie sur vingt points, dont l'éternité du monde. Cette œuvre fut si décisive qu'Ibn Rushd (Averroès) lui consacra une réfutation point par point.

Al-Munqidh min al-Dalal (Délivrance de l'erreur) (vers 1108)

Autobiographie spirituelle dans laquelle Al-Ghazali retrace son parcours intellectuel et mystique, de ses doutes radicaux à sa certitude retrouvée par la voie soufie. Ce texte est souvent comparé aux Confessions de saint Augustin par sa profondeur introspective.

Maqasid al-Falasifa (Les intentions des philosophes) (vers 1094)

Exposé neutre et synthétique de la philosophie d'Ibn Sina, rédigé comme préparation à sa critique dans le Tahafut. Ironiquement, traduit en latin au XIIe siècle sans son pendant critique, ce texte fit croire aux scolastiques médiévaux qu'Al-Ghazali était lui-même un philosophe aristotélicien.

Kimiya-yi Sa'adat (L'alchimie du bonheur) (vers 1105)

Version abrégée de l'Ihya rédigée en persan, langue vernaculaire, pour rendre accessible à un plus large public son enseignement spirituel. Ce choix linguistique rare chez un savant de son rang témoigne de sa volonté de toucher au-delà des cercles savants.

Ayyuha al-Walad (Ô jeune homme !) (vers 1105-1110)

Lettre-testament adressée à un disciple, condensant les conseils essentiels du maître sur la relation entre savoir et pratique spirituelle. Bref mais très lu, ce texte fut utilisé comme manuel d'initiation dans les cercles soufis.

Anecdotes

Vers 1095, au sommet de sa gloire, Al-Ghazali enseigne devant trois cents élèves à la prestigieuse madrasa Nizamiyya de Bagdad lorsqu'il est soudainement frappé d'une crise mystique profonde : il perd la voix, incapable de prononcer un seul mot en chaire. Il interprète ce silence comme un signe divin lui enjoignant d'abandonner la gloire mondaine pour chercher la vérité intérieure.

Al-Ghazali raconte dans son autobiographie spirituelle, le Délivrance de l'erreur, qu'il a traversé une période de doute radical comparable au doute cartésien, remettant en question jusqu'à la fiabilité de ses sens et de sa raison. Cette crise dura deux mois, pendant lesquels il vécut dans un état proche de la paralysie intellectuelle, avant d'être 'guéri' par une lumière divine.

Après avoir quitté Bagdad en secret en 1095 — laissant croire à un pèlerinage à La Mecque pour éviter les pressions de ses protecteurs — il passa dix ans à voyager incognito entre Damas, Jérusalem, La Mecque et Médine, vivant en ascète soufie sous un manteau de laine grossière, pratiquant la retraite spirituelle dans le minaret de la Grande Mosquée de Damas.

Son œuvre maîtresse, la Revivification des sciences religieuses, fut si controversée au Maghreb que le sultan almoravide Ali ibn Yusuf en ordonna le brûlage public à Cordoue et Marrakech vers 1109, estimant qu'elle accordait trop de place au soufisme. Paradoxalement, ce même livre est aujourd'hui considéré comme l'un des textes fondateurs de la spiritualité islamique sunnite.

Al-Ghazali rédigea le Tahafut al-Falasifa ('L'incohérence des philosophes') pour démontrer que les grands philosophes comme Ibn Sina et al-Farabi commettaient des erreurs graves, notamment en affirmant l'éternité du monde et en niant la résurrection corporelle. Cette œuvre suscita une réfutation célèbre d'Ibn Rushd (Averroès), le Tahafut al-Tahafut, illustrant le grand débat intellectuel qui traversa la civilisation islamique médiévale.

Sources primaires

Al-Munqidh min al-Dalal (Délivrance de l'erreur) (vers 1108)
« Je compris que pour connaître la vérité des choses, il me fallait d'abord connaître la vérité de la connaissance elle-même. Il m'apparu alors que la connaissance certaine est celle où la chose connue se révèle sans qu'aucun doute ne soit possible, sans que l'erreur ni la supposition ne puissent l'accompagner. »
Ihya 'Ulum al-Din (Revivification des sciences religieuses), Livre I (vers 1096-1097)
« La science est de deux sortes : la science de la pratique religieuse, qui est une obligation individuelle, et la science de l'état du cœur, qui est l'obligation la plus importante. Car la guérison du cœur, l'extirpation de ses vices et l'ornement de ses vertus constituent le fondement de toute religion. »
Tahafut al-Falasifa (L'incohérence des philosophes), Préface (vers 1095)
« Les philosophes se glorifient de leurs opinions sur les mathématiques et la logique, et les gens simples les admirent ; mais si l'on examine leurs opinions métaphysiques, on y trouve des contradictions manifestes. Je veux donc exposer l'incohérence de leur philosophie. »
Ayyuha al-Walad (Ô jeune homme !) (vers 1105-1110)
« La science sans action est folie, et l'action sans science est vaine. Sache que la science seule ne te délivrera pas du feu de l'enfer, mais que c'est l'action qui t'en délivrera, à condition qu'elle soit accompagnée de science. »

Lieux clés

Tus (Khorasan, Iran actuel)

Ville natale d'Al-Ghazali, aujourd'hui proche de Mashhad. C'est là qu'il naquit, reçut sa première éducation, et mourut en 1111, revenu dans sa ville d'origine pour y finir ses jours dans la méditation.

Nishapur (Khorasan, Iran actuel)

Centre intellectuel majeur où Al-Ghazali étudia sous la direction d'al-Juwayni, le plus grand théologien ash'arite de son temps. Il y retourna brièvement enseigner en 1106.

Bagdad (Iraq actuel)

Capitale du califat abbasside où Al-Ghazali enseigna à la prestigieuse Nizamiyya de 1091 à 1095, au sommet de sa gloire. C'est là qu'il rédigea son Tahafut al-Falasifa et connut sa crise spirituelle.

Damas (Syrie actuelle)

Ville où Al-Ghazali se retira dans la Grande Mosquée des Omeyyades pour une retraite ascétique de plusieurs années après son départ de Bagdad. Il y commença la rédaction de la Revivification des sciences religieuses.

La Mecque et Médine (Arabie Saoudite actuelle)

Al-Ghazali accomplit le pèlerinage du hajj et séjourna aux deux villes saintes, approfondissant sa pratique spirituelle soufie. Ces séjours nourrirent les sections rituelles de l'Ihya.

Voir aussi