Apep

Apep

MythologieSpiritualitéAvant J.-C.Mythologie de l'Égypte ancienne (Ancien, Moyen et Nouvel Empire, environ 2700–1070 av. J.-C.)

Apophis, ou Apep, est le serpent géant du chaos dans la mythologie égyptienne antique. Chaque nuit, il attaque la barque solaire de Rê dans le monde souterrain, menaçant l'ordre cosmique. Il est l'incarnation absolue du chaos, des ténèbres et du néant.

Faits marquants

  • Apophis est attesté dès le Moyen Empire (vers 2055–1650 av. J.-C.) dans les textes religieux égyptiens.
  • Il combat chaque nuit la barque de Rê dans le monde souterrain (Douat), menaçant le lever du soleil.
  • Des rituels spécifiques, comme le 'Livre d'Apophis', étaient récités par les prêtres pour repousser le serpent.
  • Il est systématiquement vaincu par les dieux protecteurs, notamment Seth et Rê, garantissant le retour du jour.
  • Apophis n'a jamais eu de culte officiel en Égypte : aucun temple ne lui était dédié, car le représenter était déjà risqué.

Œuvres & réalisations

Livre de Repousser Apophis (Buch vom Apopis abwehren) (Vers 1550–1070 av. J.-C.)

Manuel rituel complet décrivant les cérémonies quotidiennes et saisonnières pour neutraliser Apep. C'est la source la plus exhaustive sur le mythe, incluant formules magiques, gestes rituels et représentations du serpent à détruire.

Livre de l'Amdouat (Vers 1504–1492 av. J.-C. (règne de Thoutmosis Ier))

Texte funéraire royal décrivant heure par heure le voyage nocturne de Rê à travers le Douat. Il présente Apep comme l'obstacle majeur que Rê doit surmonter dans la cinquième heure pour renaître à l'aube.

Livre des Morts (Chapitre 39) (Vers 1550 av. J.-C.)

Recueil de formules permettant au défunt de traverser le Douat en sécurité. Le chapitre 39, 'Formule pour repousser Apophis', armait symboliquement le mort contre le serpent du chaos lors de son voyage dans l'au-delà.

Textes des Sarcophages (Vers 2055–1650 av. J.-C.)

Ensemble de formules magiques gravées à l'intérieur des cercueils du Moyen Empire. Ils contiennent certaines des premières descriptions détaillées d'Apep et des sortilèges pour le neutraliser, démocratisant une protection réservée aux rois à l'époque antérieure.

Papyrus Bremner-Rhind (EA 10188) (Vers 305 av. J.-C.)

Manuscrit conservé au British Museum, copiant des textes rituels anti-Apep bien plus anciens. Il constitue l'un des témoignages les plus complets des cérémonies de malédiction et de destruction symbolique du serpent du chaos.

Anecdotes

Chaque nuit, selon la cosmologie égyptienne, Apep tentait d'engloutir la barque solaire de Rê dans les profondeurs du Douat, le monde souterrain. Ce combat perpétuel symbolisait la lutte éternelle entre l'ordre (Maât) et le chaos (Isfet) : le lever du soleil chaque matin était la preuve que Rê l'avait une nouvelle fois vaincu.

Dans un renversement surprenant, c'est Set — dieu du désordre et de la violence — qui jouait le rôle de protecteur de Rê contre Apep. Armé d'une lance, il transpercait le serpent chaque nuit depuis la proue de la barque solaire, montrant que même le chaos peut être mobilisé contre une menace plus grande encore.

Les prêtres égyptiens accomplissaient quotidiennement des rituels complexes décrits dans le 'Livre de Repousser Apophis'. Ils confectionnaient une figurine d'Apep en cire, la liaient avec du fil rouge, la piétinaient, la brûlaient, puis la dissolaient dans l'urine d'un âne — autant d'actes symboliques destinés à affaiblir le serpent dans le monde souterrain.

Les Égyptiens attribuaient les éclipses solaires et les violentes tempêtes de sable aux rares victoires temporaires d'Apep sur Rê. Ces phénomènes naturels terrifiants étaient interprétés comme le moment où le serpent géant parvenait à avaler partiellement la barque solaire, plongeant le monde dans les ténèbres.

Contrairement aux autres divinités égyptiennes, Apep ne possédait aucun temple, aucun culte de dévotion et aucun fidèle : on ne lui rendait jamais hommage. Sa seule existence rituelle consistait à être maudit, représenté pour être détruit, et nommé pour être conjuré. Il est l'une des rares entités de la mythologie égyptienne à n'incarner que le mal absolu.

Sources primaires

Livre de Repousser Apophis (Apophis-Buch) (Vers 1550–1070 av. J.-C. (Nouvel Empire))
« Recule, Apophis, ennemi de Rê ! Tu es abattu, tu es transpercé, tu ne peux avancer. Rê est victorieux contre toi, ô Apophis, ennemi de Rê. »
Textes des Pyramides (Utterance 175) (Vers 2375–2150 av. J.-C. (Ancien Empire, Ve–VIe dynasties))
« Que l'ennemi de Rê soit repoussé ! Que le serpent du chaos ne passe pas ! L'ordre (Maât) triomphe sur le néant (Isfet). »
Livre des Morts (Chapitre 39) (Vers 1550–50 av. J.-C.)
« Arrière, serpent Apep ! Ne t'approche pas de Rê. Je connais ton nom, je connais tes sortilèges : tu es vaincu, tu es renversé. »
Textes des Sarcophages (Sortilège 160) (Vers 2055–1650 av. J.-C. (Moyen Empire))
« Apep est enchaîné, ses anneaux sont tranchés. La lumière de Rê inonde le Douat. Le serpent du chaos est immobile. »
Papyrus Bremner-Rhind (British Museum EA 10188) (Vers 305 av. J.-C. (époque ptolémaïque, copie d'un texte plus ancien))
« Maudit soit Apophis à chaque heure du jour et de la nuit. Que son nom soit brûlé, que sa figure soit piétinée, que ses os soient brisés. »

Lieux clés

Le Douat — monde souterrain égyptien

Royaume des morts situé sous la terre et dans les eaux primordiales du Noun, c'est là qu'Apep résidait et attaquait la barque solaire de Rê chaque nuit. Le Douat est le théâtre principal du mythe d'Apep, décrit en détail dans le Livre de l'Amdouat.

Karnak (Ipet-Sout), Thèbes

Grand complexe religieux de Thèbes où les prêtres d'Amon accomplissaient quotidiennement les rituels de destruction d'Apep. Des représentations du combat entre Rê et le serpent ornent les parois de plusieurs chapelles du temple.

Héliopolis (Iounou)

Centre théologique majeur de l'Égypte ancienne, foyer du culte solaire de Rê. C'est là que fut élaborée la cosmologie décrivant le voyage nocturne du soleil et les attaques d'Apep, fondement du mythe tel qu'on le connaît.

Abydos

Ville sainte dédiée au culte d'Osiris, où furent retrouvés de nombreux papyrus funéraires contenant des formules anti-Apep. Les rituels nocturnes y étaient liés au voyage du défunt dans le Douat face aux dangers incarnés par le serpent.

Vallée des Rois, Thèbes Ouest

Nécropole royale du Nouvel Empire où les tombes des pharaons sont ornées de représentations du Livre de l'Amdouat et du Livre des Cavernes, illustrant le voyage nocturne de Rê et ses combats répétés contre Apep.

Galerie

Grabmalereien

Grabmalereien

Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Inconnu

Ra slays Apep (tomb scene in Deir el-Medina)

Ra slays Apep (tomb scene in Deir el-Medina)

Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Hajor, Oct.2004. Released under cc.by.sa and/or GFDL.

Cat Killing a Serpent

Cat Killing a Serpent

Wikimedia Commons, CC0 — Charles Wilkinson

Cat and snake. Book of the Dead Tomb TT 359

Cat and snake. Book of the Dead Tomb TT 359

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Ismoon (talk) 17:37, 5 May 2020 (UTC)

Ra slays Apep (tomb scene in Deir el-Medina)(improved contrast)

Ra slays Apep (tomb scene in Deir el-Medina)(improved contrast)

Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — user:Hajor~commonswiki

Apep Star System (VLT) (2020-57-4777-Image)

Apep Star System (VLT) (2020-57-4777-Image)

Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — IMAGE: ESO, Joseph R. Callingham (ESO)

Digitized Sky Survey image around Apep (eso1838c)

Digitized Sky Survey image around Apep (eso1838c)

Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — ESO/Digitized Sky Survey 2. Acknowledgment: Davide De Martin

Digitized Sky Survey image around Apep (eso1838c)

Digitized Sky Survey image around Apep (eso1838c)

Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — ESO/Digitized Sky Survey 2. Acknowledgment: Davide De Martin

Wolf-Rayet Apep (MIRI Image) (54933363987)

Wolf-Rayet Apep (MIRI Image) (54933363987)

Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — europeanspaceagency

Wolf-Rayet Apep (MIRI Image) (wolf-rayet-apep)

Wolf-Rayet Apep (MIRI Image) (wolf-rayet-apep)

Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — NASA, ESA, CSA, STScI, Y. Han (Caltech), R. White (Macquarie University), A. Pagan (STScI)

Voir aussi